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À TOI MON GARS… JE M’EXCUSE

Chroniqueur Guillaume Pineault
Photographe Sarah Dagenais
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Ici, je m’adresse à toi mon gars. Estie qu’on n’est pas bon quand vient le temps de consoler un chum. Que ça soit pour un accident de char, le deuil d’un grand-père, une rupture, ou un mal-être profond… généralement les premiers mots qui nous viennent en tête sont : « J’te paye une bière » ou « On va-tu aux tits? »

 Bien que généralement, voir une paire de seins semble faire du bien à tous. La preuve, je ne crois pas que tu sois abonné à cette revue pour ma chronique humoristique ou pour la revue de l’actualité du mois!

 En 2000, fin du secondaire… on est cinq chums de gars qui, après le bal, on s’est tous fait sacré là par nos flammes. Comme si pour les filles de notre époque, le diplôme du secondaire, le départ vers le cégep, la remise de la robe de bal dans le garde-robe rimait avec « tournons la page complètement ». C’était un peu notre bogue de l’an 2000. J’ai 16 ans, de fausses cartes et la solution à cette peine d’amour, c’est de boire des bucks de bière à 2,50 $. Pas cher le buck, vous me direz, je pense qu’il coupait la Coors avec de l’eau! Anyway, à 16 ans, j’pense pas qu’une seule des fois où j’ai bu, j’ai réussi à conserver le contenu en dedans…

 Après un an au cégep, tout le monde se « recase », à l’exception du grand Pineault. Je deviens donc un pilier pour les prochaines ruptures à venir chez mes chums… Je n’oublierai jamais septembre 2002. J’regardais Canal D, probablement en mangeant des Doritos et en enchaînant les canettes de Pepsi (j’étais pas célibataire pour rien). Ils parlent d’un nouveau mouvement aux États-Unis, dans le domaine du « Anger Management » (gestion de la colère). Une cour à scrap charge 5 $ à ses clients et ils ont 5 minutes avec une batte de baseball ou une masse pour « smasher » le plus de trucs possibles.  

Ce concept a été récemment récupéré à Montréal par le groupe Casse-Cité. Je vous y invite cordialement, j’y suis allé l’an dernier et il n’y a pas grand-chose de plus satisfaisant dans la vie que d’éclater une vieille télévision, un four à micro-ondes ou une imprimante. T’sais la maudite imprimante qui t’a fait chier pendant deux ans, elle coûtait genre 28 $, mais les cartouches étaient 50 $ et séchait en deux minutes. Elle n’était jamais reconnue comme périphérique par ton ordinateur, pis dès que tu touchais la feuille avec tes doigts, on aurait dit qu’elle se tachait comme les yeux d’une fille qui pleure avec un mascara cheap!

 Ce qui est malade dans ce concept de briser des trucs en toute légalité, c’est que tu peux gratuitement, dans ton inconscient, transposer qui tu veux pendant que tu pètes des objets. Pense à ton ex, ton boss, ton voisin, ta belle-mère, il n’y a pas de limite à qui tu peux imaginer et à ce que tu peux péter. Le lundi au bureau, quand tu recroises ton boss en train de se choquer contre quelque chose, je te jure, tu ne peux que sourire en coin de façon inexplicable.

Boss : « T’as donc ben l’air heureux Guillaume. »
Moi : « Si tu savais! »
Boss : « Raconte! »
Moi : « Disons que si vous étiez un vieux micro-ondes, vous comprendriez. »

Bref, tout ça pour dire qu’après avoir vu le documentaire, j’avais enfin du bagage pour conseiller mes amis en futures peines amoureuses. Le premier qui se confie à moi, BOOM, je lui recommande cette avenue comme défoulement, plutôt que de se péter la face, on va péter des objets!

Par contre, en 2002, on n’a pas la chance encore d’avoir quelque part pour faire ça. Donc quand mon chum Phil m’est arrivé un beau soir d’octobre, les yeux pleins d’eau en me disant : « C’est fini, elle m’a trompé, je la déteste… Qu’est-ce qu’on peut faire pour me la sortir du système, cette fille-là? »

DING DING DING! « Alerte au génie. »

– Moi : « Suis-moi dans le cabanon Philou, j’ai une idée, on va sélectionner nos armes de prédilection. »
Phil : « Voyons, t’es malade, j’veux pas la tuer, je veux l’oublier. »
Moi : « Ben non, fais-moi confiance, on va relâcher un peu de pression. »

Je sélectionne le bâton de baseball en bois, Louiseville Slugger, à mon frère; Philou prend un bâton de golf Callaway, fer numéro 7. Pour vrai, rien de mieux pour armer son homme. On embarque dans la Pineault mobile, un beau Buick Skyhawk 87 brun, spécial édition limitée. Tellement limitée que je n’ai jamais vu personne avec le même char dans ma vie!

Phil : « On s’en va où de même? »
Moi : « On s’en va au paradis du défoulement mon gars, ferme tes yeux et laisse-toi bercer par la musique. » (Chronic 2001, Dr Dre en cassette, dans le lecteur auto reverse!)

On embarque sur un petit chemin de gravelle, qui longe la track de chemin de fer…

Phil : « M’amènes-tu au dépotoir? »
Moi : « Ouais mon gars… »
Phil : « Mais pourquoi!? »
Moi : « Parce que là-bas, y’a des vieux chars, pis on va aller les péter! »

11h30 pm, je stationne le bolide, éteins le moteur, enclenche les lumières hautes intensités. Je baisse les fenêtres électriques, monte le son de la radio dans le tapis (c’est la track Xxplosive qui embarque). J’empoigne le Louiseville Slugger et tel le Babe Ruth des pauvres, je pointe la cible.

Cette cible était un vieux Plymouth Horizon (Dodge Omni pour les fins connaisseurs). Phil prend son élan comme Happy Gilmore et fesse le rétroviseur passager pendant que moi je m’élance sur la lumière avant côté conducteur. BANG!

Au même moment, on entend crier au meurtre… les portes du Plymouth ouvrent et il en sort un gars et une fille à moitié nus qui s’enfuient chacun de leur côté en hurlant. OH MY GOD…

COÏT INTERROMPU SUR UN ESTIE DE TEMPS!

Dans ma vie, je ne me rappelle pas avoir autant ri. Mettez-vous une seconde dans la peau du gars qui a probablement un traumatisme sexuel pour le restant de ses jours. Lui il est allé se « parker » à l’abri des regards, dans l’espace le plus calme possible, pour se « reproduire » la nuit. Deux gars arrivent en char, se parquent devant, mettent les hautes, sortent du char avec de la musique dans le tapis, avec des armes blanches à la main et fessent sur son char. Tu dois te demander : mais quelle fille je viens de me ramener là, et vice versa pour la demoiselle.

 Après avoir ri à s’en fendre la rate, on entame notre départ et… surprise… les lumières, la musique… la batterie du Buick était à plat. Ben maudit, on s’est « boostés » nous-mêmes avec le Plymouth!

 Et pour tout ça, je tiens aujourd’hui à te dire que, sincèrement, je m’excuse mon gars (et mademoiselle aussi).

(Article publié dans l’édition #145 mars 2017 – www.boutiquesummum.com)

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