Archive

ERREURS MÉDIATIQUES

Chroniqueur Michel Bouchard
Partager

Quand les journalistes se plantent royalement

C’est un fait impossible à contredire, le monde du sport est l’objet d’une intense couverture médiatique partout à travers la planète. Les médias appelés à couvrir les évènements sportifs en direct doivent y dépêcher des journalistes à l’esprit vif, capables de dénicher les bonnes histoires et de poser des questions pertinentes. Malheureusement, il peut arriver que ces journalistes échappent lamentablement le ballon à la ligne des buts. Et même les plus compétents peuvent se planter royalement…

Lors d’une conférence de presse, un journaliste doit toujours avoir une question préparée et intelligente à poser et il doit toujours être prêt à réagir dans l’éventualité où il se fait couper l’herbe sous les pieds par un confrère de travail. À titre d’exemple, on pourrait citer l’histoire controversée du quart-arrière Doug Williams, qu’on a déjà pu lire dans les pages de votre magazine favori il y a quelques années. Au Super Bowl XXII, un journaliste avait demandé à Doug Williams depuis combien de temps ce dernier était un quart-arrière de race noire. Ce à quoi l’ancien meneur de jeu des Redskins de Washington avait répondu : « Je suis quart-arrière depuis l’école secondaire et je suis noir depuis ma naissance. » Voilà une question très stupide s’il en est une. Or, ce journaliste n’est pas le seul à s’être fourvoyé de la sorte dans l’histoire de la couverture médiatique du sport professionnel, ce palmarès vous en fera découvrir ou redécouvrir quelques autres!

Bien « répond » Bryce!

Au terme d’un match de baseball où le frappeur étoile des Nationals de Washington Bryce Harper, alors âgé de 19 ans, avait fait gagner son équipe avec un dramatique coup de circuit face aux Blue Jays de Toronto, un journaliste s’empresse de lui demander si ce dernier compte tirer avantage du fait que l’âge légal pour boire de l’alcool au Canada est plus bas qu’à Washington pour fêter sa longue balle avec une bière, ajoutant la question : « Quelle est ta sorte de bière préférée? » Alors que le responsable des relations publiques des Nationals s’apprête à rabrouer le journaliste, Bryce Harper qui est mormon, une religion qui interdit l’alcool, se dit en mesure de répondre. Ce qu’il fait avec éclat : « C’est une question de clown ça mon cher! » Traduction libre de : « That’s a clown question, bro! »

La question qui tue… la réputation

En janvier 2015, quelques heures seulement après le congédiement de l’entraîneur Randy Carlyle par les Maple Leafs de Toronto, un journaliste du Toronto Star, Dave Feschuk questionne l’ailier Phil Kessel sur le sujet et pousse l’audace jusqu’à demander à ce dernier si sa nature de joueur impossible à diriger a fait partie des facteurs ayant mené au licenciement de Carlyle. Au début, Kessel semble s’interroger sur la nature de la question et fait preuve de retenue : « Je ne crois pas, mais c’est une question bizarre à poser dans une journée comme celle-ci ». Le journaliste en remet en insinuant que le meilleur joueur d’une équipe est en partie responsable dans un tel cas. Il n’en fallait pas plus pour que Kessel réplique : « Tu penses que c’est ma faute? C’est ce que tu dis? » À ce moment, un membre des relations de presse des Leafs s’interpose, mais le mal est fait et Kessel livre le fond de sa pensée : « Ce gars est un vrai idiot, il a toujours été comme ça. Combien de mauvais articles as-tu écrits? Je ne vois aucun autre journaliste manquer autant de respect. »

Prendre des mesures adéquates

En 2009, lors des activités médiatiques entourant la présentation du Super Bowl, une fort jolie journaliste ayant pour nom Ines Sainz, qui œuvrait alors pour la chaîne TV Azteca, se présente devant les athlètes armée d’un ruban à mesurer de couturière et pose LA question parmi toutes les questions à une multitude de joueurs : « Puis-je mesurer ton tour de biceps? » Rien pour faire avancer la cause des journalistes féminines dans les vestiaires très masculins du sport professionnel nord-américain, il va sans dire. Elle n’est pas la seule à avoir fait une folle d’elle lors de la journée des médias qui précède le Super Bowl. Un journaliste a déjà demandé à un joueur si l’affrontement à venir, qui est la partie ultime couronnant les champions de la NFL, était un match qu’il fallait gagner (a must-win game). Shaun Phillips, des Broncos de Denver, s’est contenté de répondre poliment : « Heu… oui. »

En janvier 2015, quelques heures seulement après le congédiement de l’entraîneur Randy Carlyle par les Maple Leafs de Toronto, un journaliste du Toronto Star, Dave Feschuk questionne l’ailier Phil Kessel sur le sujet et pousse l’audace jusqu’à demander à ce dernier si sa nature de joueur impossible à diriger a fait partie des facteurs ayant mené au licenciement de Carlyle. Au début, Kessel semble s’interroger sur la nature de la question et fait preuve de retenue : « Je ne crois pas, mais c’est une question bizarre à poser dans une journée comme celle-ci ». Le journaliste en remet en insinuant que le meilleur joueur d’une équipe est en partie responsable dans un tel cas. Il n’en fallait pas plus pour que Kessel réplique : « Tu penses que c’est ma faute? C’est ce que tu dis? » À ce moment, un membre des relations de presse des Leafs s’interpose, mais le mal est fait et Kessel livre le fond de sa pensée : « Ce gars est un vrai idiot, il a toujours été comme ça. Combien de mauvais articles as-tu écrits? Je ne vois aucun autre journaliste manquer autant de respect. »

Connaître la valeur d’une bonne question

Au cours d’une conférence de presse survenue en 2009, le journaliste Paul Kimmage questionne le cycliste Lance Armstrong pour savoir ce qu’il admire de ses homologues dopés, Floyd Landis et Ivan Basso. Mais Kimmage n’avait pas choisi la bonne personne à interroger, lui qui avait préalablement qualifié Lance Armstrong de « cancer du monde du cyclisme ». Voilà une métaphore plus qu’hasardeuse lorsqu’on s’adresse à cet athlète qui a eu à vaincre un grave cancer testiculaire par le passé. Dans sa litanie d’insultes offerte en guise de réponse, des réponses qui n’avaient aucun lien avec Basso et Landis, Armstrong a glissé un « tu ne vaux même pas la chaise sur laquelle tu es assis » bien senti. Dans les noix comme on dit!

Une belle tête de vainqueur

Dans le métier de journaliste, il est généralement préférable de fouiller un peu, de s’informer, de procéder à quelques recherches avant de poser des questions, ce que certains membres des médias ne font pas tout le temps… Au terme de sa défaite au tout premier tour lors du tournoi de Roland-Garros de 2014, attablé devant les membres de la presse pour sa conférence d’après match, le joueur de tennis Nicolas Mahut est visiblement agacé par un journaliste anglophone lunatique qui amorce son intervention par : « Félicitations! » (Congratulations!). Mahut, abasourdi, réplique : « Félicitations? J’ai perdu! » Étonné, le journaliste est déstabilisé. « Heu, tu as perdu? OK… Dans ce cas, que s’est-il passé sur le court? » L’athlète réplique : « Es-tu sérieux, as-tu regardé le match? » « Non, je ne l’ai pas vu, on m’a dit que tu avais gagné, je suis désolé », répond le journaliste. Nicolas Mahut pousse un long soupir de découragement et dit : « Questions en français s’il vous plaît! »

Quand un coach en a plein le c…

En 2010, au terme d’un revers par blanchissage contre les Flyers de Philadelphie, le bouillant entraîneur des Rangers de New York, John Tortorella, donne ses impressions d’après match aux médias. Avec fluidité, il répond à chacune des questions qui lui sont posées, jusqu’à ce que Larry Brooks, un journaliste du New York Post reconnu pour ses remarques particulièrement sarcastiques dans ses écrits et sa tendance à se moquer de certains membres du personnel des Rangers, s’adresse à lui. Tortorella l’interrompt : « Je ne vais pas répondre à tes questions. (…) Tu vas spéculer et tu seras sarcastique comme d’habitude. Va-t’en! » Devant le refus du journaliste de quitter les lieux, Tortorella a enchaîné en demandant au journaliste s’il s’était déjà battu par le passé, ce à quoi Brooks lui a demandé si c’était une invitation à en venir aux coups. Le coloré entraîneur en a ajouté : « tu devais être le gamin qui se faisait tabasser à l’arrêt d’autobus! »

Et Brooks ne s’est pas arrêté là

Rarement un journaliste a autant polarisé les athlètes d’une ville comme Larry Brooks l’a fait. Après Tortorella, le défenseur Dan Boyle a eu maille à partir avec le coloré chroniqueur du New York Post. Dans ce qui allait s’avérer son dernier entretien avec les médias à titre de joueur dans un vestiaire, Boyle était entouré de journalistes. Notant la présence de Larry Brooks, Boyle s’adressa à lui en lui demandant de quitter. Ce que refusa le journaliste. S’en suivit une tirade de tous les diables. « Je ne veux pas qu’il soit là, » lança Boyle. « Pardon? Tu sais, ce sentiment est partagé, man! » Lui a répondu Brooks. « Personne ne t’aime, personne ne te respecte, alors… » Lui a répliqué Boyle, en ajoutant : « Au moins, je quitte ici avec le respect de mes coéquipiers. Je n’ai pas de respect pour toi. Je veux que tu sacres ton camp! » Brooks ne s’en est pas laissé imposer : « Je me fiche de ce que tu penses! » Mais Boyle n’avait pas terminé : « Je peux te dire de décri*** (traduction libre) si j’en ai envie! » « Tu peux, mais je n’ai pas à t’obéir », a rétorqué Brooks. « C’est ça, tu peux. Je veux qu’il parte. Lui et l’autre c*** de clown, Brett ou peu importe son hos*** de nom. Tous les autres sont corrects. Je veux qu’il parte, c’est mon droit », conclut Boyle.

De bon conseil…

L’entraîneur de Manchester United, José Mourinho, s’est lui-même surnommé « The Special One » et ce n’est pas par hasard. Mourinho n’a pas la langue dans sa poche et il ne passe pas par quatre chemins pour livrer le fond de sa pensée. Lors de son second séjour à la barre de l’équipe de Chelsea, un journaliste le questionne à savoir s’il n’est pas encore victime de son syndrome de la troisième saison comme entraîneur d’une formation. Le pilote portugais s’enflamme alors. « Regarde. Ma troisième saison à Porto, je n’ai pas eu de troisième saison. Ma troisième saison à l’Inter, je n’ai pas eu de troisième saison. Ma troisième saison à Chelsea la première fois, j’ai gagné la FA Cup et la Carling Cup et j’ai joué la demi-finale de la Ligue des champions. La troisième saison avec le Real Madrid, j’ai gagné la Supercoupe, j’ai perdu la finale de la Coupe du Roi et je suis allé en demi-finale de la Ligue des champions. Ce sont mes troisièmes saisons, donc clique Google à la place de poser des questions stupides. »

Ça se passe aussi chez nous!

Au printemps 2016, sur les ondes de TVA Sports, le journaliste Louis Jean y va d’un commentaire qui fait un « frette » instantané dans les studios hockey de la chaîne spécialisée. Alors qu’on présente à l’écran une photo de quatre illustres instructeurs de l’histoire de la LNH réunis, en l’occurrence Scotty Bowman, Pat Burns, Jacques Demers et Michel Bergeron, Jean y va d’une question à l’endroit de Bergeron : « Il y a combien de coupes Stanley dans cette photo? » Ce à quoi Bergie répond : « Onze! » Jean enchaîne avec la question : « Et toi, t’en as gagnées combien? » Du tac au tac, le Tigre, qui est le seul du quatuor à ne pas posséder de bague de la coupe Stanley, réplique : « C’est quoi le rapport? » À ce moment précis, le malaise est palpable et Louis Jean change de sujet à la vitesse de l’éclair. Bravo champion! (Mais pas champion de la coupe Stanley, on s’entend).

(Article publié dans l’édition #146 avril 2017 – www.boutiquesummum.com)

Partager

Recommandés pour vous

PROCHAIN ARTICLE
Archive

NOMS D’ATHLÈTES ÉTRANGES