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SPORTIFS BLESSÉS

Chroniqueur Michel Bouchard
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Ces blessures qui ont mis un terme à des carrières

Dans l’histoire du sport professionnel, les récits d’athlètes ayant surmonté des blessures graves pour effectuer un retour triomphal sont nombreux. Toutefois, il y a également une multitude de fins moins heureuses, alors que de graves blessures survenues durant le jeu, sur le court, le terrain ou la glace ont mis un terme prématurément à des carrières.

Reggie Brown, Lions de Détroit (NFL)

Secondeur de ligne à sa deuxième campagne dans la NFL, Reggie Brown était un solide joueur défensif pour les Lions de Détroit. Lors du dernier match de la saison 1997, face aux Jets de New York, Brown est impliqué dans un jeu de routine et il chute lourdement au sol. Ce sera le tout dernier jeu de sa carrière. Des coéquipiers réalisant que Brown ne respire plus hurlent et font signe au soigneur de porter secours rapidement à l’athlète qui semble tourner au bleu et qui est inerte sur la surface de jeu. Devant l’empressement évident du personnel médical des Lions, plus de 77 000 spectateurs présents dans les estrades réalisent tout à coup que Brown est sérieusement blessé. Cette foule habituellement bruyante retient son souffle et plus un son ne se fait entendre dans le stade pendant que le personnel médical des deux équipes s’active autour du joueur, allant même jusqu’à prodiguer des manœuvres de respiration artificielle. Dix-sept minutes s’écoulent entre la chute de Brown et son évacuation du stade. Touché à la moelle épinière, il faudra deux heures à Brown pour reprendre connaissance et est passé très près de demeurer paralysé pour le restant de ses jours. Sauvé par ce que les médecins ont qualifié de véritable miracle, Brown marche à nouveau et mène une vie qualifiable de normale dans le sud des États-Unis.

Bubba Smith, Colts de Baltimore (NFL)

Les plus vieux reconnaîtront le visage et surtout la carrure de Charles Aaron Smith qui a, en plus de sa carrière de joueur de football, tenu le rôle de Moses Hightower dans la populaire série de comédies Police Academy. D’ailleurs, de mémoire, il y a eu environ 138 suites à ce film culte et l’acteur a pris part à chacun d’entre eux. Smith, qu’on surnommait Bubba, a brillé dans la NFL à titre de joueur défensif pour les Colts de Baltimore. Il a été un tout premier choix au repêchage en 1967, a pris part à deux Pro Bowl et a même remporté le Super Bowl V. La blessure qui a finalement eu raison de la carrière active de Smith semblait anodine lorsqu’elle est survenue, lui qui s’est entremêlé les pieds dans la chaîne ainsi que la tige indiquant les essais et les verges à parcourir sur les lignes de côté. Toutefois, les médecins n’ont pas perçu cette blessure comme étant anodine, qualifiant celle-ci d’une des pires blessures au genou jamais vues dans leur carrière, alors que ce dernier était si amoché que les répercussions l’ont mené à prendre une retraite prématurée. Après son décès en 2011, d’une surdose de drogue, on a découvert qu’il souffrait d’encéphalopathie traumatique chronique, une condition liée bien souvent aux commotions cérébrales.

Steve Moore – Avalanche du Colorado (LNH)

Steve Moore n’aura fait que passer dans la LNH au début des années 2000, lui qui n’a même pas disputé une saison complète et qui ne compte que 12 points à sa fiche, mais son nom restera dans les mémoires et pour cause. C’est après une sévère mise en échec (qualifiée de légale par la LNH) de Moore aux dépens de l’attaquant Markus Naslund, des Canucks de Vancouver, que l’histoire a débuté. Au terme du match, le 16 février 2004, des joueurs des Canucks, notamment Brad May, ont publiquement mis à prix la tête de Moore, comme dans Slap Shot. Ils ont finalement tenu parole! Quelques jours plus tard, le 8 mars, l’Avalanche affronte à nouveau les Canucks et le numéro 36 est la cible de tous les joueurs de Vancouver. En première période, Matt Cooke jette les gants et livre un combat à Moore. Ajoutant l’insulte à l’injure, Moore inscrit un des buts des siens dans un match qui se terminera par la marque de 9-2, mais pas avant que les choses tournent au vinaigre. Refusant de se battre contre Todd Bertuzzi, Moore tourne le dos à ce dernier. Frustré, Bertuzzi accroche son adversaire par le chandail et de toutes ses forces, lui applique une droite directement à la tête. Moore chute lourdement sur la patinoire et Bertuzzi s’écrase sur lui. S’en suit un attroupement et plusieurs autres joueurs s’empilent sur Moore, inconscient sur la glace, dans une mare de sang. Il ne s’en remettra jamais, souffrant d’une triple fracture des vertèbres, de lacérations au visage ainsi que d’une sévère commotion cérébrale. Il ne rejouera plus jamais par la suite.

Trent McCleary – Canadiens de Montréal (LNH)

Lors de la saison 1999-2000, une campagne marquée par les nombreuses blessures au sein de sa formation, le Tricolore ne va nulle part et l’équipe doit faire appel à une multitude d’éléments de la Ligue américaine de hockey pour aligner une équipe sur la patinoire. L’un de ces joueurs se nomme Trent McCleary, un athlète au talent limité avec un cœur gros comme le vieux Forum. En janvier 2000, lors d’une rencontre face aux Flyers de Philadelphie, le courageux joueur d’attaque s’étend de tout son long pour bloquer un tir frappé du défenseur Chris Therrien. La vie du joueur du CH basculera à tout jamais à partir de cet instant. McCleary, main à la gorge, se relève rapidement et file au banc des siens, là où les soigneurs réalisent que ça ne va pas bien du tout. Incapable de respirer, le numéro 6 s’effondre dans les bras du personnel médical. La rondelle a causé une fracture du larynx et a entraîné l’affaissement d’un poumon. Dans le vestiaire, on doit pratiquer une ouverture dans la gorge du joueur pour que l’air puisse pénétrer. On le transporte d’urgence à l’hôpital, et sans même lui retirer ses patins, il se retrouve en salle d’opération, là où il subit une trachéotomie. Le lendemain, on peut lire dans les journaux que le joueur du CH lutte pour sa vie aux soins intensifs. Tout le monde retient son souffle, surtout McCleary – sans vouloir faire de vilains jeux de mots! Sans l’empressement du docteur David Mulder et des ambulanciers, l’athlète succombait. Il a bien tenté un retour plus tard, mais avec une perte de 15 % de sa capacité respiratoire, il a été forcé à la retraite.

Tony Conigliaro – Red Sox de Boston (MLB)

À l’âge de 22 ans, Tony Conigliaro comptait déjà 100 coups de circuit à sa fiche, ce qui représente un chiffre impressionnant pour un joueur de baseball aussi jeune. Vedette des Red Sox, il devient le plus jeune champion frappeur de circuits dans l’histoire de la Ligue américaine. Lors d’un match face aux Angels de la Californie, à l’été 1967, le lanceur Jack Hamilton effectue sa motion et lance une rapide qui atteint Conigliaro directement au visage. L’orbite de son œil gauche s’émiette et il est grièvement blessé à la rétine. Plus encore, sa mâchoire se disloque à la suite de l’impact. Sa saison prend fin. L’année suivante, il ne jouera pas un seul match. En 1969, il effectue un retour qui étonne tout le monde avec une vingtaine de circuits, puis il connaît sa meilleure campagne avec 36 longues balles en 1970. Lors de la saison suivante, après 74 matchs, il doit se rendre à l’évidence que son œil ne lui permet plus d’évoluer dans la meilleure ligue au monde et il décide d’accrocher ses crampons à 26 ans, au grand désarroi des fans des Sox. Il tente un retour à l’âge de 30 ans, mais il abandonne l’idée rapidement, terminant sa carrière avec 166 coups de 4 buts.

Shaun Livingston – Clippers de Los Angeles (NBA)

Shaun Livingston n’est pas le premier athlète à tomber au combat après une blessure à un genou, mais sa blessure à lui est possiblement la pire jamais vue sur un court de basketball. Alors qu’il fonce au panier pour y aller d’un spectaculaire dunk, et qu’aucun adversaire ne se trouve près de lui, son genou décide d’emprunter une route différente du reste de son corps. L’impact est majeur. Livingston s’écroule sur le parquet verni, se tordant de douleur. Ses cris retentissent dans l’amphithéâtre et la foule n’ose se manifester. Le verdict est lourd de conséquences : déchirure du ligament croisé antérieur, déchirure des ligaments collatéraux, déchirure du ligament croisé postérieur, rotule disloquée, bref, son genou est en bouillie, détruit, fini, kaput! Tout comme sa carrière. La séquence est encore gravée dans la mémoire de nombreux fans de basket.

Joe Theismann – Redskins de Washington (NFL)

On parle encore de la blessure de Joe Theismann plus de 30 ans plus tard. On surnomme cette séquence : « The Hit That No One Who Saw It Can Ever Forget », ce qui se traduirait librement par : « le coup que quiconque a vu ne peut oublier ». L’histoire se passe en novembre 1985, lors d’une rencontre opposant Theismann et les Redskins aux Giants de New York de Lawrence Taylor, un redoutable monstre défensif. Sur un jeu comme on en voit des centaines chaque année, Theismann recule alors que les secondeurs de ligne Harry Carson et le général LT foncent sur lui pour y aller d’un retentissant sack du quart. La jambe du meneur offensif de Washington cède sous le poids des deux joueurs de New York. L’image est effrayante. La fracture est évidente et malheureusement multiple. La guérison ne se passe pas bien et fait en sorte que l’athlète se retrouve avec une jambe plus courte que l’autre, le forçant à la retraite à l’âge de 36 ans. Encore aujourd’hui, on en parle dans les médias comme étant LA blessure la plus marquante de l’histoire du sport en Amérique du Nord.

David Busst – Coventry City (Championnat d’Angleterre)

Si la blessure subie par Theismann a marqué les mémoires de ce côté-ci de l’Atlantique, c’est celle de David Busst qui fait figure de référence en Europe, puisque la majorité des amateurs de football européen qualifie ce qui est arrivé à Busst d’horrible et de pire blessure jamais survenue dans le sport. C’est lors d’un affrontement face à Manchester United que l’évènement malheureux survint. Voulant se diriger au filet pour s’emparer d’un ballon venu du coin droit du terrain, Busst se heurte à deux adversaires chemin faisant. Glissant au sol, sa jambe encaisse un coup majeur : il est victime d’une fracture évidente. Le gardien de but, constatant l’état de la jambe du joueur, se pousse à l’écart en se cachant les yeux d’effroi. Busst est si mal en point qu’on passe près de l’amputer. Il doit se soumettre à 26 opérations! Comme si les choses n’allaient pas assez mal, il contracte une bactérie alors qu’il est hospitalisé. La retraite devient alors la seule option envisageable.

(Article publié dans l’édition #149 août 2017 – www.boutiquesummum.com)

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