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La rédac’ : L’amour avec un grand « swipe »

Chroniqueur Nathacha Gilbert
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Comment avez-vous rencontré votre blonde? Si vous avez plus de 35 ans, vous l’avez probablement croisée dans un bar ou dans une soirée chez des amis. Possible aussi que ce soit des potes qui vous ont présentés l’un à l’autre, en espérant que ça clique. Peut-être étudiiez-vous au secondaire ensemble? Ou avez habité toute votre vie dans le même quartier?

Plus Internet s’imposait, plus l’option des cyberrencontres se confirmait. On avait maintenant la possibilité de rencontrer de purs inconnus aux valeurs et aux intentions similaires aux nôtres. On avait la chance de « voir » le personnage avant, d’apprendre à le connaître avec de longues discussions par courriel et par messagerie instantanée. De fil en aiguille, les années 2000 ont sonné et, maintenant, l’amour est disponible en un clic avec des applications téléchargées directement sur notre téléphone, où on peut se connecter avec des gens proches de nous, littéralement. Un brun? Non merci. Une blonde aux yeux bleus? Oui, monsieur!

Ce phénomène de l’amour à l’ère du 2.0 génère des discussions enflammées dans les chaumières depuis de nombreuses années. Est-ce vraiment de l’amour? Peut-on réellement tomber pour quelqu’un qu’on a rencontré sur Internet?

Comme tout le monde, je connais des gens qui ont rencontré leur partenaire actuel grâce au Web. Ça peut vachement être utile, le Web, quand tu as pogné la vingtaine ou la trentaine, que tu sors peu, que tu rencontres peu, que tu ne passes plus tes fins de semaine dans les bars à la recherche de l’âme saoul sœur. Honnêtement, des fois on y croit, des fois… on y croit moins! Mais en même temps, je suis qui, moi, pour juger un couple qui s’est rencontré sur Internet versus mon couple à moi? Parce que mon conjoint et moi, nous nous sommes rencontrés grâce à des amis communs, on est meilleurs que les autres? Je ne crois pas, non. Mais disons que la notion de coup de foudre est moins… présente, disons. À mon humble avis.

Honnêtement, des fois on y croit, des fois… on y croit moins!

En fait, je pense que le nœud du problème n’est pas la façon dont tu as serré la main de ton partenaire de vie pour la première fois. C’est plutôt le fait que, plus que jamais, j’ai l’impression que les gens sont « ensemble pour être ensemble ». Vaut mieux être en couple que tout seul comme un rat. « Ça fera pour un temps pis quand ça ne marchera plus, ciao bye! » Tout ça amplifié par les réseaux sociaux qui ne veulent que montrer à qui le veut bien à quel point ça forme un couple merveilleux, heureux, au summum du bonheur.

En même temps, je ne suis pas en train de dire que l’amour du temps du 20e siècle est mieux. Je parle du temps de nos arrière-grands-parents, de nos grands-parents même… Sans dire que les mariages du temps étaient arrangés, je crois que certains d’entre eux étaient fortement encouragés. On s’entend, les prêtres passaient par les chaumières pour dire aux femmes de se foutre en balloune. Un « Tu vas l’épouser, c’est un méchant bon parti; son père a une terre pis tu ne manqueras de rien dans ta vie », je suis sûre que ça se disait pas mal, entre deux puffs de pipe à tabac.

Y’a pas de générations meilleures que les autres. Je pense sincèrement qu’il faut juste se rappeler que s’aimer ne veut pas nécessairement dire se montrer et se prouver. S’aimer, ça veut surtout dire qu’on est une équipe, qu’on est les meilleurs amis du monde et qu’on s’apprécie avec nos qualités et nos défauts. Surtout nos défauts. Est-ce que l’amour avec une seule personne peut durer toute une vie? Je l’ignore, mais je l’espère. Je suis de cette peut-être vieillotte mentalité où, quand tu ne prends pas soin de tes plantes, c’est bien évidemment qu’elles faneront et mourront.

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