Archive

COLONEL SANDERS

Chroniqueur Michel Bouchard
Partager

Bon à s’en lécher les doigts!

Les années de gloire des restaurants PFK sont chose du passé depuis un bon moment déjà, et c’est clairement le cas ici aussi, au Québec. Probablement pour ça que la plupart des derniers établissements toujours ouverts ont été mis au goût du jour pour la dernière fois en 1989 avec leurs tons de vert pâle et de rose à rendre jalouse une salle de bain de maison de grand-mère. Toujours est-il que la chaîne PFK a fait l’objet d’une popularité qui dépasse l’imagination au fil des années. La fameuse recette secrète du Colonel Sanders avec ses épices mystérieuses – et composée majoritairement de sel pis de gras – est devenue l’emblème de ce succès et la mise en marché brillante orchestrée par ce gros bonhomme à l’allure étrange a fait de Harland Sanders une véritable légende!

Harland Sanders a vu le jour en 1890 aux États-Unis, pas dans l’État du Kentucky, mais plutôt celui de l’Indiana. Non, Indiana Jones n’est pas né au Kentucky.

Son père est mort alors qu’il n’était âgé que de cinq ans. Sa mère devant pourvoir aux besoins de la famille, le petit Harland grandit en ayant pour charge de s’occuper de ses frères et sœurs. Il doit donc apprendre à faire la cuisine, ce dont il se passionne.

Il tente différents métiers, mais n’arrive pas à trouver LE job. Il devient vendeur d’assurances, secrétaire, soldat, puis il désire rouler sa propre affaire. Il investit ses économies dans une usine de fabrication de lampes, mais doit vite déclarer banqueroute. Sans le sou, il est embauché comme cheminot et, par hasard, il se retrouve à passer dans l’État du Kentucky.

Il décroche son diplôme en droit et exerce durant plusieurs années avant de se voir être radié du barreau après s’être battu avec son client dans la salle d’audience.

Il déménage de manière permanente dans le Kentucky en 1930 et ouvre une station-service. Pour boucler les fins de mois, il cuisine pour la clientèle de sa station-service qu’il reçoit chez lui. Le mot se passe disant que la bouffe du colonel est particulièrement bonne. Devant le succès évident de son initiative, il ouvre un restaurant nommé le Sanders Court and Café, là où il porte les chapeaux de cuisinier, de caissier, de serveur et de pompiste.

Pour faire une histoire courte, Harland Sanders est devenu le Colonel Sanders quand le gouverneur du Kentucky lui a octroyé le titre honorifique de colonel. C’est de même.

Le Sanders Court and Café, le restaurant du Colonel, a fait l’objet d’une mention élogieuse dans le guide gastronomique Duncan Hines en 1939. On s’imagine mal la face de Gordon Ramsay à la lecture de cette mention.

On dit que la recette originale avec les fameuses 11 épices est toujours celle qui est utilisée dans les restaurants de la chaîne. À l’ère de l’industrialisation, il est permis d’en douter.

Le problème que vivait Sanders à ses débuts était qu’il mettait 30 minutes à cuire le poulet. Le Colonel Sanders ne voulait pas utiliser une friteuse, jugeant que cette méthode de cuisson altérait le goût de la volaille. Les temps changent, il faut l’admettre.

C’est avec un autocuiseur modifié qu’il a perfectionné sa recette et a réduit le temps de cuisson à seulement neuf minutes. Le fast-food, ou restaurant-minute, était né.

Le lieutenant-gouverneur l’honore à son tour du titre de Colonel. Pour faire une blague, Harland Sanders arrive dans un accoutrement blanc immaculé avec le look du riche bourgeois du Sud qu’on lui connaît encore aujourd’hui. Le personnage était créé.

C’est après des déboires financiers et une baisse drastique de l’achalandage découlant de la Seconde Guerre mondiale qu’il se voit obligé de fermer son restaurant. À l’âge vénérable de 66 ans, il se retrouve bénéficiaire de l’aide sociale.

Il crée alors le concept de la franchisation. Harland Sanders parcourt le pays en vendant son concept et sa recette. En retour, il demande quatre sous par poulet vendu, la manne!

La première franchise vendue n’était pas au Kentucky, ça, c’est étrange.

C’est un franchisé de l’Utah qui crée la stratégie marketing pour établir et populariser des franchises à travers le pays, et c’est aussi lui qui aurait sorti le fameux slogan « Bon à s’en lécher les doigts » et qui aurait eu l’idée des barils en carton emblématiques à la marque PFK.

Au milieu du siècle, il a déjà vendu l’idée à 400 franchisés. Il passe au rang de légende.

Pour préserver le secret de sa recette, il fait préparer ses épices et aromates séparément et par différents fournisseurs. Il prépare ensuite sa marinade personnellement et l’expédie à ses franchisés.

En 1959, il décroche et vend sa business et son siège social pour la somme de 2 millions $, vente assortie d’un salaire à vie de 40 000 $ par an pour le reste de ses jours.

C’est le Colonel Sanders qui a permis à Dave Thomas de connaître du succès en restauration en l’aidant à redresser les finances de quatre franchises KFC. Dave Thomas vendra plus tard ses établissements pour lancer une chaîne du nom de Wendy’s.

Le Colonel Sanders fait lui-même ses publicités et son visage est littéralement le logo de la marque.

Le premier restaurant franchisé occidental à s’installer en Chine est un PFK. D’ailleurs, on retrouverait plus de 4500 KFC là-bas.

En 1969, Kentucky Fried Chicken devient une société cotée en bourse. Sanders n’est plus le propriétaire, déplore le fait que le poulet passe dans la friteuse et pourfend la qualité de la nourriture qu’on sert dans les restaurants qu’il a créés.

À la fin de sa carrière, le Colonel Sanders a ouvert un restaurant avec sa femme Claudia, le Claudia Sanders’ The Colonel’s Lady Dinner House. Malheureusement, les bonzes maintenant en place à la tête de KFC le poursuivent et remportent le procès ce qui fait en sorte que Harland Sanders ne peut plus utiliser son propre nom, pas plus que son titre de Colonel pour ses projets commerciaux.

En 1976, Harland Sanders est considéré comme la deuxième personne la plus populaire au monde.

À 90 ans, Harland Sanders est décédé d’une leucémie. On l’a enterré avec son complet blanc et son nœud papillon noir. L’histoire ne dit pas si son cercueil était un baril blanc et rouge.

Dans les années 80, un journaliste a fait analyser la recette secrète pour en tirer comme conclusion qu’elle ne comprend que sept ingrédients, soit du sel, de la farine, du sel, du poivre, du sel et un agent de conservation. Ah oui, aussi du sel.

À son sommet de popularité, on retrouvait près de 19 000 franchises KFC dans près de 120 pays.

Il est, en somme, le créateur du fast-food franchisé; ça mérite le titre de légende ça!

(Lire l’article dans l’édition #165 août/septembre 2019 – www.boutiquesummum.com)

Partager

Recommandés pour vous

PROCHAIN ARTICLE
Archive

Et si le Oui l’avait emporté