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DROGUES

Chroniqueur Jean-François Cyr
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Depuis le 17 octobre, il est possible d’acheter du cannabis en toute légalité au Canada. Le pays est seulement le deuxième État dans le monde à autoriser la marijuana récréative, après l’Uruguay en 2013. Alors que certains ont dénoncé cette légalisation pour ses effets néfastes sur le développement psychologique des jeunes, d’autres ont aussi soulevé le danger de « l’effet passerelle », cette théorie qui veut qu’une part des consommateurs de cannabis peut éventuellement progresser d’un produit à un autre plus « dur ». En d’autres mots, des gens peuvent consommer de la marijuana et, ensuite, une autre drogue potentiellement plus dangereuse. Voilà qui ouvre un autre débat tout aussi important. Quelles sont ces autres drogues et à quel point sont-elles menaçantes pour la santé d’une personne? SUMMUM vous propose un organigramme de certaines drogues répandues au Québec, incluant les effets qu’elles procurent au consommateur. Pour ce faire, nous avons interrogé le spécialiste en toxicomanie de l’Université de Montréal, Jean-Sébastien Fallu, afin qu’il nous partage ses connaissances sur le sujet.

En constante évolution

Selon monsieur Fallu, il est très difficile de déterminer comment les drogues ont évolué dans le temps, car elles sont constamment soumises à des variations, c’est-à-dire à des modifications dans leur composition chimique : « La MDMA pure, synthétisée en Allemagne à la fin du 19e siècle et redécouverte par la compagnie pharmaceutique Merck en 1912 – qui voulait la développer pour ses vertus coupe-faim –, n’est pas bien différente de celle qu’on ferait aujourd’hui dans un laboratoire. Mais les drogues achetées sur le marché noir sont à peu près toujours impures. C’est d’ailleurs le cas pour la quasi-totalité des drogues illicites. »

« C’est d’ailleurs pour ça qu’on fait fausse route en classant les drogues par catégorie, ajoute-t-il. Elles sont plus complexes qu’en apparence. Par exemple, la MDMA est à la fois un dépresseur et un stimulant. On peut aussi mélanger de nombreuses autres drogues, ce qui modifiera les effets escomptés par une seule substance. C’est le cas du fentanyl, qui peut se retrouver dans la cocaïne ou le crack. Mais bon, les humains adorent faire des catégories pour tout. Et ça aide quand même à une compréhension sommaire des drogues les plus répandues. Il faut juste se méfier des approches préconçues en santé publique. »

Une drogue n’est pas automatiquement dangereuse

Bien entendu, afin de bien comprendre les effets d’une drogue sur le corps humain, il faut tenir compte de la composition de la substance, mais aussi de la santé et de la réceptivité de la personne qui les consomme. Il ne faut pas non plus négliger le contexte et l’impact de l’environnement. Il y a toujours plusieurs facteurs à considérer dans l’absorption d’une substance. Une drogue n’est pas automatiquement dangereuse, selon le spécialiste en toxicologie.

D’ailleurs, le concept de dangerosité utilisé par les autorités pour démoniser les drogues est totalement inefficace, d’après Jean-Sébastien Fallu. On doit plutôt aborder les drogues par l’entremise du mode de consommation (dépendamment si la substance a été fumée, inhalée ou avalée, les effets et les conséquences seront divers), des symptômes potentiels, des conséquences d’une consommation régulière et des risques de dépendance physique ou psychologique.

Kétamine

La kétamine est généralement consommée par voie nasale. Elle est un anesthésiant, une substance qui réduit la sensibilité à la douleur. Elle est utilisée en médecine humaine ou vétérinaire.

La kétamine est une drogue de synthèse, c’est-à-dire qu’elle est composée de molécules chimiques produites en laboratoire. Les drogues de synthèse vendues sur le marché noir sont fabriquées dans des laboratoires clandestins. La kétamine peut se présenter en poudre ou en liquide. Elle est plus rarement proposée en comprimés ou en capsules. Dans cette forme, elle sera offerte souvent comme du speed ou de l’ecstasy. La kétamine est aussi appelée spécial K, vitamine K, ket, ketty, ké, kétalar…

Les effets commencent à se faire sentir moins de cinq minutes après la prise et durent entre cinq minutes et une heure environ. Avec de faibles doses, l’utilisateur ressentira des effets légèrement psychédéliques et aura l’impression d’être dans un rêve. Les plus fortes doses entraînent la dissociation et la disparition des sensations corporelles. L’utilisateur peut alors avoir l’impression de ne plus être à l’intérieur de son corps.

Parmi les effets secondaires de la kétamine, on note des hallucinations (surtout visuelles), une impression de flottement, de la désorientation, de l’insensibilité à la douleur, des étourdissements, une difficulté d’élocution, des troubles moteurs allant jusqu’à la paralysie temporaire, une réduction du rythme respiratoire et une augmentation de la pression sanguine et du rythme cardiaque. Elle peut aussi créer une impression de séparation du corps et de l’esprit.

Vu le mode de consommation, il arrive que les usagers saignent du nez. La kétamine peut aussi occasionner des trous de mémoire, de l’agressivité, de l’anxiété, de la détresse, de la paranoïa ou encore la dépression. Les cas de surdosage à la kétamine sont extrêmement rares. Par ailleurs, il n’a pas été démontré que la kétamine entraîne une dépendance physique. Une consommation fréquente ou prolongée de kétamine peut toutefois provoquer une dépendance psychologique.

LSD

Le LSD agit sur le système nerveux central en perturbant les sensations et les perceptions de la réalité. Le LSD est généralement mâché ou avalé. Son apparence est variée : papier buvard (un papier imprégné d’une goutte de solution de LSD), comprimés, micropointe (semblable à un bout de mine de crayon qui contient une petite goutte de LSD pur). De manière plus rare, le LDS est proposé sous forme liquide. LSD est aussi appelé buvard, acide, bonbon, cap…

Selon le gouvernement du Québec, on trouve de moins en moins de LSD dans les analyses en laboratoire des drogues saisies sur le marché noir. Le LSD provoque la désorientation et un important sentiment d’être déconnecté de la réalité. C’est un puissant hallucinogène qui modifie intensément les sensations et les perceptions. On parle notamment de fous rires incontrôlables et de délires. Il peut également provoquer des tremblements, frissons, dilatation des pupilles et troubles de coordination. Il n’est pas rare que l’utilisateur fasse un « bad trip ». Les effets du LSD peuvent être suivis d’une période souvent désagréable (down). La personne peut alors ressentir de l’angoisse, de la panique, de la paranoïa, voire de la peur.

Le LSD ne semble pas occasionner de dépendance physique. Il arrive que certains sujets présentent une dépendance psychologique, mais il ne s’agit pas de la majorité des consommateurs. Les effets secondaires indésirables d’une consommation abusive du LSD ressemblent à ceux des champignons.

PCP

Le PCP, aussi appelé phencyclidine, est un hallucinogène très puissant à propriétés dissociatives qui agit sur les sensations et la perception de la réalité. C’est un produit qui a été créé au départ pour servir d’anesthésique pendant les interventions chirurgicales. Les autorités gouvernementales ont toutefois rapidement retiré le PCP du marché à cause des dangers qu’il présente. La production de cette drogue est maintenant limitée aux laboratoires clandestins. On trouverait de moins en moins de PCP sur le marché noir au Québec.

Le PCP est souvent, à défaut, vendu sous le nom de mescaline. Il possède plusieurs autres noms : mess, TH, angel dust, peace pill, fairy dust, éléphant, rocket fuel ou encore tranquillisant à chevaux. Son apparence varie puisqu’il peut être présent dans un grand nombre de drogues, comme la MDMA et la kétamine. Il est proposé sous différentes formes : comprimés, capsules, poudre ou liquide clair.

Le PCP diminue ou fait disparaître la capacité à ressentir la douleur de même que la sensibilité dans tout le corps. Il produit ainsi un effet semblable à une anesthésie générale. Il produit également un effet de dissociation du corps et de l’esprit. Ainsi, l’utilisateur est conscient de ce qui se passe, mais ne se sent pas impliqué physiquement ou émotionnellement. Elle se perçoit comme observatrice de ses propres actions. De plus, le PCP aurait tendance à provoquer des comportements antisociaux et violents.

Le PCP est une drogue très dangereuse. Des niveaux d’intoxication variables et sporadiques pendant des jours, des semaines et même des mois après la dernière utilisation ont été documentés chez les personnes qui abusent du PCP, selon le gouvernement du Québec. Le PCP peut causer des dommages physiques et psychologiques qui peuvent être permanents : modifier les réflexes naturels du corps comme les battements du cœur (le cœur peut même perdre le réflexe de battre), causer des dommages irréparables au cerveau, rendre agressif, impulsif et violent, diminuer la mémoire à moyen et à long terme, entraîner des troubles psychologiques (anxiété, crise de panique, dépression, psychose) ou pousser au suicide, aussi bien en cas d’usage régulier que lors d’une surdose.

La consommation de PCP peut provoquer une dépendance psychologique.

AMPHÉTAMINES

Les amphétamines sont des drogues de synthèse, c’est-à-dire qu’elles sont composées de molécules chimiques produites dans des laboratoires clandestins. Proposées en poudre et surtout en comprimés de couleurs et de formes différentes (sur lesquels sont souvent gravés des motifs variés), elles sont souvent mélangées avec d’autres produits ou d’autres drogues, qui peuvent les rendre plus dangereuses. Selon monsieur Fallu, il est très courant de la mélanger à la MDMA pour ajouter un effet d’éveil aux autres effets de la substance. Les amphétamines sont appelées speed, peanut, wake-up, pep, pilule, pill, uppers, amphé… Leur appellation varie souvent en fonction de l’apparence de la drogue.

Les symptômes d’intoxication aux amphétamines sont souvent très semblables à ceux qui caractérisent le consommateur de cocaïne. Les deux drogues appartiennent à la même catégorie. Ce sont des stimulants majeurs. Même si les mécanismes d’action sont un peu différents. Typiquement, les jeunes consomment les stimulants de type amphétaminique sous forme de comprimés, donc par voie orale. Les effets peuvent ainsi prendre un certain temps avant d’apparaître; si la drogue est injectée, aspirée ou fumée, les résultats sont plus rapides et plus intenses. Les amphétamines peuvent induire une forte dépendance.

Selon Jean-Sébastien Fallu, il existe peu d’amphétamines sur le marché noir au Canada. Elles sont souvent confondues, volontairement ou non, avec la méthamphétamine.

La consommation d’amphétamines a pour effets d’augmenter l’énergie, d’accroître la capacité à effectuer des tâches simples normalement affectées par la fatigue, de donner l’impression d’une plus grande force physique et d’une meilleure acuité intellectuelle. Elle peut également provoquer une euphorie relative. Notons que plusieurs étudiants universitaires ont consommé des amphétamines la veille d’un examen… Les amphétamines peuvent aussi engendrer de l’agitation, des tics nerveux, un besoin incontrôlable de parler et bouger sans arrêt, une augmentation de la vigilance (capacité de concentration et d’attention) ainsi qu’une impression de puissance physique et mentale.

Les personnes sous amphétamines présenteront des pupilles dilatées et une bouche sèche, auront parfois des tremblements et leur respiration pourra être plus rapide.

Une consommation soutenue d’amphétamines occasionnera souvent une perte de poids, bien qu’on ait observé qu’une tolérance à l’effet anorexigène peut s’installer rapidement. Finalement, les consommateurs de ce type de substances ont des risques de manifester des symptômes dépressifs, d’expérimenter une psychose toxique, état caractérisé par des hallucinations, des délires de grandeur ou de persécution et des comportements hostiles, voire violents. Si l’épisode psychotique ne dure généralement pas plus de quelques jours, il arrive qu’il se prolonge, principalement chez les gens souffrant de troubles psychiatriques.

MÉTHAMPHÉTAMINE

« La méthamphétamine fait partie de la famille des amphétamines. Ses effets sont plus puissants et durent plus longtemps », d’expliquer Jean-Sébastien Fallu. La méthamphétamine est la substance la plus fréquente dans les comprimés présentés ou vendus sur le marché noir, comme le speed (amphétamine) ou l’ecstasy (MDMA). Tout comme les amphétamines, la méthamphétamine est fabriquée dans des laboratoires clandestins.

Selon sa forme, la méthamphétamine peut être avalée, fumée, injectée ou reniflée. Elle est vendue sous forme de comprimés (speed), de poudre blanche cristallisée (crystal meth; lire plus bas), ou encore de fins cristaux transparents (ice). On l’appelle aussi meth, crystal meth, tina, ice, glace, chalk… Elle fait partie d’un ensemble de substances consommées dans les « clubs after hours » ou les raves, parmi lesquelles on retrouve également l’ecstasy, le GHB, le PCP et la kétamine.

La méthamphétamine est une drogue composée d’éphédrine et de pseudoéphédrine, des substances que l’on trouve dans certains médicaments contre le rhume. Elle est souvent mélangée avec plusieurs autres produits : acide muriatique, éther, acide sulfurique, insecticide, solvants, engrais, iode, détergents, etc.

La méthamphétamine peut provoquer les effets suivants : hallucinations, idées de grandeur, euphorie, excitation, stimulation, réduction de la fatigue… Elle accroît aussi les capacités mentales, augmentation de la confiance en soi et des perceptions sensorielles (auditives, tactiles, visuelles et sexuelles). Elle provoque également de l’anxiété, de l’irritabilité, sécheresse de la bouche, de la transpiration, des palpitations, des nausées, des tremblements, de la confusion, des grincements de dents, des douleurs à la poitrine, de l’hypertension, des troubles cardiovasculaires et de l’insomnie.

À cause de l’intensité des effets qu’elle produit, la méthamphétamine peut entraîner un état d’épuisement général, de l’agressivité, voire un état dépressif pouvant mener à des idées suicidaires. Comme certaines autres drogues de synthèse, la méthamphétamine peut endommager certaines parties du cerveau. Ces dommages peuvent parfois être permanents. Le risque de développer une dépendance psychologique à la méthamphétamine est plus élevé qu’avec les amphétamines parce que la méthamphétamine est plus puissante. La dépendance peut survenir très rapidement chez les personnes qui en consomment sous forme de crystal meth.

CROKODIL, DÉSOMORPHINE OU DROGUE-CROCODILE

La désomorphine est une drogue qui est dérivée de la morphine. C’est un mélange d’iode, d’héroïne, d’essence, de dissolvant à peinture, de phosphore rouge et de codéine. Elle a été synthétisée pour la première fois aux États-Unis dans les années 30. Abandonnée rapidement, elle a refait surface en Russie au début des années 2010. Elle a ensuite connu un essor dans tout le pays sous le nom de drogue Krokodil. Elle s’est ensuite propagée dans les pays de l’Europe de l’Ouest. Elle est considérée comme étant une des drogues les plus dangereuses au monde. Elle serait de trois à vingt fois moins chère que l’héroïne, mais dix fois plus puissante. Ainsi, elle est alléchante pour une personne qui veut se foutre en l’air à moindre coût!

« C’est l’opiacé des pauvres, affirme monsieur Fallu. À l’origine, la désomorphine a été mise au point pour ses capacités à réduire la douleur. La dépendance à la substance étant trop importante, elle n’a jamais été vraiment exploitée. Elle s’est énormément répandue auprès de la jeune génération. La désomorphine est bon marché et ses effets sont grandement [environ dix fois] supérieurs à ceux de l’héroïne. »

 

Ainsi, les populations défavorisées en sont les premières victimes.

 

Les effets de la drogue-crocodile sont les mêmes que ceux produits par l’héroïne. Après l’injection, les consommateurs ressentent un bien-être, une sensation de détente et un grand apaisement. L’organisme est réchauffé et toutes les douleurs physiques et psychiques disparaissent. Les effets de la drogue-crocodile apparaissent au bout de deux à trois minutes après l’injection et durent environ deux heures.

Une drogue qui « mange » la chair

La drogue-crocodile est quasiment toujours injectée et ses conséquences sur l’organisme sont gravissimes. La peau se nécrose à partir du point d’injection. Des plaques apparaissent ensuite sur le corps, elles deviennent grises puis vertes. Ce phénomène est expliqué par la nécrose des tissus. Selon Passeport Santé, les chairs se décomposent, suivies des muscles, des os et des organes. Les conséquences de la drogue-crocodile sont irréversibles. Afin de sauver les membres des consommateurs, l’amputation est la solution la plus souvent envisagée, car elle permet de stopper la nécrose, appelée aussi gangrène. La substance peut donc entraîner la mort des personnes qui en consomment.

Bien que peu d’études approfondies existent sur la drogue-crocodile, le milieu scientifique sait que les utilisateurs peuvent décéder dès la première injection de désomorphine. Si ce n’est pas le cas, leur durée de vie moyenne est de deux ans après la première consommation.

Par ailleurs, le système nerveux du consommateur peut être attaqué, causant des troubles moteurs et des troubles du langage. L’empoisonnement du sang est également un risque majeur, tout comme la méningite et la pneumonie… Bref, cette drogue est le diable incarné!

OXI

L’oxi a été décelée pour la première fois en 2003 au Brésil, dans l’État d’Acre, à la frontière de la Bolivie. Cette drogue, qui a été un fléau du Brésil, est beaucoup plus destructrice que le crack. Ce stupéfiant est considéré comme un poison puisqu’il rend ses victimes dépendantes dès la première utilisation. Il tuerait le tiers des utilisateurs dès la première année d’accoutumance.

Oxi est le diminutif d’oxidado, qui veut dire « rouillé », en portugais (langue officielle du Brésil). Comme le crack, l’oxi est un dérivé de la cocaïne, mais il en contient deux fois plus. Comme le crack, il a l’apparence d’un petit caillou jaunâtre et se « fume » dans une pipe à air; l’usager inhale donc ses vapeurs.

La fumée du crack est blanche, celle de l’oxi, plus grise. L’un laisse des cendres, l’autre une substance huileuse. Tel qu’expliqué plus haut, le crack est de la coke dissoute dans du bicarbonate de soude, de l’éther ou de l’ammoniaque et de l’eau. L’oxi, c’est de la coke oxydée avec de la chaux vierge, et un dérivé du pétrole, soit le kérosène, l’essence ou le diesel. Une des particularités de cette drogue est qu’elle peut se préparer de façon artisanale. C’est assez simple.

DMT OU ÉTAT DE « MORT IMMINENTE »

C’est un trip court, mais intense. Les effets durent environ une heure. Plus qu’une simple drogue hallucinogène, la diméthyltryptamine (DMT) s’empare du subconscient de son utilisateur pour provoquer un grand état de transe. Ce psychédélique très puissant, qui peut être fumé ou injecté, s’apparente à l’expérience d’une « mort imminente ».

 

Plutôt rare, cette drogue inquiète les autorités canadiennes. En novembre, des policiers de Thetford Mines ont saisi une quantité de poudre de DMT. Ils estiment que la diméthyltryptamine pourrait attirer de nouveaux consommateurs et être utilisée comme ingrédient de coupe pour d’autres stupéfiants. La DMT connaît une nouvelle popularité, surtout en Europe et dans l’Ouest américain. Selon Jean-Sébastien Fallu, c’est une nouvelle drogue qui n’en est pas vraiment une, car cette substance a été consommée par d’anciennes tribus en Amérique latine. À vrai dire, la DMT existe depuis plusieurs milliers d’années. Certains peuples l’utilisent encore dans des rituels chamaniques.

La diméthyltryptamine est une molécule naturelle, mais elle a été synthétisée au début des années 30. On la trouve à la fois dans des plantes, chez des animaux et chez l’humain. La glande pinéale (glande endocrine de l’épithalamus du cerveau des vertébrés) en produit. Elle crée de la DMT lors de nos rêves, mais aussi au moment de notre mort, et ce, en grande quantité. Elle serait même produite quelques heures après la mort du corps. Ici, ce n’est donc pas l’ajout d’une molécule qui provoque des effets sur le corps, mais l’augmentation de sa concentration. Un peu comme le GHB. L’utilisateur pourra avoir des visions intenses. Il a aussi l’impression de faire un voyage hors de son corps, voire de tomber dans un véritable trou noir. Il peut aussi avoir la sensation de carrément mourir, tout en étant dans un état d’apaisement profond.

Toutefois, une consommation régulière peut engendrer des épisodes d’anxiété considérables, tout comme d’effrayantes hallucinations.

Selon Radio-Canada, Santé Canada a identifié la présence de diméthyltryptamine dans plus de 500 échantillons de drogues depuis 2008 alors que ses laboratoires reçoivent plus de 130 000 échantillons par an à analyser. Bien qu’on ne puisse banaliser la DMT, d’autres drogues ont des effets plus nuisibles ou dommageables.

LA PROHIBITION

Jean-Sébastien Fallu souligne que « les effets de la prohibition » ont toujours un impact considérable sur l’analyse des drogues effectuée par les autorités (gouvernements, corps policiers, etc.) et les différents organismes. « Dès qu’une drogue est considérée légale, elle devient souvent bien moins menaçante pour la santé et la sécurité des gens. C’est particulièrement vrai avec l’alcool. »

En plus, la prohibition est une politique qui ne fonctionne pas, selon monsieur Fallu. « Les gouvernements auraient tout avantage à encadrer la plupart des drogues connues, afin de réglementer leur composition et d’encadrer leur distribution. Je pense au cannabis, à la MDMA, aux champignons, à la cocaïne, voire l’héroïne. »

D’après lui, l’État pourrait créer une sorte de permis de consommateur. Lorsque ce dernier pourrait démontrer qu’il peut « respecter » son environnement social, il pourrait acquérir une drogue de son choix…

La prohibition aurait démontré dans le passé qu’elle est totalement inefficace, aux dires du spécialiste en toxicologie. C’est le cas avec l’alcool par le passé, tout comme avec l’héroïne, présentement. Face aux graves problématiques humaines et sociales engendrées par la consommation de l’héroïne, certaines provinces canadiennes favorisent un meilleur encadrement des utilisateurs. C’est le cas de la Colombie-Britannique (Vancouver) et du Québec (Montréal). Mentionnons les centres d’injection contrôlés. L’éducation et la sensibilisation seraient la clé du succès dans le rapport entretenu par les humains avec les drogues, quelles qu’elles soient. Monsieur Fallu précise que la décriminalisation n’est pas suffisante.

L’ALCOOL, UN GRAND DÉPRESSEUR

L’alcool est un liquide obtenu par la fermentation de certains fruits ou de certaines céréales ou par distillation, c’est-à-dire la séparation de substances liquides, le plus souvent sous l’effet de la chaleur. L’alcool entre dans la composition de diverses boissons : bière, vin, cidre, apéritifs, digestifs et spiritueux.

L’alcool agit sur le système nerveux central en engourdissant le cerveau et en ralentissant le fonctionnement du corps. L’alcool affecte les comportements et la coordination des mouvements.

Une personne qui boit trop vite ou qui boit alors qu’elle est à jeun ressentira les effets de l’alcool plus rapidement. Les effets de l’alcool sont aussi plus rapides chez une personne de petite taille ou fatiguée.

Environ une heure après une première consommation d’alcool, une personne se sent détendue, parle un peu plus qu’à l’habitude, est moins timide, ressent habituellement du plaisir, peut devenir plus émotive, plus sentimentale, plus excitée. L’alcool peut aussi provoquer un jugement incertain, des réactions ralenties, une vue brouillée, des problèmes digestifs, des nausées ou vomissements, une perte d’équilibre, de la difficulté à marcher, des paroles embrouillées ou incompréhensibles, de la colère, un sentiment de déprime, de la difficulté ou impossibilité de mettre de l’ordre dans ses idées.

En moyenne, le corps a besoin d’une heure pour éliminer une consommation standard, soit l’équivalent d’une bière ou d’un verre de vin.

« L’alcool est extrêmement banalisé en Amérique du Nord, souligne Jean-Sébastien Fallu. Il est même valorisé. De nombreuses personnes croient même que l’alcool n’est pas une drogue. Pourtant, cette substance est l’une des plus dommageables. Les travaux du professeur David Nutt, publiés dans la revue Lancet il y a quelques années, ont démontré que l’alcool est plus nuisible que l’héroïne ou le crack lorsqu’on évalue plusieurs facteurs de risques, à la fois chez l’utilisateur et les gens de son environnement. »

Dans cette étude, l’ancien conseiller du gouvernement américain a classé 20 drogues (les plus connues) selon 16 critères. Pour recueillir des données crédibles, il a demandé la collaboration de divers spécialistes basés à travers la planète. L’héroïne, le crack et le crystal meth ont été considéré comme ayant le plus d’impacts négatifs à l’utilisateur. Il a conclu que l’alcool, l’héroïne, la cocaïne et le crack font par ailleurs le plus de dommages à la société. Autre constat, l’alcool est la plus dommageable de toutes les drogues lorsqu’on tient compte à la fois du consommateur et de la société dans laquelle il vit.

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Bien entendu, la légalisation de l’alcool a un effet énorme sur son apparente inoffensivité, de rappeler Jean-Sébastien Fallu.

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