Archive

GRADUATION OSTÉOPATHIQUE

Chroniqueur Guillaume Pineault
Photographe Sarah Dagenais
Partager

Très peu de gens le savent, mais j’ai passé les huit dernières années de ma vie à compléter une formation en ostéopathie. Cinq ans d’école, un an de clinicat et deux ans de thèse.

Oui oui! En parallèle à l’humour, j’ai fait mes études en ostéopathie. Pour ceux qui ne connaissent pas ça, en gros l’ostéopathie, c’est une médecine douce où on apprend à traiter le corps humain au complet. Vraiiiiiiiment au complet! Pour vous donner une idée, au dernier cours, on apprenait tout sur l’utérus. Genre sa taille, son emplacement, ses loisirs.

L’enseignante nous a dit : « Ce qui est le fun avec l’utérus, c’est qu’il est palpable par voie externe et par voie interne. »

Moi de dire : « Ah! C’est donc bien pratique ça. »

L’enseignante : « C’est drôle que tu dises ça Guillaume parce que justement, on va le pratiquer. »

Moi : « Hein!? »

Non. Non. Cher lecteur, je ne pense pas que vous saisissiez l’ampleur du malaise qui se dresse devant moi. Et, pourtant, on l’savait tous que ça s’en venait le fameux cours sur la palpation utérine. On n’était juste pas prêt à l’entendre. C’est comme si tous les étudiants dans la classe, on l’avait refoulé dans un endroit du cerveau, qui est médicalement reconnu comme étant LE DÉNI PROFOND! Personnellement, dans cette section de mon cerveau, se retrouvent aussi : ma première relation sexuelle, les Outgames et la fois où j’ai pleuré en regardant Harry chez les Henderson.

L’enseignante : « Oui, oui, placez-vous 2 par 2. »

Moi : « 1 gars – 1 fille? »

L’enseignante : « Oui, ça serait préférable. Ça va être plus difficile de trouver l’utérus sur votre collègue David. »

Vous voyez la réaction que vous avez actuellement en lisant ces lignes. Imaginez que vous êtes dans notre peau, à nous, les gars dans cette classe, ce jour-là. Nous avions l’impression d’être des vautours qui chassent une proie, oui parce qu’il fallait aller trouver NOTRE utérus.

Déjà, j’m’arrête ici. Chacune des fois où j’ai essayé de raconter ou d’expliquer cette histoire-là à des gens, j’ai toujours eu les mêmes réactions. Les filles font : « OH MY GOD, ce n’est pas vrai? » (Je vais vous le dire, j’ai pas assez d’imagination pour inventer ça.) Et les gars font tous : « YEAAAHHHHH! T’as palpé un utérus, c’est hot! »

NON! C’est de loin la chose la moins sexuelle que j’ai eu à faire de ma vie. OK, pour vous donner une idée, j’ai déjà été plus horny en vidant la litière de mon chat.

Hey les boys, vous pensez que c’est hot? On en rediscutera quand vous aurez eu à aborder une fille avec comme seul pick-up line : « Hey, s’cuse moi, t’aurais-tu ça un utérus? J’pourrais-tu le palper? »

Dans la classe, au moment de choisir notre partenaire, plus personne ne bougeait, on s’évitait tous du regard. J’peux-tu vous dire, y’avait plus juste l’utérus qui était palpable, le malaise aussi.

Si vous regardiez dans le dictionnaire ce jour-là, la définition du mot malaise, ça devait être écrit « OCCUPÉ EN OSTÉOPATHIE ».

Si vous regardiez en dessous, la définition de mal à l’aise, il y avait ma photo!

Pis pour ceux, comme mes chums, qui me demandent : « Au moins j’espère que t’as pogné la plus belle de la classe. »

SÉRIEUSEMENT?

Premièrement, euh non!

Pis deuxièmement, pour être bien honnête, mes critères de sélection étaient exactement les mêmes que dans un bar à 3 h du matin, c’est-à-dire celle qui voudra bien de moi sera la bonne!

Finalement, par procédé d’élimination, parce que bien entendu aucune fille ne veut être en équipe avec le « COMIQUE » de la classe – elles ont ben trop peur que je fasse un article là-dessus… – je me suis donc ramassé avec l’étudiante étrangère, qui est venue faire sa dernière année de formation chez nous. Une Française, qui ne comprend pas trop bien mon accent québécois. La candidate idéale dans le fond!

Elle se déshabille, se couche sur le dos avec une couverture par-dessus elle. Ça y est, c’est le jour « J ». « J » comme dans « J’cr**serais mon camp là ». L’enseignante nous guide dans la suite des évènements : « Avant de débuter, assurez-vous du confort de votre patiente? »

Moi, voix chambranlante : « Euhhhh, es-tu confortable? »

Elle : « Non! »

Moi : « Ben j’te dirais que t’es pas la seule en ce moment. »

Voici dans l’ordre les étapes à respecter.

1re étape du protocole : Toujours respecter la patiente en la fixant dans les yeux tout au long de l’intervention.

Ouiiiiiiii… parce que c’est connu : tout le monde sait que fixer quelqu’un dans les yeux accorde le respect. Vous essayerez ça avec une police, un doorman ou un tigre… voir s’ils apprécient votre respect!

2e étape du protocole : Remonter la couverture et procéder à l’inspection externe du canal vaginal et des organes génitaux.

Juste là. J’étais complètement perdu. Je me disais en moi-même : « Comment je peux faire ça, l’inspection, tout en maintenant toujours un contact visuel, avec ma patiente, pour la respecter? »

Je ne suis pas le plus fier. J’ai improvisé. J’ai rapidement oscillé en me penchant pour « INSPECTER » et en me relevant pour la fixer du regard et la « RESPECTER ». J’t’inspecte, je te respecte, j’t’inspecte… je te respecte…

Biologiquement, je ne suis pas fait pour ce genre de situation. Non, car normalement, en cas de malaise, pour briser la tension, mon mécanisme de défense, c’est l’humour. Mais là, qu’est-ce que tu veux que j’fasse? J’quand même pas pour dire « Faites Ahhhhhhh » ou « Allo oh oh… avec de l’écho ». Ça reste professionnel comme cours, t’sais!

3e étape du protocole : « L’INSERTION » pour aller palper le col de l’utérus.

Bien entendu, pour son respect, je me suis dit : « Terminer l’inspection, moi, je la fixe dans les yeux jusqu’à la fin. » Fait que j’y vais à tâtons. Elle me dit : « Pas là! » Ah ben, oui toi, mauvaise adresse. Je remonte d’un étage en m’excusant!

Bon, ben je pense que je suis là. Oui parce qu’en fait y’a pas 1000 chemins vers l’utérus. Disons qu’il n’y a pas grand marge d’erreur, à moins de vraiment le vouloir, tu peux pas vraiment te tromper de direction dans un tunnel.

Dernière étape du protocole : Tester la tonicité contractile du plancher pelvien.

Pardon? Comment? Qui? Je ne comprends pas de quoi on parle, et surtout je ne me rappelle surtout pas comment le tester. J’prendrais bien le temps de réviser mes notes… mais j’feuillette déjà un utérus.

Pis moi, quand je deviens nerveux, fouille-moi pourquoi, j’éternue. Pis euh, c’est cri***ment pas le temps là. Non parce que n’éternue pas dans l’entrejambe d’une inconnue qui veut. Ça prend un minimum de décorum pour ça.

Atttttchhhhhhaaaaoum! Je me tourne la tête, me cogne sur le genou de ma patiente. Heureusement, elle est partie à rire! Eh ben, le rire contribue à la contraction du plancher pelvien. Saviez-vous ça? Bref, j’ai testé la tonicité de ce dernier. J’ai retiré ma main, j’ai remercié ma collègue et je me préparais à quitter la classe pour rentrer chez moi quand l’enseignante a dit : « Non, non, monsieur Pineault. Restez en équipe; après la pause on teste la prostate. »

QUOIIIIII?

(Article publié dans l’édition #148 juin/juillet 2017 – www.boutiquesummum.com)

Partager

Recommandés pour vous

PROCHAIN ARTICLE
Archive

LES MARIAGES