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IKEA

Chroniqueur Guillaume Pineault
Photographe Sarah Dagenais
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Si tu te demandais comment tu pouvais mettre du trouble dans ton couple, t’as plusieurs options, comme :
– Tromper ta blonde;
Essayer de choisir un film à deux sur Netflix. Ce gouffre sans fin de « ça te tente tu ce film-là? », « je ne sais pas trop, toi? », « je ne sais pas, ça ne me dérange pas, choisis toi », « celui-là, ça me tente », « ah ouin hein, moi pas certaine », pis avant que tu t’en rendes compte, tu choisis un film, l’autre dort, et tu finis par revoir un épisode de Friends;
Aller au f*cking IKEA!

Saviez-vous ça que c’est au IKEA qu’on recense le plus de chicanes de couple? Oui parce qu’à force de marcher dans des environnements parfaits, avec des cuisines, des salons, des chambres et des salles de bain trop bien rangés, automatiquement, tu compares ça à ton environnement actuel et la tension monte… Pis avant de t’en rendre compte, t’es en train de te séparer les meubles du divorce qui ne sont même pas encore montés!

Moi, comme mon couple allait bien et qu’on ne s’était pas encore pogné, on s’est dit : « Tiens, on va tenter l’expérience d’aller faire un tour au IKEA. » Le souvenir que j’avais était flou… La seule fois que je suis allé au IKEA, c’était plus jeune et j’avais fait une crise à ma mère. Parce que quand j’avais vu le rack à petits crayons au début, j’étais sûr qu’il y avait un mini putt à quelque part dans le magasin.

Mais là, je suis un adulte. Je me suis dit : « Enfin je suis rendu là, je peux vivre le grand magasinage avec ma blonde. » Au début, tu capotes, tu te fais berner en croyant que c’est la meilleure idée au monde parce qu’ils ont un restaurant… avec de la bouffe pas chère. La journée va commencer en allant manger des petites boulettes de viande suédoises qui goûtent le rêve, des desserts à n’en pu finir et de la boisson gazeuse à volonté. Pour vrai, qu’est-ce que tu veux de plus? C’est un peu ça, le début du bonheur.

C’est après que ça se gâte… quand tu débutes ton périple pour l’achat de meubles à la stabilité précaire. Oui, parce que je te rappelle que tu vas les monter toi-même. Si tu penses que c’est le fun un projet de couple pour exercer votre chimie du travail conjoint, je t’annonce que ce n’est pas une recette Ricardo écrite dans un français impeccable que tu t’en vas faire, mais un long processus d’étapes.

ÉTAPE 1

« Cancelle » ta semaine.
Le IKEA c’est un projet à court, moyen et long terme.

ÉTAPE 2

La discussion des besoins.
Généralement, quand tu vas au IKEA, c’est que quelqu’un dans ton couple estime que tous les meubles que vous avez, qui étaient parfaitement fonctionnels jusqu’à il y a une minute, sont maintenant DÉSUETS et DÉGUEULASSES.

ÉTAPE 3

Fais-toi une liste…
Oui, parce que tu pars avec l’idée d’un meuble, tu prends tes mesures, t’arrives au IKEA pour que la chasse au trésor commence et boum! En partant, t’as sept millions de pieds carrés de surface magasinable, des paniers à perte de vue et des cossins à n’en pu finir.

Si t’es parti avec l’idée d’acheter UN meuble, « stick to the list »! Sinon tu reviens avec des rideaux, des supports, des tapis, un rack à souliers, des crochets pour tes clefs, un portemanteau, une spatule, une passoire à pâtes, une couette de lit, du chocolat, pis du cidre de pomme qui te vendent juste avant la caisse. Pis pour une raison obscure, 1789 chandelles. Pourquoi? Qu’est-ce qui se passe, les filles, avec les chandelles? Est-ce qu’on se prépare un bunker pour le verglas, l’apocalypse, une panne de courant éternelle?

Au début, ils te font croire que tout n’est pas cher parce que tu ne payes pas la main-d’œuvre de l’assemblage… Non, mais j’pas mal certain que tu payes pour l’entreposage par exemple!

Mais c’est le fun parce qu’une fois que tu débordes de ta liste, tu peux passer aux caisses libre-service. Alors à partir de là, tu décides un peu de ce que tu payes. Ben oui, tu scannes une chandelle, tu passes un divan, tu scannes une palette de chocolat, tu passes une commode!

Crédit photo : Pierre-Luc Poirier

ÉTAPE 4

Le Tetris de voiture.
Note bien : pour te rendre à l’étape 4, je te conseille de suivre les flèches jaunes dans le magasin si tu veux en sortir un jour. Personnellement, je ne ris de personne qui se perd dans le IKEA, car je ne suis pas mieux, j’ai de la misère à me rendre là-bas avec un GPS. Quoi qu’une fois perdu en dedans, c’est pas si pire. T’as quand même ta chambre, une salle de bain, une cuisine… Si tu te mets un polo jaune, tu peux travailler là quatre mois sans être capable de sortir. Mon truc quand je me perds : j’offre à quelqu’un de l’aider à mettre ses achats dans son véhicule et je le suis jusqu’à l’extérieur!

T’as beau être préparé avec toutes tes mesures, c’est pas les mesures de la maison qu’on devrait prendre, mais celles de la valise de char. Ils te mettent tout dans des boîtes pour que ça prenne moins de place, mais ça finit que tu sors tout des boîtes pour que ça rentre.

Après avoir joué à Tetris avec les meubles dans ton char, tu conduis avec une poutre de base de lit en arrière de la tête, le banc accoté dans le volant, les angles morts sont remplis de restants de boîtes en carton. Là, t’espères pas avoir d’accident pour ne pas te faire empaler par une patte de chaise suédoise! Nous, on avait tellement pu de place, y’a fallu qu’on revienne en Uber et qu’on fasse « tower » le char!

Étape 5

La procrastination.
Tu débarques le tout à domicile, et comme t’es brûlé tight de ta journée de magasinage, souvent, t’évites les boîtes pendant un mois ou deux. Ironiquement tu déposes quand même ton verre sur la boîte de la table de salon… Pis un moment donné, l’énergie du désespoir embarque. Tu te dis qu’aujourd’hui, tu as la motivation de monter tes meubles!

Étape 6

L’assemblage ou le sacrage, c’est selon.
Tu t’installes dans le salon, sors le guide d’instructions écrit dans le plus mauvais français possiblement inventé : « Inséré un vis, dans le emboutte, du côté nord du le tête base de la lit. Recommandation d’étoile d’utilise avec un tour-ne-vis (en trois mots). » T’as l’impression que les indications ont été traduites par quelqu’un qui remplit habituellement la section « commentaires » du Journal de Montréal.

Pis moi, personnellement, je m’entends encore dire : « Ah, j’achète pas les démos, ils sont déjà maganés. » Euh, mais quand je finis de monter mon meuble, j’ai l’impression que c’est l’équivalent d’un meuble bien nettoyé acheté dans une vente de garage!

Bref, encore une belle soirée de marde à tasser les fauteuils du salon pour pouvoir étendre les pièces par terre, le monter aux trois quarts, se rendre compte qu’on a inversé deux morceaux presque pareils, le défaire, le revisser de peine et de misère parce qu’on a mangé la tête des vis pis égratigner le plancher en essayant de le déplacer.

As-tu déjà monté un meuble IKEA dans ton salon – parce que c’est la plus grande pièce de la maison – pis quand tu finis de le monter, il ne passe pas dans la porte pour aller dans ta chambre, fait que t’es rendu avec une commode-penderie pax entre ton divan pis ta télé? Moi je l’ai fait… pis elle va rester là… M’a vous le dire : c’est bien moins long de changer le salon pour la chambre à coucher que de démonter l’esti de meuble!

Bon magasinage!

(Article publié dans l’édition #151 novembre 2017 – www.boutiquesummum.com)

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