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Je suis un sauvage…

Chroniqueur Jonathan Roberge
Photographe Maggie Boucher
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Vers l’âge de 10 ans, je gossais mes parents. Mon unique concern dans la vie était d’avoir une montre Indiglo sport qui allumait dans le noir et qui allait à 30 mètres sous l’eau… Avec du recul, je me rends compte que je n’avais pas le droit de sortir après 20 h pis je ne suis jamais allé à 30 mètres sous l’eau, donc cette montre m’aurait servi à fuck all

J’ai un nouveau trip ces temps-ci… Je veux un cheval!

NO JOKE, je veux un cheval!

Je m’imagine très bien « rider » un étalon musclé. Être en chest, la calvitie dans le vent et les soucis du quotidien loin derrière. Ma copine a bien beau dire que je serais incapable de m’en occuper, moi, je le sais que Gaétan se sentirait en sécurité avec moi. Oui, je l’ai appelé Gaétan dans ma tête. Je trouvais ça réconfortant le nom Gaétan, ça fait « mononcle » qui te pogne par la nuque pis qui te dit que tout va bien aller.

Avec Gaétan, je pourrais relaxer dans l’étable, loin de tout. Isolé du stress de la ville, isolé de la job, loin de mes responsabilités. Je pourrais prendre des marches dans le bois et ne pas me sentir obligé de lui parler. On ne se mentira pas… Quand on fait des activités avec des gens, on ressent le besoin de leur parler par obligation, par politesse, pour ne pas se sentir seul… Si tu as un chien, il veut aussi que tu lui jases, il est content de te voir, il veut jouer avec toi… Mais il dépend de toi. Il veut que tu lui « câlisses » une balle de tennis à bout de bras. Il revient et tu dois te chamailler avec lui pour ravoir la balle… pour ensuite la relancer… ainsi de suite… jusqu’à ce qu’il se roule dans des arbustes et que tu sois pris à le nettoyer pendant deux heures pour lui enlever les petites boules pleines de petits piques qui lui collent dans le poil.

Gaétan s’en crisse de jouer avec toi. Gaétan veut rester tranquille. Gaétan ne veut pas de balle de tennis ni se rouler dans de la mauvaise herbe. Gaétan veut marcher, s’arrêter, dropper deux ou trois pommes de route pis continuer son chemin vers le soleil couchant. Pas besoin de ramasser sa marde avec un sac biodégradable à 20 $ la boîte.

Ma blonde, comme mes parents l’avaient fait à l’époque de la montre « Indiglo », m’a convaincu que je me créais un besoin, que ce que je voulais dans le fond, c’était peut-être juste me retrouver tout seul dans le bois, loin de tout le monde et que le cheval n’était qu’un prétexte…

Hmm… pas fou. Quand j’étais plus jeune, j’allais régulièrement marcher en forêt, jogger sur le bord de l’eau; bref, j’étais un peu un hippie avec des souliers de randonnée.

Ben oui… J’ai déjà fait du jogging, c’est juste que je n’ai pas gossé le monde en mettant sur Internet mon nombre de kilomètres parcourus! C’est pour ça que vous ne le saviez pas. Je n’ai pas toujours été un chubby qui raconte des blagues; j’ai déjà été un mangeur de barres tendres qui tripe plein air.

À la suite de ma discussion avec ma douce, je me suis levé à 5 h 30, j’ai pris mes Merrell de wanna be, un sac de noix, mon surplus de poids et j’ai sauté dans mon JEEP pour aller m’enfoncer dans une forêt. Je me suis garé sur le bord de la route et je suis allé marcher… Pas de cellulaire, pas de musique. Juste moi, une forêt pis des oiseaux.

Cré moé, cré moé pas… J’ai pogné de quoi… Une place pas de béton, pas de char, pas de stress, pas de job, pas de dette de cartes de crédit, pas de paiement, pas d’hypothèque, pas de divorce, pas de boss, pas de matante fâchée qui chiale sur Facebook, pas de rage au volant, pas de débat de société, pas d’angoisse, pas de problème de famille, pas de problème de santé, pas de deadline… Tu rentres dans la forêt pis personne ne peut venir te faire chier… La pire chose que tu peux voir, c’est une madame qui marche avec les mains dans le dos qui te souhaite bonne randonnée.

Après une dure semaine de travail, ne va pas t’enfermer dans un centre d’achat, va jouer « déwor »! Ne reste pas enfermé dans la maison, ne va pas te foutre dans le centre-ville non plus. Être en ville, c’est comme être enfermé à ciel ouvert! Va t’enfoncer dans la verdure, va pêcher, chasser, courir dans le bois, mais va au grand air!

Combien de fois tu t’es dit : « Crisse que je suis ben! », sur le bord d’un feu? Combien de fois tu as décompressé dans un chalet? Sur un bateau? Tout nu sur le bout d’un quai en faisant un moon à la lune?

Essaie-le une fois, pas de bière, pas de chum, pas de blonde, pas d’enfant… Tu verras que c’est meilleur qu’un câlin de grand-maman qui te console pendant que tu regardes un film d’horreur. Tu vas te rendre compte que la ville nous gruge le moral et que nous sommes à la base des sauvages qui aiment être dans la nature.

Je ne te parle pas de te faire des dreads pis de danser tout nu devant un arbre pour le remercier de te purifier. Je ne te dis pas non plus d’aller te perdre dans le bois samedi prochain en faisant des « f*** you » à toute la « société » en disant à ta blonde : « Je reviendrai seulement quand j’aurai retrouvé mon animal intérieur! » Cibole non!

Ce que j’essaie de te dire, c’est que nous voulons des « Gaétan » ou des « montres Indiglo » depuis notre tendre enfance pour combler un vide… Un vide qui pourrait être simplement comblé par une bonne journée dans le « vrai » dehors… Et comme disait le merveilleux John Muir : « Going to the woods is going home… »

Ce texte était malheureusement mon dernier dans le SUMMUM; notre route se sépare ici… J’ai récemment appris que j’avais d’énormes projets télé, web et de scène qui avaient été acceptés et que je devais travailler fort là-dessus pour continuer l’avancement de ma carrière. Et comme je ne peux pas être partout à la fois, j’ai dû abandonner quelques projets, dont mes textes avec vous.

Merci à l’équipe du SUMMUM, merci à vous de m’avoir lu! Au plaisir de vous croiser dans une salle de spectacle… ou dans une forêt, les mains dans le dos en sifflotant du Xavier Rudd!

(Article publié dans l’édition #130 septembre 2015 – www.boutiquesummum.com)

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