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Le Québécois de souche

Photographe Antoine Ryan
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C’est janvier. Fait frette. Pas froid, frette. Comme dans l’expression « Mes narines collent à chaque respir ».

Fait noère. Pas noir, noère. Comme dans l’expression : « J’ai vu le soleil trois minutes aujourd’hui… » Cligne pas des yeux, tu vas l’manquer.

« Tu devrais essayer la luminothérapie Mat! » 

J’ai essayé. Me mettre 1000 watts de lumière à trois pouces de la face, ça me crinque pas, ça fait juste m’aveugler pour les quatre prochaines heures. Et faut pas que ça arrive : ça va me faire manquer les trois minutes de soleil.

À go, on se cache au bureau!

Y parait que les pays nordiques sont plus productifs que ceux du Sud. Normal, y’a juste ça à faire ici l’hiver, travailler! L’hiver, on se tue à la tâche, pis quand on n’est pu capable, on se garroche dans un tout-inclus.

Parce que c’est l’fun de se sentir comme du bétail… On nous déplace en troupeau en ti-autobus, on nous entasse dans un enclos pis on nous engraisse pendant sept jours, avant de nous renvoyer à l’abattoir – c’est-à-dire la job – pour le reste de l’hiver. C’est le cycle de la vie. Ou de la mort. Dépendant de ton degré d’optimisme.

Mais bon, l’hiver, j’aime mieux être du bétail qu’on engraisse au chaud qu’un ermite qui pète au frette.

La note de passage

Ma première fois dans l’Sud, c’était dans un « trois étoiles ». En me disant : « Trois étoiles sur cinq, c’est bon! C’est 60 % de la note! » Ç’a été correct pour mon secondaire, ça va être top niveau pour un resort! 

Erreur.

Si les critères d’évaluation du ministère de l’Éducation étaient comme ceux des resorts, j’aurais eu 100 % en chimie en collant deux Q-Tips avec une vieille gomme.

J’arrive dans la chambre, y’a le traditionnel design avec les serviettes. Mais au lieu d’un cygne ou un cœur, y’ont gossé une sculpture en forme de « tas de linge sale ». Super réussi! Même l’odeur y était.

Crevé par le voyage, je tasse le chef-d’œuvre et j’me « pitche » sur le lit. « MOUGNAAARROUIINF… » C’est le matelas qui gémit son âge. Au son, je dirais qu’il contient les springs de suspension de la première Ford T.  

À chaque mouvement, le matelas crie comme un Chewbacca atteint de tourista. J’me dis : « C’pas grave, on n’est pas ici pour dormir! »

On sort. Sur le Web, le resort se targue d’avoir trois piscines, dont une chauffée. Dans les faits, y’a une piscine hors service, une piscine chauffée (par les clients qui se « laissent aller » au bar dans l’eau) et une piscine hors terre. T’as bien lu. Hors terre. On se croirait chez ma tante à Blainville. 

Le resort s’appelle le « Plaza Del Mar ». Y’ont oublié d’ajouter un « de » au dernier mot. Si ça c’est trois étoiles. D’après moi à deux étoiles, c’est toi qui fais la bouffe pendant que le staff est en vacances.

On est quelle date?

Mais j’me plains pas… J’suis juste content d’être en t-shirt l’hiver. Tellement qu’à chaque cinq minutes, je lâche le call à mes chums : « On est quelle date? » Ils me répondent : « 8 janvier! » Je poursuis : « 8 janvier pis j’suis en t-shirt! »

Cinq minutes plus tard :
  On est quelle date?
–  8 janvier.
–  8 janvier pis j’suis en gougounes!  

Trois minutes plus tard :
–  On est quelle date?
TA YEULE!
–  Ma yeule pis j’suis en costume de bain! 

J’sais. Là, tu te demandes : « Y’est où le lien avec le titre du texte? » Ça s’en vient…

Santé

Premier soir au bar. En bon « los tabarnacos », j’lâche au barman : « Holà amigo! Can you give us a Rhum & Coke to go please? »

« Si amigos! », répond-il avec un sourire large comme un autobus qui ne s’adressait pas à moi, mais au 5 $ de tip que je tenais dans ma main.

Il sort un 2 litres de Coke, vide les trois quarts dans le lavabo, remplit le reste avec du rhum. Un litre et demi de rhum, 500 ml de Coke. Rendu là, y’aurait juste pu mettre un peu de colorant noir dans le rhum pis ça aurait fait pareil.

Il nous donne ça en criant « Salud! » Qui veut dire santé en espagnol. Ce qui est ironique : y’a aucune chance que tu sois encore en santé après autant d’alcool. C’est comme si tu criais « Bonheur! » à quelqu’un qui fait ses impôts.

On part vers la plage avec notre rhum et nos ukulélés. Ouin. Pendant une semaine, on est des Jack Johnson. Les trois boys, on jamme, on a du fun… Je dis 154 fois : « On est quelle date? »

À mesure que la bouteille se vide, nos paroles changent. On a la bouche tellement pâteuse qu’on a l’air d’une chorale de gars qui sortent de chez le dentiste. Chaque chanson se transforme immanquablement en toune de Kashtin.

Mettons que le rhum nous a ramassés. Mettons que si on avait été aux Recettes pompettes, on aurait essayé de faire cuire le perchiste.

Vive les sports de contact

Un moment donné, un gars crie : « Hey! On court-tu pour faire descendre l’alcool? » Pourquoi, quand tu bois, les pires idées te font soudainement dire : « Mais c’est génial! »

On part en courant. Dans ma tête, je vole sur la plage, tel un faucon qui surplombe sa proie. Dans la vraie vie, j’ai plus l’air d’un octogénaire en unicycle.

Après un gros 12 secondes de sprint lent, une souche surgit. Cette souche regarde mon pied. Mon pied regarde la souche. Ma tête regarde le ciel en se disant : « On est quelle date? »

À ce moment, la souche et mon pied décident de s’aimer. Fort. Ils se font une violente accolade « PAAAAOWK! » qui me propulse en front flip, suivi d’un atterrissage la face dans le sable. Digne d’un best-of de Rire et délire.

Même qu’en revolant, dans ma tête, j’entendais les commentaires de Bruno Landry : « Mathieu aime la plage, mais moins que sa face! Ha! Ha! Ha! »

J’suis couché en petite boule. Mon pied est bleu. Mon ongle de gros orteil est relevé à 90 degrés. Ça saigne. Et avec l’alcool, le sang coagule moins. En fait, ça gicle comme un sprinkler de green de golf.

Mes chums arrivent. Leur dialogue :
– Hey, on est quelle date?
 Le 8 janvier!
 Le 8 janvier pis Mat saigne du pied!

Parfait timing. Dans ma tête, Rire et délire a sorti ses plus beaux rires en cannes.

Ils en rajoutent :
Le gros, t’es un Québécois de souche! HAHAAAAAA!
Ouin… Pis j’viens de toucher à mes racines profondes.

On est des poètes.

On va à l’infirmerie. Comme c’est presque toujours des enfants qui se blessent, tout est fait pour eux, des Band Aids de Disney aux thermomètres de Dora l’exploratrice.

J’ai passé le reste de la semaine le pied dans un bandage de Donald Duck. Avec des béquilles roses de trois pieds à l’effigie de la petite sirène. Joie.

À ceux qui partent dans le Sud : méfiez-vous des souches.

Salud!

(Article publié dans l’édition #134 février 2016 – www.boutiquesummum.com)

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