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LE RETOUR DES EXPOS

Chroniqueur Michel Bouchard
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Est-ce pour bientôt?

Disparus en cette triste journée du 3 octobre 2004, les Expos de Montréal sont encore bien présents dans le cœur des amateurs de baseball de la Belle Province, qui s’ennuient de leurs Z’Amours.

On a encore sur le cœur cette dernière rencontre disputée dans un Stade olympique chargé d’émotion le 29 septembre de la même année. Le deuil des Expos est encore à vif et bien peu de partisans ont continué à encourager la concession une fois déménagée à Washington.

Chaque année, quand revient le printemps, alors que les bancs de neige fondent pour laisser ressurgir sable, calcium, nids-de-poule et vidanges, on recommence à rêver au retour de l’équipe qui a évolué dans la métropole durant 36 saisons. On sort une ou deux nouvelles dans les médias et on s’enflamme avec la perspective d’un deuxième séjour à Montréal pour les Expos. Les lignes ouvertes ne dérougissent pas. Ce n’est pas par hasard si les ligues majeures de baseball ont maintenant établi une tradition en présentant deux matchs des Blue Jays par an au Stade olympique. Chaque fois, on fait salle comble et on démontre aux autorités de cette ligue à quel point les Québécois sont friands de balle.

Alors qu’on croyait les astres alignés, il n’y a pas si longtemps encore, voilà que certains changements survenus soudainement dans ce dossier ont un peu refroidi les ardeurs des plus fervents croyants à la renaissance de la concession. Où en est ce dossier?

L’aval des dirigeants des ligues majeures de baseball

La toute première chose à considérer dans un retour des Expos, c’est la volonté de ceux qui dirigent la Ligue. Si le départ de l’équipe a en partie été causé par le désir du commissaire de l’époque, Bud Selig, de sortir le baseball de Montréal, il appert que l’actuel commissaire, Rob Manfred, affiche publiquement son intérêt envers un retour au Québec. Si le désir est présent, il faut aussi spécifier que certains critères doivent être respectés pour que cela se fasse. Manfred a été catégorique indiquant qu’il est hors de question d’envisager un retour dans le vétuste Stade olympique, qui est désuet et qui n’a jamais été une construction optimale pour la présentation de matchs de baseball. Il faut donc amorcer la construction d’un nouvel édifice avant même de penser à ravoir un club. C’est une situation qui n’est pas sans rappeler celle des Nordiques et du Centre Vidéotron. « Construisez-le et ils viendront », dit la fameuse phrase… Le hockey n’est pas encore revenu à Québec malgré cela.

Via un déménagement

Plusieurs manchettes ont ponctuellement fait état d’un possible déménagement de concession à Montréal lors des dernières années. Les problèmes aux guichets des Rays de Tampa Bay et des As d’Oakland ont souvent été décriés par les propriétaires de ces formations. D’autant plus qu’on cherche à faire construire de nouveaux stades et qu’on peine à obtenir l’appui politique dans ces villes. Le propriétaire des Rays, Stuart Sternberg, tente encore de sceller un pacte pour assurer un site approprié pouvant accueillir un nouveau stade et le dossier traîne en longueur depuis une dizaine d’années, si ce n’est pas davantage. Si un déménagement est une option très intéressante, elle demeure peu envisageable puisque la direction de la Ligue entend bien tout faire pour garder la franchise en Floride.

Via une expansion

À l’automne 2017, le média américain Baseball America révélait que la direction des ligues majeures de baseball avait élaboré un plan d’expansion à court terme qui incluait notamment l’octroi de concession à deux villes : Portland et Montréal. Baseball America ajoutait au passage que la Ligue avait même crayonné une restructuration des sections en y incluant les Expos, qui auraient bataillé au sein d’une même division que les Red Sox de Boston, les Indians de Cleveland, les Tigers de Detroit, les Twins du Minnesota, les Mets de New York, les Yankees de New York et évidemment les Blue Jays de Toronto, des rivaux naturels advenant la résurrection des favoris de Youppi!

Au moment où on révélait ces informations, celui qui était alors en poste à la mairie de Montréal, Denis Coderre, avait déclaré que bien qu’il se réjouisse de cette nouvelle, il fallait demeurer prudent et éviter de tomber dans le piège de considérer la chose comme conclue et qu’il restait encore beaucoup de besogne sur la table à dessin.

Le financement

En mars 2017, Réjean Tremblay signait un texte dans le Journal de Montréal où il affirmait que le plan de financement privé nécessaire au retour des Expos était érigé et qu’à l’invitation de l’ancien maire de Montréal, Denis Coderre, et du richissime Stephen Bronfman, une poignée d’investisseurs de haut niveau avaient conclu un accord pour mettre sur la table le milliard de dollars nécessaire à l’élaboration d’une grande partie du projet. Tremblay y allait même de la nomenclature de quelques-uns de ces possibles investisseurs. Outre Stephen Bronfman, à la tête de Claridge inc., le groupe mentionné comporterait la présence de Larry Rossy, fondateur des magasins Rossy et Dollarama, de Stéphan Crétier, fondateur de GardaWorld, d’Éric Boyko, PDG de Stingray Digital, et de l’ancien dragon Mitch Garber, PDG de Caesars Acquisition Company.

On a même raconté que Jean Coutu et Alain Bouchard, PDG de Couche-Tard, font aussi partie des gens hautement intéressés à embarquer dans cette aventure. On peut avancer sans trop avoir peur de se tromper que le point majeur d’un éventuel retour d’une formation du baseball majeur à Montréal est une montagne de fric et cet aspect « capital » est assuré aux deux tiers par des portefeuilles très bien garnis. Reste à obtenir le demi-milliard manquant pour concrétiser le projet, et ces 500 millions $ doivent vraisemblablement provenir de deniers publics, ce qui n’est pas « à la mode » dans le contexte actuel.

La volonté politique

Avec un maire comme Denis Coderre en poste, les adeptes de baseball pouvaient compter sur la présence d’un grand amoureux de la balle et d’une volonté ferme du conseil municipal de restituer un club de baseball à la ville de Montréal. Prêt à investir des fonds publics dans la construction d’un stade spécialement conçu pour ce sport, Coderre était un aidant naturel au projet, lui qui a rencontré le commissaire des MLB, Rob Manfred, à plusieurs reprises à cet égard. Denis Coderre a fait la promotion haut et fort d’un éventuel déménagement d’une formation existante à Montréal et de la candidature de sa ville dans un processus d’expansion. Il a promis qu’il était prêt à faire ce qui était nécessaire pour concrétiser la chose.

Or, coup de théâtre, il s’est avéré que monsieur Coderre a perdu ses élections en novembre dernier et a laissé son poste à la nouvelle mairesse, Valérie Plante. Pour madame Plante, pas question de mettre un sou des contribuables dans un projet du genre sans consultation préalable des citoyens. D’ailleurs, Valérie Plante avait même utilisé cette promesse de Denis Coderre au cœur de sa campagne électorale, en s’exprimant ainsi : « C’est un chèque en blanc que mon adversaire est prêt à donner à la Major League Baseball. » En entrevue avec le coloré animateur radio Jean-Charles Lajoie sur les ondes du 91,9 Sports, Plante s’était montrée plus que ferme dans ses intentions de consulter la population coûte que coûte pour le moindre sou investi par la Ville dans le retour du baseball. Au lendemain de l’élection historique de la première femme à accéder à la mairie de Montréal, les investisseurs potentiels ont opté pour un silence des plus complets. Pas un seul commentaire n’a été émis au sujet des Expos. Chez les dirigeants des MLB, on a confié, à micro fermé, qu’il s’agissait là d’un pas en arrière évident.

Un des initiateurs du projet du retour des Z’Amours, l’ancien joueur Warren Cromartie, est allé à contresens en répétant que le projet suivait son cours et que les choses se concrétisaient de plus en plus.

L’avis des fans

Pour sa part, Jeff Drouin, fondateur de Passionmlb.com, un site dédié à la passion du baseball, est convaincu que les Expos renaîtront de leurs cendres à court ou moyen terme. Il estime cependant que l’option du déménagement est bien peu probable. « Logiquement, ce sera une expansion, puisque le commissaire Rob Manfred souhaite passer à 32 franchises. Toutefois, dans un monde idéal, un déménagement éviterait bien des coûts aux futurs proprios. Peu importe. Mon feeling m’indique que ce sera une expansion. »

Pour ce fan fini de baseball, la défaite de Coderre ne signifie pas la fin du rêve : « Malgré la venue d’une nouvelle gouvernante qui tient les guides de la métropole, le retour des Expos n’est pas pour autant compromis puisque la fondation, c’est-à-dire le regroupement de gens fortunés derrière le projet, est très solide. D’ailleurs, pour avoir la chance de discuter à bâtons rompus (!) avec quelques têtes d’affiche du baseball québécois de façon régulière, tous sont unanimes quant à un éventuel retour du baseball à Montréal. » Jeff Drouin réserve même une place à l’ex-maire dans son plan idéal. « Je souhaite que monsieur Denis Coderre puisse jouer un rôle dans ce retour. Qu’on lui donne une fonction importante au sein de cette future organisation des Expos 2.0! »

Toujours aussi flou

Le dossier du retour des Expos est toujours aussi nébuleux. Si quelques éclaircissements viennent mettre à jour des informations intéressantes à l’occasion, des nuages se pointent à leur tour pour assombrir le portrait. Un fait demeure : le projet du retour des Expos n’est pas mort, loin de là, il est bien vivant et les ficelles se tirent à l’écart des regards indiscrets et non sur la place publique, ce qui est une très bonne nouvelle pour ceux qui prient pour pouvoir recommencer à applaudir leurs favoris.

Tant de joueurs ont marqué l’imaginaire des fans et l’histoire de cette formation : Rusty Staub, Bill Stoneman, Steve Rogers, Tim Raines, Andre Dawson, Gary Carter, Jeff Reardon, Dennis Martinez, Andres Gallaraga, Tim Wallach, Larry Walker, John Wetteland, Pedro Martinez, Vladimir Guerrero, Jose Vidro… Pourquoi ne pas ajouter de nouveaux noms à la liste et de nouvelles légendes pour les générations futures en ramenant nos Z’Amours chez nous?

(Article publié dans l’édition #155 mai 2018 – www.boutiquesummum.com)

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