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Les Simpson à 30 ans

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Qui eût cru qu’une satire familiale de la classe moyenne, en animation de surcroît avec des personnages jaunes, deviendrait la comédie de situation la plus longtemps diffusée de la télévision américaine? Le 28 avril 2019, avec son 636e épisode, Les Simpson ont surpassé le vénérable western Gunsmoke (produit de 1955 à 1975!) pour devenir la plus longue série scénarisée en ondes.

Que de chemin parcouru depuis ce premier épisode diffusé le 17 décembre 1989! Depuis 30 ans, Les Simpson font partie intégrante de la culture populaire : par ses personnages, ses expressions et ses thématiques. Créé par l’illustrateur Matt Groening, il faut toutefois remonter quelques années plus tôt pour retracer les origines de cette famille déjantée.

Jaune?

En 1986, le réputé producteur et réalisateur James L. Brooks (The Mary Tyler Moore Show, Taxi, Terms of Endearment) sollicite Groening afin de créer une série de capsules animées qui serviront de transitions aux pauses publicitaires d’une nouvelle série télé à sketch, The Tracey Ullman Show, mettant en vedette la comédienne britannique. Craintif de devoir céder les droits de sa bédé Life in Hell, l’artiste lui propose plutôt de mettre en scène une famille dysfonctionnelle. Groening s’inspirera même de la sienne alors qu’il donne à ses personnages les prénoms des membres de sa propre famille : son père Homer, sa mère Marge et ses jeunes sœurs Lisa et Maggie. Patty, sa sœur aînée, verra son nom rejoindre sa création un peu plus tard. Seul Mark, son frère aîné, est oublié. Était-ce une exclusion volontaire, par vengeance? Quant à Groening, il substitue son prénom, Matt, pour celui de Bart (une anagramme de brat!). Il situe l’action à Springfield – un nom de ville que l’on retrouve dans une trentaine d’États – qui est inspiré de sa jeunesse passée à Portland dans l’Oregon.

Pourquoi jaune? C’était la volonté de Matt Groening de donner une couleur différente de celle de chair à ses personnages afin de les distinguer visuellement. C’est Gyorgyi Peluce, la coloriste du studio d’animation, qui lui propose cette couleur qu’il s’empresse d’approuver avec enthousiasme malgré la réticence du diffuseur.

D’OH!

Pour les comédiens associés aux Simpson, le contrat s’est avéré une incroyable manne, tant sur le plan professionnel que monétaire. Imaginez incarner des personnages pendant plus d’une trentaine d’années de votre vie. Pour Homer et Marge, les choix furent assez faciles à prendre. Soucieux de leur budget et voulant éviter d’embaucher du nouveau personnel, les producteurs confièrent ses rôles à deux comédiens de l’émission : Dan Castellaneta et Julie Kavner. Pour le fameux « D’OH! » d’Homer, Castellaneta s’inspirera de cette réplique que l’acteur James Finlayson gémissait d’une manière plus allongée dans les comédies de Laurel et Hardy.

Nancy Cartwright auditionna pour le rôle de Lisa, mais elle trouvait Bart plus intéressant. Groening lui permit donc de tenter sa chance et, ébloui par sa prestation, il lui offrit le job sur-le-champ! Quant à Yeardley Smith, elle s’était présentée pour le rôle de Bart, mais on lui trouvait la voix trop aiguë. Elle hérita donc du rôle de Lisa. Hank Azaria et Harry Shearer vinrent compléter le quatuor pour interpréter les personnages secondaires. À eux six, ils incarnent la presque totalité des personnages! Cartwright fait également les sons de Maggie tandis que Smith interprète seulement Lisa.

Les Simpson apparaissent pour la première fois à la télévision le 19 avril 1987. Fox, le diffuseur de l’émission, croit au potentiel commercial des Simpson et il désire qu’une série télé mettant en vedette la famille soit mise en production. Leur flair était bon puisque rapidement la série devient la première émission de l’histoire de la chaîne Fox à se classer parmi les trente plus populaires. Les premières saisons atteignent une moyenne de cotes d’écoute d’une vingtaine de millions de téléspectateurs, un score inédit pour une série animée. Aujourd’hui, elle en récolte un peu moins de trois millions.

Ay caramba!

Dès le printemps 1990, les fans s’arrachent les produits dérivés des Simpson, particulièrement ceux de Bart qui devient la vedette de la série. Cette année-là, il pouvait se vendre jusqu’à un million de t-shirts par jour à l’effigie du garnement! Les jeunes adorent le personnage et ses expressions s’incrustent dans la culture populaire.

Avec le succès vient également la controverse alors que la série attire son lot de critiques bien pensantes qui dénoncent les attitudes mesquines de Bart. Le monde de l’éducation lui reproche également d’être un mauvais modèle pour la jeunesse avec son manque de motivation vis-à-vis ses études et sa propension pour la fainéantise. Certaines écoles vont même jusqu’à bannir le port de chandails avec son image!

En 1992, même le président George H. W. Bush cite l’influence négative des personnages lors d’une allocution dans laquelle il appelle « à renforcer les valeurs traditionnelles familiales américaines pour ne pas ressembler aux Simpson. »

Et, tout récemment, une nouvelle controverse a surgi entourant le propriétaire du Kwik-E-Mart, Apu Nahasapeemapetilon. Hari Kondabolu, un humoriste d’origine indienne, plaide dans son documentaire de 2017, The Problem with Apu, que le personnage renforce négativement les stéréotypes de sa culture. Loin de s’excuser, Matt Groening répond plutôt que caricaturer est la nature même de la satire.

Les scénaristes sont également critiqués d’être trop « libéraux » par certains commentateurs conservateurs; pourtant la longévité des Simpson s’explique en partie par les thèmes favoris des deux spectres politiques qu’ils osent aborder comme l’environnement, l’éducation, le rôle des corporations, la corruption gouvernementale, Hollywood, et même la religion.

Grèves et menaces

La licence des Simpson devient une incroyable vache à lait pour la Fox. Elle récolte des revenus de près d’un milliard annuellement. Se jugeant intrinsèques à ce succès, les comédiens veulent leur juste part du gâteau en exigeant une forte hausse salariale en 1998. Pendant les 10 premières saisons, ils gagnaient un salaire de 30 000 $ par épisodes. Désormais, ils en exigent 125 000 $, ce que les producteurs refusent. Solidaire, la bande est prête à faire la grève tandis que les patrons menacent de les remplacer. Heureusement, les comédiens ont un allié de taille en Matt Groening qui réussit à désamorcer les tensions. Finalement, la compagnie de production cèdera à leurs demandes.

Au fil du temps, les comédiens iront jusqu’à encaisser 400 000 $ par épisodes de 2008 à 2011, puis ils accepteront une diminution de salaire à 300 000 $ alors que la série connaît un déclin de ses cotes d’écoute.

Le célèbre générique

Si la série ne jouit plus d’une aussi grande popularité, elle continue tout de même d’innover avec son célèbre générique. Créé par David Silverman, celui-ci contenait deux gags changeants à chaque épisode (ou presque) : le tableau d’école sur lequel Bart écrit différentes phrases et le divan qui accueille la famille d’une manière originale.

Pour la deuxième saison, le générique subit un changement visuel (plus belle animation des personnages et remplacements de quelques plans) avant de subir une complète transformation en 2009 pour la version en haute définition. Un troisième gag est désormais ajouté : celui du panneau publicitaire qui change d’annonce. Pendant toutes ces années, un seul épisode ne reprend pas le célèbre thème de Danny Elfman, soit To Surveil With Love (2010) alors que les personnages font un lip dub sur la chanson Tik Tok de Ke$ha.

En 2013, le cinéaste Guillermo Del Toro (Hellboy, The Shape of Water) deviendra l’un des rares artistes, avec, entre autres, Banksy et John Kricfalusi (le créateur de Ren & Stimpy), à réaliser une version du générique d’ouverture, celui pour le vingt-quatrième spécial d’Halloween Treehouse of Horror.

L’héritage télévisuel

Au-delà des impressionnants revenus engrangés ou de son indéniable contribution à la culture populaire, Les Simpson a prouvé qu’une série animée pouvait s’adresser à un autre public que des enfants. Il faut se souvenir du pari audacieux de la Fox de la présenter dans la grille horaire du « prime time », soit la diffusion grand public entre 20 h et 23 heures. C’est à cette heure d’écoute que les réseaux récoltent les plus gros cachets de ses annonceurs.

Dans les années 60, Les Pierrafeu, à qui d’ailleurs Les Simpson doit beaucoup, avait été l’une des rares émissions d’animation à tirer son épingle du jeu dans ce créneau horaire. Suite aux succès d’Homer et sa famille, on assistera à une incroyable explosion de séries animées visant les adultes, les diffuseurs cherchant à reproduire sa formule économique. Parmi les séries marquantes, notons Ren & Stimpy, Beavis & Butthead, King of the Hill, South Park et Family Guy.

Les Simpson est présentement diffusée dans une cinquantaine de pays et on sait qu’il y aura de nouveaux épisodes au moins pour une autre saison. Mais, même s’il fallait que Les Simpson soit arrêtée après 2020-2021, celle-ci sera offerte en reprises pendant de longues années encore. Maintenant propriété de Disney, elle est désormais disponible sur la nouvelle plateforme de contenu en ligne Disney+. Et, avec sa puissante machine commerciale, le nouveau propriétaire de la franchise voudra assurément exploiter à fond sa licence et faire connaître cette dysfonctionnelle, mais sympathique famille de Springfield à de nouvelles générations.

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