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Rire en dérangeant les voisins

Rédacteur en chef Jean-Sébastien Doré
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Toujours soucieux de démontrer par l’action quelques vieux atavismes masculins présumés, j’ai beaucoup de difficulté à faire deux choses en même temps. Il n’est pas question ici de conduire comme un dieu tout en textant éloquemment, ni de jongler en dansant, ou whatever, on se comprend… Long détour pour vous confier que, jusqu’à tout récemment, je me croyais incapable d’écouter de la musique et de rire en même temps. Triste vie, non, alors que tant d’artistes portent à se moquer ?

Voici quelques petites suggestions d’artistes à découvrir ou à redécouvrir, des artistes qui ont constamment épicé leur production d’un peu d’humour, de l’absurde dadaïste à la parodie de chansons populaires. Tous chantent dans la langue des affaires – une liste franco suivra peut-être – et sont déterminés à répondre par la positive à une question posée par notre premier trublion : Does Humor Belongs In Music?

Frank Zappa

Il serait réducteur de résumer l’œuvre éminemment protéiforme de Frank Zappa à la drôlerie de ton – bon, on pourrait aussi dire irrévérence, vulgarité – des paroles de ses chansons. À travers les diverses incarnations des Mothers of Invention et jusqu’à la fin de sa vie, ses compositions ne se sont jamais retenues de critiquer, de façon grossière parfois, les pouvoirs en place, et de ridiculiser nos travers, petits et grands.

Guitariste légendaire, compositeur estimé, cinéaste, businessman, grand défenseur de la liberté d’expression : Frank Zappa, c’est tout cela, sans oublier sa plume qui en fit un maître caricaturiste de son époque. Attention : quiconque a l’ambition de s’attaquer à son imposante discographie aura besoin d’un guide chevronné, de cartes bien précises et d’une bonne boussole.

Et en cours d’ascension, surtout :  ne mangez pas de neige jaune. Peut-être la faire bouillir avant ou quelque chose.

Bonzo Dog Doo-Dah Band

Enfant qu’auraient vraisemblablement eu les Mothers of Invention et la bande de Monty Python, le Bonzo Dog (Doo-Dah) Band, contemporain des premiers et collaborateur des seconds, représente bien cet amour de l’absurde qu’ont depuis presque toujours les Britanniques. Parodiant à tour de rôle presque tous les styles musicaux possibles et imaginables – dans les années 60, s’entend -, la formation, qui se consacraient initialement au jazz, se fait vite une place à la télévision (incluant le Magical Mystery Tour des Beatles), où son leader plutôt improbable Vivian Stanshall fait sensation.

Malgré leur relative obscurité, nombreux sont ceux qui se sont inspirés d’eux : Death Cab for Cutie, avant d’être un groupe, était un rockabilly mollasson des Bonzo Dog; Cool Britannia, avant d’être le slogan des années 1990 en Angleterre, préfigurant l’élection du coolissime Tony War On Terror Blair, était aussi une pièce des joyeux drilles.

R. Stevie Moore

« Le contenu avant le style, toujours diversifié, jamais médiocre. » C’est par ces mots, traduits par l’omniscient et polyglotte Google, que se présente Robert Stevie Moore, fils du légendaire bassiste d’Elvis, Bob Moore, sur sa page Bandcamp. La page en question est un véritable puits sans fond de pépites en tous genres : chansons originales totalement absurdes, reprises des Beatles et destructions de nombreux hits pop, aliens musicaux alliant savamment des fragments de mélodies avec des chutes de studios que d’aucuns jugeraient irrécupérables.

Actif depuis les années 60, le roi du lo-fi a une discographie à faire pâlir feu Normand L’Amour. À découvrir si vous avez quelques mois de libres devant vous.

Spinal Tap

Autre paire de manches ici : plutôt que d’être un groupe de rock, Spinal Tap est en fait une parodie de groupe de hard rock anglais, formée par des comédiens : Michael McKean (dans le rôle du chanteur et guitariste David St. Hubbins), Christopher Guest, 5e baron Haden-Guest (celui du guitariste Nigel Tufnel), et Harry Shearer (le bassiste Derek Smalls). Créé pour la télé, Spinal Tap devient un succès culte grâce au faux documentaire de 1984 lui étant consacré, This Is Spinal Tap.

L’humanité en conserve, en plus de quelques répliques incontournables comme le fameux «Up to eleven» (l’amplificateur du guitariste Tufnel, tellement heavy que son volume monte à 11) et une vision sans complaisance du pompier monde du rock, un vrai groupe, qui lancera trois albums véritables et fera de la tournée au fil des ans. Enthousiasme du baron Guest en sus.

‘‘Weird Al’’ Yankovic

Véritable symbole des années 80 et 90, ‘‘Weird Al’’ Yankovic se passe de présentation. Le grand frisé à moustache a, à travers ses parodies des chansons populaires du moment, séduit une génération – et plus? – de mélomanes, mais aussi de musiciens, qui ont presque toujours apprécié d’entendre leurs créations réimaginées par Yankovic. Nous pensons entre autres à Kurt Cobain qui considéra, en écoutant Smells Like Nirvana, pastiche de vous-savez-quoi, que c’était la preuve que lui et son groupe avaient réussi.

Ce statut d’étalon du succès sied bien au charmant accordéoniste.

Ween

Gene et Dean Ween, nés respectivement Aaron Freeman et Mickey Melchiondo, frères de création et de pseudo fratrie, se connaissent depuis l’école secondaire. Ils se toisent de part et d’autre de la classe, Freeman trouve Melchiondo douche, comme on dit. Cette histoire d’adolescence assez classique se résout – hé oui, vous avez deviné – par un amour commun de la musique. Nos deux coquins aiment le rock underground, Prince, certains styles musicaux en marge des Billboard et autres marqueurs de «beigitude». L’humour et le grotesque font partie de leur production dès les premiers enregistrements expérimentaux et les suivront sur leurs grands disques réalisés sur étiquette Elektra.

Fait cocasse : Ween serait la contraction de wuss et de penis. Lol (?)!

Tenacious D

Vous connaissez probablement très bien notre dernière sélection, Tenacious D, grâce à la grande popularité qu’a(vait) au cinéma l’un des membres de ce duo comedy rock, Jack Black. Au côté de Kyle Gass, la vedette du film School of Rock offre depuis 25 ans un heureux mélange de vulgarité et de rock superbement excessif. Leur premier album éponyme paru en 2000, sur lequel on peut entendre l’incontournable – heille, même si on voulait! – Dave Grohl aux tambours, leur offre un succès bien réel, propulsé par le simple Tribute.

Une petit recherche sur la Toile nous apprend qu’ils existent toujours et qu’ils ont lancé un album à la toute fin de l’année 2018. Jouez Tribute, jouez Tribute!

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