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SALON DE LA BD ET DE L’IMAGE DE QUÉBEC

Rédactrice en chef Nathacha Gilbert
Illustrateur Mario Malouin
Crédit photo Courtoisie Mario Malouin
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UN ÉVÈNEMENT SIGNÉ MARIO MALOUIN

S’IL Y A UN CARICATURISTE QUI A MARQUÉ LE QUÉBEC DE PAR SES CRÉATIONS SI SINGULIÈRES, C’EST BIEN MARIO MALOUIN. ET CE DERNIER, RÉSIDANT DE QUÉBEC, ORGANISE LE PREMIER SALON DE LA BD ET DE L’IMAGE, QUI SE TIENDRA LES 27 ET 28 OCTOBRE PROCHAINS, À LA PLACE DES QUATRE-BOURGEOIS, DANS LE SECTEUR DE SAINTE-FOY. UN ÉVÈNEMENT OÙ LES PETITS COMME LES PLUS GRANDS TROUVERONT LEUR COMPTE. POUR EN DISCUTER, ON A INTERROMPU LE PRINCIPAL INTÉRESSÉ ALORS QU’IL ÉTAIT DANS LES DERNIERS PRÉPARATIFS DE SON SALON.

Mario, tu es probablement l’un des caricaturistes les plus connus au Québec, et tu as mis sur pied le premier Salon de la bande dessinée et de l’image, qui se tiendra à la fin du mois à la Place des Quatre-Bourgeois. Comment t’est venue l’idée de créer un salon pour tes comparses et toi? C’est un enchaînement de circonstances. J’ai le plaisir de travailler à temps partiel dans un beau commerce de cet endroit qui s’appelle Maître Encadreur. Étant sur place, j’ai pu rencontrer et discuter avec les gens de la promotion du centre. De fil en aiguille, j’ai parlé de mon expérience en tant que président du Festival de la BD de Québec, et je leur ai aussi parlé de ma vision d’un tel festival. Ils m’ont alors lancé l’invitation de créer mon propre salon BD, comme il se faisait anciennement dans un centre commercial. Imaginez, ils m’ont offert les clés de leur centre, et tout l’espace disponible : l’atrium central et des locaux inoccupés.

Et qu’y aura-t-il de différents par rapport aux salons et festivals de la bd qui ont lieu à Québec et à Montréal? C’est justement la présence du salon dans un centre commercial qui est la différence fondamentale. Je crois profondément à ça : créer un évènement pour les amateurs et le grand public et mettre à leur disposition un lieu public où ils n’ont pas à débourser un prix d’entrée et de stationnement avant d’avoir débuté leur visite. On sait comment l’argent est dur à ramasser aujourd’hui, alors en créant un évènement attractif, dans un lieu grand, aéré et propice à la venue du public, on permet aux gens de se consacrer au salon sans se casser la tête avec des frais d’entrée, etc. Ça devient une grande fête de la BD.

Qu’est-ce que tu désirais lancer comme message en créant ton évènement? En fait, c’est ça. L’évènement devient familial, sans contrainte de frais d’entrée. On accueillera même les gens avec du maïs soufflé gratuit et des activités participatives, comme une murale évolutive, où chacun y mettra sa griffe si ça lui tente, et un photoboot, un coin photo où on pourra se photographier avec des accessoires de superhéros qu’on aura sur place. Une belle activité familiale. Et, naturellement, j’aurai toute ma section BD avec deux libraires sur place pour offrir les meilleures BD, des exposants qui présenteront leurs produits, etc. J’y serai moi aussi, avec mon petit kiosque et mes dernières publications en autoédition.

Parle-moi un peu des artistes qui seront sur place tout au long du salon. Il y a de gros noms dans ta liste d’invités! Vous le savez sûrement, nos créateurs en BD sont maintenant actifs et reconnus sur un plan international. Pour cette première édition, j’ai invité en dédicace quatre artistes qui sont publiés dans toute la francophonie et qui habitent la région de Québec : Richard Vallerand, Francis Desharnais, Jean-Philippe Morin et Jacques Lamontagne. Ces quatre gaillards, ces quatre Bourgeois – oh, concept! (Rires) – feront des séances de signature de 2 h chacune pour rencontrer leur public. Et parmi mes artistes exposants, j’ai Thierry Labrosse, Stéphanie Leduc, Forg, Luc Thibault, pour ne nommer que ceux-là. J’ai aussi, par le biais de la Foire aux originaux, des artistes qui seront représentés par la vente de leurs planches originales, comme Denis Rodier et Djief.

Justement, un des points forts du salon, c’est que vous avez une quarantaine de planches originales de BD qui vous ont été confiées et qui seront mises en vente. Comment d’abord as-tu été capable de convaincre leurs propriétaires de te les confier? À la création du salon, j’ai eu vite envie de faire ce « sous » salon des originaux. C’est une chose dans laquelle je crois fortement. Pour particulariser mon événement, ça lui donnait une personnalité propre d’avoir une section où on pouvait trouver des planches originales à vendre. Les planches originales, pour expliquer un peu, c’est la feuille sur laquelle est dessinée la page de BD. Vous comprendrez que c’est un objet unique. Depuis un moment dans le monde, il y a un engouement auprès des collectionneurs pour l’acquisition de ces pages. Les musées ont commencé à en acheter aussi. Il y a des encans régulièrement, et il n’est pas rare de voir partir des pièces, comme des pages originales de Tintin ou de Superman, à plus de 1 million $! Eh oui! […] Pour revenir à ta question, j’ai fait du démarchage auprès des gens qui avaient des planches susceptibles de plaire au public. Je leur ai expliqué le contexte, les ai rassurés avec mon local réservé à la Foire et barré à la fin de la journée. En plus, le local qui nous est prêté est une ancienne bijouterie, avec les meubles vitrés et barrés eux aussi. Et, pour finir de les rassurer, j’ai une personne en permanence qui ne s’occupera que de ça. Je l’ai appelé mon commissaire aux originaux. C’est Mario Giguère qui occupe le poste, un vieux routier de la BD d’ici et un ami!

Ce sont donc de véritables œuvres de collection que les gens vont pouvoir se procurer? Oui.  Je vous ajouterais que c’est même une opportunité de placement! Ces planches ne vont que prendre de la valeur. Un exemple : Denis Rodier, qui a œuvré sur Superman – il a même travaillé sur le comic book le plus vendu de l’histoire, soit La mort de Superman –, nous a confié une dizaine de planches, dont huit de Superman!  Eh oui, de vraies planches de Superman… Et tenez-vous bien, il y en a même une là-dedans qui est au prix de 75 $. Comment vous voulez que ça ne prenne pas de valeur en peu de temps? J’aurai même sur place une de ces planches encadrée pour montrer quel bel objet de décoration on peut faire avec ça.  Bref, j’ai 40 planches en vente, à divers prix. J’en ai quelques-unes des miennes dans le lot, ainsi que celles de Jacques Lamontagne, de Jean-Paul Eid, de Thierry Labrosse et de Stéphanie Leduc.

Quelles autres activités sont au programme exactement? Tout d’abord, étant tout près de l’Halloween, les gens sont invités à venir déguisés pour nous montrer leur beau costume. On s’est fait un coin photoboot où ils pourront se photographier dans un contexte de BD. Pour le plaisir, au bout des deux jours, on fait tirer un prix parmi ces participants. Il y a aussi notre murale participative où chacun pourra y mettre son petit dessin. Si j’en ai l’occasion, je démarrerai probablement le dessin collectif! Naturellement, on a nos auteurs invités, nos tables d’exposants avec toutes sortes de choses exclusives, des caricaturistes sur place… et j’en oublie!

Mario, on disait plus tôt que tu avais une carrière bien établie au Québec et depuis pas mal plus longtemps que ma naissance… (Rires) Je me trompe ou c’est Safarir qui a vraiment été, peut-être pas un tremplin, mais ta plus grande carte de visite? Je sais que plusieurs hommes dans la trentaine ont commencé à te suivre notamment dans ce magazine-là…  Qu’est-ce que ça a représenté pour toi ce projet-là? Ouf! Ce fut un morceau important de ma vie. J’ai été membre-fondateur du magazine. Avec un groupe de dessinateurs, on a carrément créé notre gagne-pain. On ne se doutait pas que ça prendrait cette envergure. Vous le savez, Saf a même eu une version américaine, NUTS, et une version française avec des trucs spécialement faits pour eux. Il y a eu une période magique où on travaillait sur les trois en même temps! On en a abattu du boulot. J’ai été 19 ans à Saf. Oui, ç’a été une période importante de ma carrière, et c’est vrai qu’il y a toute une génération qui a grandi avec mes petits dessins. J’espère ne pas avoir trop déformé leur petit cerveau! (Rires)

Les gens m’en parlaient, mais souvent sur le bout des lèvres. Dans le sens qu’un magazine plus sexy suscite une certaine gêne à partager. Je trouvais ça bien amusant.

Et, pas pour se « plugguer », mais on a collaboré ensemble aussi ces dernières années. Tu as fait plusieurs caricatures pour nous dans nos anciennes chroniques Net-Fret-Sec, Bonnie & Clyde, Célibataire pour les nuls, la chronique de Cathleen Rouleau puis finalement Sexo… Est-ce qu’on t’en parlait un peu de tes participations dans SUMMUM? Oui. C’est drôle, cette situation. Les gens m’en parlaient, mais souvent sur le bout des lèvres. Dans le sens qu’un magazine plus sexy suscite une certaine gêne à partager. Je trouvais ça bien amusant. Un coup la glace de la gêne passée, on en parlait avec amusement. Comme dans toutes mes publications, les lecteurs s’amusaient à me rappeler les dessins qu’ils ont appréciés. C’était chouette! Tu sais, SUMMUM, c’est un magazine de qualité à la facture léchée. C’est agréable pour un artiste d’y voir apparaître ses dessins… Et vlan, mon côté téteux qui ressort! (Rires)

Puis il y a Délire auquel tu collabores depuis de nombreuses années déjà… Oui, Délire est en fait ma continuité avec Safarir. J’y suis allé après y avoir proposé mes services. En discutant avec le rédacteur en chef, Martin Thibeault, on s’est entendus pour produire un matériel différent, mais ça demeure toujours du Malouin. Ça fait maintenant 13 ans que j’y fais plein de choses. J’ai longtemps illustré la couverture. J’aime bien toute l’équipe.

C’est difficile quand même le marché de l’édition présentement. Ressentez-vous aussi ce creux de vague aussi du côté des bédéistes? Je te remercie de me permettre d’aborder ça.  Effectivement, c’est difficile. Tu sais, je fais de la BD de façon professionnelle depuis 47 ans maintenant. Dès le départ, j’ai commencé dans des hebdos régionaux, puis ensuite dans les magazines. Les journaux et magazines ont été mes supports pendant toutes ces années. Ce n’est pas l’album qui fait vivre l’auteur de BD; sauf à de rares exceptions, c’est la prépublication en magazine ou en journaux qui apporte le soutien financier. Je parlais de mes 47 ans. Tu vois, je suis fier de dire que j’ai vécu de la BD au Québec grâce à ça. Je n’envie pas les générations de dessinateurs qui poussent. Ils n’auront plus ce support financier. Ce n’est pas le Net qui va leur apporter leur revenu. Effectivement, le domaine de l’édition est difficile maintenant. C’est très comparable au domaine du disque. Les CD ne se vendent plus. Les artistes qui survivent le font en passant 300 jours par année sur la route pour faire des spectacles…

Il semble tout de même avoir un beau regain de popularité chez les Québécois, du moins avec de nouvelles venues dans le monde de la BD. Je pense notamment à l’auteur de L’Agent Jean, Alex A., qui connaît un beau succès chez les jeunes. J’imagine que ça doit être beau à voir de la part des bédéistes d’expérience de savoir que la BD perdure dans l’univers littéraire? Oui, justement. Alex A. a trouvé son truc. C’est très bon ce qu’il fait, et il a une production régulière. Il a trouvé le chemin pour rejoindre ses lecteurs, et ça marche. J’ai déjà voulu aller lui serrer la pince pendant une de ses séances de signature, mais il y avait trop de monde! On ne s’est pas rencontrés encore. Bah! Qu’est-ce qu’il en aurait à faire d’un vieux dinosaure comme moi? (Rires)

Toi personnellement, qui t’a inspiré à te lancer dans la BD quand tu as commencé? Tout jeune, j’ai eu mes grandes admirations – que j’ai toujours! – comme Hergé avec son Tintin, Uderzo avec son Astérix, mais, surtout, Franquin! Quel grand artiste que ce Franquin! Quand j’ai fait mon premier album, Une saison dans la vie d’Arthur Leroy, une parodie du travail de l’animateur-radio André Arthur, j’en ai envoyé une copie dédicacée à André Franquin. Ce qu’on est prétentieux quand on est jeune! Et, croyez-le ou non, il m’a retourné un album dédicacé de Spirou avec tous ses compliments. Il m’y avait dessiné un de ses célèbres petits monstres. Pas besoin de vous dire que j’ai encore cet album. En souvenir de ça, je me fais un point d’honneur de toujours répondre à mes lecteurs! C’est important, ce contact avec un professionnel. C’est d’ailleurs un des grands plaisirs de ces salons, de rencontrer les lecteurs. Certains osent apporter leurs dessins et je tente toujours de leur apporter des remarques constructives.

Y a-t-il un rêve côté carrière que tu n’as pas encore réalisé? Toi qui as des dizaines et des dizaines de publications à ton actif… C’est sûr qu’il y a toujours des rêves qu’on n’a pas réalisés. Mais, en général, je suis assez content de ce que j’ai accompli. Je parlais tantôt de mes idoles en BD. Un que j’allais oublier, c’est Gotlib, qui nous a quittés cette année. Je l’avais découvert dans Pilote, avec ses Rubrique-à-brac et, par après, il a cassé les barrières en fondant le magazine Fluide glacial. Tout jeune, je rêvais d’y publier. J’ai longtemps envoyé des dossiers. Au début, sans réponse, puis sont venues les réponses polies de refus et, enfin, j’ai eu le plaisir de rencontrer Gotlib, en 1989 si je me souviens bien. On a eu une longue discussion sur ce qui pourrait plaire au rédacteur de son magazine : les sujets, le genre de dessins, etc. J’ai continué à préparer des projets, puis en 1991, une de mes pages a été acceptée! Elle a même été publiée en couverture de dos (NDLR : « back cover » dans le jargon de l’édition!) et en couleurs, alors que Fluide était en noir et blanc à l’époque. Cette publication est un grand souvenir pour moi. J’ai longtemps été le seul Québécois à avoir publié dans Fluide. Je n’ai pas réussi à donner suite à ça, mais j’en suis fier. À peu près la même chose s’est passé pour Spirou, en France. J’ai longtemps été un fervent lecteur du magazine et, en 2005, s’est présentée l’opportunité de signer les scénarios de la BD L’Astronaute, dessinée par mon ami Jean-Philippe Morin, qui sera au Salon le dimanche. Ç’a duré deux ans. Un autre beau souvenir professionnel! […] Mais, honnêtement, je suis encore gâté par la vie professionnelle. J’ai fait allusion tantôt à mon travail depuis quelques années en microédition. Je m’amuse, à mon rythme, à publier moi-même tous mes travaux qui n’avaient pas été faits en albums ou qui sont disparus des tablettes depuis longtemps. Un travail patrimoine, comme je dis souvent. C’était un exercice très confidentiel, entre mes lecteurs fidèles et moi. Je publie ces livres à petits tirages et les vends moi-même sur le Net et dans les 3-4 salons que je fais par année, dont le Salon de la bande dessinée et de l’image maintenant. Et ce qui était relativement confidentiel prend une autre envergure depuis quelques temps. Quand j’ai décidé de rééditer mes quatre albums Drôlement piquant, et les nouveaux titres à venir, j’ai trouvé la maison d’édition d’Amazon. Eh oui, le géant de la vente.  Après les démarches d’usage entre un auteur et un éditeur, Amazon publie mes Piquant! Le numéro un est déjà en vente! Sur toutes les plateformes d’Amazon. Autant au Canada, aux États-Unis, en France, en Espagne, au Japon… Bref, partout dans le monde. Le deuxième Piquant est en préparation! Ce qui devait être un exercice « confidentiel » prend des proportions que je n’espérais plus! Du plaisir pour des années! Pas prêt de raccrocher ses crayons, le bonhomme!  Et je me croise les doigts, la main est toujours sûre, et je m’amuse… Pour ceux que ça intéresserait, je vous glisse le lien de la page où le trouver.

Je te laisse le mot de la fin Mario… Si je veux utiliser cette tribune pour aider un peu, à tous ceux qui rêvent de travailler dans la BD, je dirais, à l’image de ce que je viens d’exprimer, c’est d’être persévérant. À partir du moment où vous être convaincu que votre travail est bon, c’est de ne pas lâcher pour convaincre le rédacteur en chef ou l’éditeur de vous publier. Ce n’est pas un domaine facile, surtout ces combats à la Don Quichotte, mais c’est tellement formidable quand vous avez gagné ce droit de publier, et que vous vous retrouvez seul devant votre planche à dessin, pour y jeter le meilleur de vous! J’avais envie de finir sur ce genre de note optimiste. C’est le plus beau métier du monde! Imaginez, vous êtes seul devant la création, vous pouvez tout faire et défaire et refaire. Au cinéma, ça coûte cher en effets spéciaux pour certaines scènes; l’auteur BD, lui, n’a que son crayon comme dépense pour illustrer une éruption volcanique, un voyage dans l’espace, ou le naufrage du Titanic…

LIENS COMPLETS POUR LE SALON

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