fbpx
En kiosque

FORMAT CAPSULE

Kim Lavack Paquin
Partager

Depuis que la Terre produit des affaires qui poussent toutes seules, tel un jardin d’abondance sur l’acide, l’humain les regarde avec le même mélange de curiosité, de gourmandise et d’inconscience qui caractérise notre espèce depuis que quelqu’un a décidé de flatter un loup en se disant : « Bah… y’a l’air fin. »

Si c’est vrai que la nature nourrit l’homme depuis que le monde est monde et qu’il y a du monde dedans, elle ne nourrit pas seulement son corps : elle nourrit aussi son esprit.

Imaginez combien il a fallu d’herboristes amateurs, d’apprentis guérisseurs et de curieux illuminés pour oser goûter à peu près tout ce qui poussait dans une forêt en se disant « bah… ça va probablement pas me donner mal au ventre » avant d’en arriver à découvrir, par exemple, que le pavot n’était pas juste une jolie fleur innocente, mais l’héroïne d’une toute autre aventure.

Même si l’histoire ne nous dit pas si les propriétés laxatives étaient répertoriées dans le grand grimoire du savoir collectif avant les propriétés hallucinogènes de telle ou telle plante, une chose semble claire : éventuellement, on s’est mis à tripper solide.

Les chamans sibériens auraient, semble-t-il, développé un faible pour l’amanite tue-mouches. Les prêtres de la Grèce antique vidaient cul sec le mystérieux kykéon lors des cérémonies d’Éleusis. En Amérique du Nord, on ne haïssait pas les champignons pour les rituels. Plus au sud, en Amazonie, certains sont même allés jusqu’à découvrir — allez savoir comment — qu’il fallait combiner deux plantes bien précises pour rendre l’ayahuasca active.

Bref, l’être humain a fini par développer une véritable encyclopédie de tout ce qui faisait buzzer… et, surtout, une pléthore de façons de s’en servir. Le tout basé sur cette noble et hautement périlleuse démarche scientifique qu’on appelle encore aujourd’hui : l’essai-erreur.

Pendant des millénaires, changer son état de conscience relevait du sacré. On jeûnait. On priait. On méditait. On avalait des décoctions au goût douteux avant de sacrifier chèvres, vierges et enfants. On chantait autour d’un feu habillé en grelots. On consultait les ancêtres. Bref, on tapait la trail entre le spirituel et le fantastique.

Puis, tranquillement, quelque chose a changé.

On s’est mis à microdoser.

Il n’existe évidemment aucune preuve qu’un druide, quelque part, se soit déjà réveillé un lundi matin en se disant : « Tiens… aujourd’hui, au lieu d’aller explorer mon existence éthérée avec mon troisième œil, j’vais prendre rien qu’une p’tite bouchée de champis… T’sais, juste pour être un peu plus productif à la cueillette du gui. » Mais si l’on s’entend sur le fait qu’un plus un font deux – sans compter l’espace entre les deux doigts – on peut raisonnablement soupçonner que c’est exactement comme ça que c’est arrivé.

Oui. Sans l’ombre d’un doute.

Probablement.

Partager

Recommandés pour vous

PROCHAIN ARTICLE
En kiosque

L’ÉPINEUX ART DE DIRE NON