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ATTAQUES EXTRATERESTRES

Chroniqueur Arnaud Pagès
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Grand classique des films de science-fiction, l’attaque de la Terre par une civilisation extraterrestre technologiquement plus avancée que nous n’est pas un scénario aussi fantaisiste qu’on pourrait le croire. Que se passerait-il si cela arrivait un jour?

6 octobre 1995. C’est une date historique pour la science. Deux astrophysiciens, Michel Mayor et Didier Queloz, ont découvert, à l’observatoire de Haute-Provence en France, les toutes premières exoplanètes. C’était il y a un peu plus de 20 ans. Jusqu’à cette date, personne ne pouvait affirmer que d’autres planètes, extérieures à notre système solaire, gravitaient quelque part dans le cosmos autour des milliards d’étoiles de notre galaxie et ailleurs, dans les milliards de galaxies que compte l’univers. Depuis cette date, 3769 exoplanètes ont été identifiées, dont 194 sont potentiellement habitables. Ce qui veut dire que ces planètes ressemblent à la Terre, qu’elles sont rocheuses, dotées d’une atmosphère et que de l’eau liquide coule à leur surface. Et donc que toutes les conditions sont réunies pour qu’elles puissent, elles aussi, abriter la vie.

L’idée que des visiteurs extraterrestres pourraient un jour nous rendre visite est apparue après de nombreuses observations d’OVNI faites, dès les années 50, par des civils, des militaires et des pilotes expérimentés un peu partout dans le monde. Les Américains ont même lancé en 1960 le programme SETI (Search of Extraterrestrial Life) dans l’espoir de rentrer en contact avec une autre civilisation que la nôtre, en scannant le ciel grâce à de grands radiotélescopes pour repérer un signal d’origine non humaine. En vain. Le programme n’a pour l’instant rien donné, à part quelques polémiques sur des bruits inhabituels captés par SETI, qui se sont tous révélés être d’origine naturelle.

Pour autant, tout semble indiquer que la vie existe ailleurs dans l’univers. Toutes les découvertes réalisées ces dernières décennies par les astrophysiciens renforcent cette hypothèse. Que ce soit la toute récente découverte d’eau liquide sur Mars par la Nasa, ou encore l’étude de la comète Rosetta par l’Agence spatiale européenne qui recèle dans ses roches les briques primordiales de construction du vivant. Notre galaxie est constituée de plus de 200 milliards d’étoiles, et un nombre potentiellement bien plus important d’exoplanètes. L’univers comptant des centaines de milliards de galaxies, il devient de plus en plus difficile d’affirmer que nous sommes seuls au vu du nombre astronomique de planètes habitables qu’il nous reste à découvrir.

Les très nombreux films sur les extraterrestres réalisés dès les premières observations d’OVNI, depuis The Day the Earth Stood Still, en passant par Close Encounters of the Third Kind, Men in Black, Signs, Mars Attacks!, Independance Day, Abyss, ou encore Arrival, pour n’en citer que quelques-uns, de même que les très nombreux romans de science-fiction, d’émissions de télévision, de bandes dessinées, parlant d’une rencontre avec des extraterrestres démontrent un très vif intérêt du public – mêlé d’une certaine inquiétude – pour cette question. Même si nous n’avons pas encore la preuve qu’ils existent, sommes-nous prêts pour une rencontre avec des visiteurs venus d’ailleurs? Que se passerait-il si, en ouvrant nos fenêtres, nous découvrions au-dessus de nos têtes une armada de vaisseaux spatiaux

Une civilisation extrêmement avancée

Pour venir jusqu’à nous, cette civilisation sera nécessairement technologiquement beaucoup plus avancée que la nôtre. Car pour parcourir les distances gigantesques qui séparent leur planète de notre système solaire, ces « ingénieurs » aliens auront mis au point une technologie leur permettant de se déplacer à la vitesse de la lumière, et même au-delà, ce que nous sommes à l’heure actuelle bien incapables de faire, nous les humains. Nous pouvons au mieux nous déplacer comme des escargots, avec nos engins à propulsion chimique, pour rejoindre péniblement la Lune ou Mars. Et dans des conditions tout à fait inconfortables pour nos cosmonautes. Nous serions donc à coup sûr « bluffés » par leurs fusées. Il n’est pas possible de dire à quoi ressemblerait cette technologie. Nos capacités d’imagination sont, quoi qu’on en pense, limitées. Peut-être que cette civilisation alien se servirait de matériaux inconnus sur Terre, ou peut-être qu’elle aurait réussi une utilisation inédite des matériaux de base présents dans le cosmos, comme l’hydrogène et le carbone, pour concevoir des vaisseaux leur permettant de traverser rapidement de très grandes distances.

Mais qui dit technologie extrêmement avancée, dit aussi armement extrêmement avancé. L’armée, rapidement déployée pour protéger les populations lorsque les premiers vaisseaux auront fait leur apparition dans le ciel, ne pourrait pas faire grand-chose si nos visiteurs s’avéraient hostiles. Se battre contre eux est un défi impossible à relever. C’est comme si des soldats romains livraient bataille à une armée moderne équipée de chars d’assaut, de fusils-mitrailleurs et de chasseurs supersoniques de combat. Les glaives et les pilums seraient déclassés. Le match serait plié avant même d’avoir commencé. Cette civilisation alien pourrait avoir des armes dont nous ne soupçonnons même pas l’existence, capables de nous anéantir instantanément, en un seul claquement de doigts, sans qu’un coup de feu ne soit tiré, et contre lesquels nous ne pourrions rien faire à part mourir.

Panique à bord

L’arrivée de ces visiteurs, ainsi que la présence de nombreux vaisseaux inconnus dans notre atmosphère, provoquerait en quelques jours seulement une situation chaotique à l’échelle mondiale, même si c’est pourtant un scénario que nous avons vu très souvent au cinéma. Les gouvernements ne sauraient pas traiter le problème. Il n’existe en effet actuellement aucun « plan de défense de la Terre » et les instances internationales n’ont à leur disposition aucun protocole définissant une conduite spécifique à adopter. Les Nations unies seraient impuissantes. La peur s’emparerait des populations et de nombreuses émeutes éclateraient dans les grandes villes. La police serait très rapidement dépassée. L’économie serait paralysée. La Bourse s’effondrerait provoquant dans sa chute un nombre historique de faillites. La guerre civile généralisée deviendrait un risque majeur, comme la dernière étape avant la déstructuration complète de nos sociétés. Sans même avoir essayé de communiquer avec nous, et en très peu de temps, les aliens auraient semé l’anarchie et la désolation partout sur la planète.

Mais avant d’arriver à cette situation apocalyptique, un certain nombre d’options resteraient à la disposition des gouvernements. La première, étant d’établir le contact avec nos visiteurs pour connaître leurs intentions et négocier avec eux si jamais celles-ci étaient mal intentionnées. Ce qui ne sera pas chose aisée.

Disons-le franchement, nous ne savons même pas à quoi ils pourraient ressembler. Le cinéma nous montre de petits hommes verts ou des monstres gluants, les complotistes de tous poils parlent quant à eux de petits hommes gris photographiés dans la fameuse Zone 51 au Texas à la fin des années 40. Mais tout ceci est pure spéculation. Leur apparence est impossible à définir avec certitude. Il est possible qu’ils soient biologiquement comme nous, ressemblant vaguement à des humains, avec quelques légères variations. Mais l’inverse est possible également : des êtres radicalement différents de notre modèle biologique, avec des organes tout à fait bizarres, modelés sur leur planète par une évolution darwinienne qui n’a rien à voir avec la nôtre. Pourtant, établir le contact sera vital.

Une communication difficile

Comment faire pour communiquer avec eux? Si on se réfère encore une fois au cinéma, la musique et le langage mathématique apparaissent comme de bonnes options pour arriver à nous faire comprendre, et à les comprendre eux. Et c’est également l’avis de la communauté scientifique. Dès lors, une équipe de choc composée de chercheurs et de militaires pourrait être chargée de cette délicate mission. Définir un code linguistique composé de nombres premiers – ces derniers étant réputés universels par les mathématiciens – est sans doute l’option la plus prometteuse. Une fois ce code linguistique envoyé, on peut supposer que les aliens répondraient de la même manière, s’alignant sur nous pour communiquer. Si nous obtenions une réponse hostile, celle-ci signerait à coup sûr la fin de l’humanité. Si nous obtenions une réponse amicale, la très grande différence entre leur civilisation et la nôtre serait un frein à des échanges plus fournis.

Il faut malgré tout s’interroger sur les raisons qui pousseraient une civilisation aussi avancée à parcourir des centaines de milliers d’années-lumière pour venir voir les pauvres terriens que nous sommes. Qu’avons-nous de si exceptionnel pour qu’une armada de vaisseaux vienne pointer le bout de son nez dans notre horizon? Pas grand-chose, si on y regarde bien. La quasi-totalité des ressources qui sont sur Terre sont présentes massivement dans l’univers, que ce soit l’eau, les métaux, les roches et même l’or. L’hypothèse, chère à la science-fiction, d’extraterrestres venant piller notre planète ne tient pas la route. Qui plus est, la Terre est extrêmement polluée! Autant dire que ce n’est pas un cadeau. Donc, à part la curiosité pour une espèce qui leur est inconnue, on ne voit pas trop quelles pourraient être les motivations de nos visiteurs. De là à dire que nous ne sommes pas prêts de les voir, il n’y a qu’un pas!

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