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DES EXTRATERRESTRES SUR LA LUNE

Chroniqueur Christian Page
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DES MONUMENTS EXTRATERRESTRES SUR LA FACE CACHÉE DE LA LUNE

À l’automne 2016, le Journal of Space Exploration, publiait un article signé Mark J. Carlotto, Francis L. Ridge et Amanda L. Sirisena : Image Analysis of Unusual Structures on the Far Side of the Moon in the Crater Paracelsus C (Analyse d’une image montrant d’étranges structures sur la face cachée de la Lune dans le cratère Paracelse C). Les auteurs y soutiennent avoir découvert d’étranges structures – possiblement artificielles – en scrutant des photographies prises lors de la mission Apollo 15 (été 1971) et par le Lunar Reconnaissance Orbiter, une sonde automatisée qui, entre 2009 et 2011, a cartographié la presque totalité de notre satellite naturel. Lesdites photographies montrent le cratère Paracelse C, un point d’impact de météorite situé sur la face cachée de la Lune. Sur des agrandissements, on distingue deux blocs ou « murets » qui détonnent sur l’environnement immédiat. Ces structures sont placées à angle et sont clairement visibles. L’une est légèrement plus grande que sa voisine. La plus longue mesurerait 129 mètres et la plus petite 77 mètres. Les deux auraient une hauteur comprise entre 19 et 29 mètres. Selon les auteurs, ces structures sont trop « géométriques » pour être d’origine naturelle. A fortiori, elles ne peuvent donc être qu’extraterrestres puisqu’aucun astronaute et aucune mission d’exploration lunaire ne se sont jamais aventurés dans le cratère Paracelse C. Pas sûr!

LES MYSTÈRES MARTIENS

Remettons les pendules à l’heure. Primo, le Journal of Space Exploration, malgré sa qualité, reste marginal comparé à des publications comme Nature ou Scientific American. Il s’aventure souvent dans des sujets qui ne trouveraient pas leur niche auprès de périodiques scientifiques dits « mainstream ». Secundo, l’auteur principal de l’article, Mark J. Carlotto, un spécialiste de l’optique de l’université Carnegie-Mellon de Pittsburgh (PA), n’en est pas à sa première « découverte » du genre. À partir d’une photographie prise en 1976 par la sonde Viking montrant une étrange structure semblable à un visage humain à la surface de la planète Mars, Carlotto s’est lancé dans de savants calculs pour démontrer la nature extraterrestre dudit faciès. Il a même consacré un livre entier, The Martian Enigmas (Les mystères martiens), à ses équations mathématiques. C’était avant qu’une nouvelle sonde d’exploration martienne, Mars Global Survoyer, photographie à nouveau le désert de Cydonia, site du mystérieux visage, et ne révèle que cette anomalie n’était rien de plus qu’un vulgaire rocher auquel des jeux d’ombres et de lumière avaient donné des allures de sphinx. Alors, quand ce même Mark J. Carlotto annonce avoir découvert des monuments extraterrestres sur la face cachée de la Lune, j’accueille ses affirmations avec une certaine réserve.

Comme le soutient l’article du Journal of Space Exploration, il y a peut-être des « structures insolites » au fond du cratère Paracelse C, mais de là à conclure à une origine extraterrestre, il y a loin de la coupe aux lèvres

ILS N’ÉTAIENT PAS SEULS SUR LA LUNE

Carlotto et ses collègues ne sont pas les premiers à soutenir la présence de structures extraterrestre sur la Lune. À la fin des années 70 (début des années 80), deux auteurs américains, George Leonard et Fred Steckling, ont publié respectivement Ils n’étaient pas seuls sur la Lune et Nous avons découvert des bases extraterrestres sur la Lune. En scrutant des photographies prises durant les missions des Lunar Orbiter (1966-1967) ou des vols Apollo (1968-1972), Leonard et Steckling ont prétendu avoir découvert des anomalies attestant la présence d’installations extraterrestres. Ces clichés étaient flous à souhait, mais les affirmations des auteurs ont pavé la voie à une culture conspirationniste qui, depuis maintenant près de 50 ans, accuse la NASA de dissimuler la réalité de cette présence étrangère sur la Lune.

Aussi récemment qu’en 2014, le réseau américain SyFy a diffusé un documentaire sur le sujet : Aliens on the Moon: The Truth Exposed (présenté au Québec en version française sous le titre Des Aliens sur la Lune). Pendant deux heures, une poignée de théoriciens du complot nous présente des photographies sorties des dossiers de la NASA, nous invitant à y voir des structures insolites. Les photos sont tirées principalement des archives des missions des Lunar Orbiter ou des vols Apollo. Agrandies au maximum, ces images sont souvent si floues qu’on peut y voir aussi bien une base extraterrestre qu’un défilée de majorettes. Faut croire que ces intervenants – et les producteurs de SyFy – ignorent que la Lune a presque entièrement été rephotographiée depuis le milieu des années 90 par des satellites américains, indiens et chinois. Pour ce faire, ces sondes étaient équipées d’appareils photo capables d’une résolution 100 fois supérieure à celle des caméras des années 60. Mais pourquoi utiliser des photos claires quand on peut utiliser des photos floues? C’est vrai qu’avec une photo floue, il est plus facile de convaincre des téléspectateurs naïfs qu’ils voient une antenne parabolique plutôt qu’un vulgaire cratère.

LA NASA

Depuis quelques années, cette quête « d’anomalies spatiales » est devenue un véritable sport pour toute une communauté d’internautes adeptes des théories du complot. Et la Lune n’est pas leur seule cible. Il faut savoir qu’au moment d’écrire ces lignes, deux astromobiles, les sondes Curiosity et Opportunity, se baladent sur la planète Mars et renvoient au quotidien des images de la surface. Chaque jour, les « chercheurs d’anomalies » scrutent en détail ces images, y notant des rochers aux formes étranges ou des structures insolites. Ils explorent aussi la Lune en utilisant des logiciels interactifs comme Google Moon, agrandissant chaque cratère et relief dans l’espoir d’y découvrir ces preuves d’une occupation extraterrestre. Dès qu’ils notent une anomalie – ou ce qu’ils croient être une anomalie –, ils la partagent sur la Toile, accusant la NASA de « cacher la vérité ». Ils oublient cependant que les photos des astromobiles de Mars ou que les images ayant servi à la cartographie de Google Moon proviennent toutes de… la NASA.

Soyons sérieux deux secondes. La NASA est une administration civile dont les budgets dépendent du Congrès américain. Leur importance est fonction de la santé économique de l’administration, mais aussi de la popularité des programmes proposés. Depuis quelques années, l’introduction d’un volet « recherche de vie extraterrestre » dans ses projets d’exploration et d’observation de l’espace a valu à la NASA un regain de popularité. C’est vrai que, pour le commun des mortels, la recherche d’une vie extraterrestre est plus enivrante qu’une poignée de scientifiques travaillant dans une station spatiale gravitant à 400 kilomètres au-dessus de la Terre. Si la NASA avait la moindre chance de découvrir des vestiges ou des artefacts extraterrestres sur la Lune ou sur Mars, elle l’exploiterait sans retenue. Quelle serait la logique de développer des sondes coûteuses pour percer la couche de glace d’Encelade – l’un des satellites de Saturne – et plonger dans son océan intérieur en quête de micro-organismes extraterrestres, alors qu’il y aurait de tels vestiges à portée de main sur Mars ou sur la Lune?

Comme le soutient l’article du Journal of Space Exploration, il y a peut-être des « structures insolites » au fond du cratère Paracelse C, mais de là à conclure à une origine extraterrestre, il y a loin de la coupe aux lèvres (même si je reconnais que ces structures sont « intrigantes »). L’histoire de ces soi-disant « anomalies extraterrestres » est hélas pleine de pétards mouillés.

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