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CALVITIE: Pour se faire une meilleure tête

Chroniqueur Jean-François Cyr
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Quel aurait été le sex-appeal de David Beckham avec une calvitie partielle ou généralisée? On ne saurait trop dire, mais il aurait certainement perdu quelques contrats publicitaires au fil du temps. Peut-être aurait-il aussi perdu quelques points à son statut d’homme ultra séduisant. Pourquoi, au juste? Bien qu’une calvitie ne soit pas la fin du monde, il semble que plusieurs hommes soient préoccupés par les « ravages » qu’elle peut provoquer sur la tête. De ce fait, de nombreux préjugés circulent à ce propos.

Pourtant, elle ne diminue en rien la virilité, la gentillesse ou la libido d’un homme. En vérité, la lune capillaire est d’abord une histoire d’apparence. Qu’est-ce qui provoque la perte de cheveux? Quand ça commence? Quels sont les moyens de lutter contre la calvitie? Bien qu’il n’existe aucun remède miracle, comme un vaporisateur magique, quelques comportements et certains traitements peuvent ralentir l’inéluctable. Être chauve ou ne pas être chauve : telle est la question.

Les hommes d’abord

L’alopécie androgénétique est un terme médical que l’on appelle communément calvitie. Elle touche les hommes, mais aussi les femmes. Pour les besoins de cet article, nous traiterons davantage de la gent masculine. D’autant plus que la calvitie est un phénomène principalement masculin.

La chute des cheveux apparaît en moyenne entre 20 et 35 ans. Cela dit, elle peut débuter plus tard. Les signes avant-coureurs sont une perte de cheveux abondante, avec un dégagement progressif du front, du dessus des tempes ou du sommet du crâne. Environ un tiers des hommes présentent une calvitie à 30 ans, la moitié à 50 ans et 80 % à 70 ans. Si certains hommes assument relativement bien cet effet de la nature, d’autres vivent la calvitie comme un véritable calvaire. Pourquoi? La perte de cheveux est à l’origine d’un mal-être et d’une perte de confiance en soi qui peuvent s’avérer assez importants pour certains individus. Évidemment, les hommes sont rarement enclins à crier ce malaise sur les toits…

Malheureusement, autant l’annoncer d’emblée, il n’existe aucune cure miracle. En fait, on ne guérit pas de la calvitie. Un médecin montréalais, spécialiste en la matière, affirme que tous ceux qui promettent le contraire sont des menteurs ou des charlatans. La seule solution pérenne consiste en une greffe capillaire. Mais pour bénéficier d’une greffe de cheveux, encore faut-il qu’il vous reste quelques cheveux. Il est donc important d’établir un diagnostic le plus tôt possible. Nous reviendrons plus tard à cette solution que propose le Dr Michel Chagnon.

Les stades de la calvitie

Pour détailler les différents stades de la calvitie, l’outil de référence est l’échelle de Norwood-Hamilton. C’est au docteur américain James B. Hamilton qu’en revient le mérite dans les années 50. Pour résumer, Hamilton fut le premier à observer chez des jumeaux homozygotes, dont l’un était un prisonnier castré, le rôle de la testostérone dans la chute de cheveux. On apprend dans un document publié par l’Agence de santé publique en France que le jumeau castré avait une chevelure intacte alors que le jumeau non castré était clairement atteint de calvitie. « Intrigué, Hamilton donna de la testostérone au prisonnier castré, qui, quelques mois plus tard, commença à perdre ses cheveux. »

Les travaux du Dr Hamilton furent ensuite repris et complétés par un autre docteur américain, O’tar Norwood, dans la seconde moitié des années 70. Ce qui a abouti à une classification de l’état d’avancement de l’alopécie, en sept stades, basée sur la densité de cheveux sur trois zones du crâne.

Les stades de l’échelle de Norwood-Hamilton

  • Stade 1 : Les cheveux poussent normalement.
  • Stade 2 : Début de calvitie sur la partie frontale du cuir chevelu.
  • Stade 3 : Les golfes (sur les lobes frontaux) se creusent.
  • Stade 4 : Pour certains, la calvitie remonte jusqu’à la pointe du crâne (vertex), pour d’autres les cheveux partent en masse et atteignent le toupet.
  • Stade 5 : La calvitie est clairement installée et il y a plus de zones sans cheveux que de zones avec cheveux.
  • Stade 6 : Le haut du crâne est complètement lisse, seuls les côtés de la tête ont encore des cheveux. La calvitie donne un aspect de tonsure.
  • Stade 7 : La calvitie est définitivement installée et il n’y a quasiment plus de cheveux hormis les couronnes basses.
  • Stade 8 : Il ne reste des cheveux que dans les couronnes basses.

Les causes

La principale cause de la calvitie est un excès d’hormones mâles. Eh oui, encore la testostérone! Cet excès est héréditaire : si votre paternel est dégarni, vous aurez de grandes chances de l’être. En fait, les hormones mâles vont accélérer le cycle de vie du cheveu, rendant la chute plus rapide.

Ainsi, deux causes sont associées à la calvitie : la composante hormonale et celle génétique.

D’autres causes peuvent entrer en ligne de compte. Mentionnons que le stress permanent ou une angoisse prolongée peut favoriser la chute des cheveux. Une alimentation déséquilibrée, carencée en certaines vitamines (H, B6, etc.), peut également être en jeu.

Des drogues ou des médicaments peuvent aussi entraîner une chute importante des cheveux. Par exemple, les amphétamines et les anticoagulants.

Prendre soin de son cuir chevelu

Si vous n’en êtes qu’en début d’alopécie, certaines précautions peuvent permettre de limiter (bien lire le mot limiter) la chute des cheveux.

Il est conseillé d’effectuer des massages crâniens afin de stimuler le cuir chevelu. On ne doute pas ici des bienfaits d’une telle approche, mais on imagine mal un homme se masser quotidiennement la tête pour donner du tonus à son cuir chevelu!

Les shampoings trop agressifs pour le cuir chevelu et les teintures trop fréquentes peuvent abîmer le cuir chevelu et peuvent ainsi favoriser la perte des cheveux. Il est donc recommandé d’acheter des produits de meilleure qualité, même si un shampoing coûteux peut paraître une dépense futile pour plusieurs hommes… Notons que les shampoings contre la perte de cheveux ne sont pas utiles. Au mieux, ils peuvent aider au traitement de la séborrhée et du psoriasis, mais ils n’auront pas d’effet contre la calvitie.

Les besoins en minéraux

La santé des cheveux passe aussi par une bonne alimentation. Il a été observé qu’une alimentation trop grasse favoriserait la calvitie. À l’inverse, une alimentation équilibrée va combler leurs besoins en fer, en cuivre, en zinc, en silicium et en vitamines. Pour compenser le manque de minéraux, certains compléments alimentaires peuvent fortifier les cheveux et ralentir leur chute. La majorité du temps, ils sont en vente libre, disponibles en pharmacie.

Des médicaments contre la calvitie

Certains médicaments peuvent être préconisés. Mais, pour qu’ils soient efficaces, il est nécessaire de ne pas avoir dépassé le stade 5 de l’échelle de Norwood-Hamilton. Des lotions capillaires à base de minoxidil freinent la chute des cheveux et en stimulent la croissance. Les résultats ne sont pas toujours convaincants, mais peuvent apparaître au bout de 4 à 6 mois.

Quant aux comprimés de finastéride, ils agissent en inhibant l’enzyme qui convertit la testostérone en dihydrotestostérone, la forme d’hormone qui peut faire cesser l’activité des follicules pileux par excès de stimulation. Ils ont pour principale propriété le ralentissement de la chute de cheveux. Nous en parlerons plus loin dans le texte avec le Dr Chagnon.

Le tatouage et la chirurgie

Une technique consiste à se faire tatouer le cuir chevelu pour rendre l’effet d’un crâne rasé. Mais, on ne peut avoir qu’une seule tête avec cette approche… celle du gars qui travaille pour l’armée!

Coûteuse et assez longue, la chirurgie consiste quant à elle à implanter des cellules souches issues d’un morceau de cheveux sains dans le cuir chevelu. Ce nouveau traitement pour regarnir le crâne chauve des hommes pourrait voir le jour d’ici quelques années. En 2016, des biologistes canadiens et chinois, notamment, ont démontré qu’il est possible d’utiliser les fameuses cellules souches pour faire repousser durablement les cheveux. Pour l’instant, les recherches ont été faites sur les souris. La commercialisation de cette trouvaille pourrait se réaliser dans une dizaine d’années. D’ici à ce que les cellules souches aient fait leurs preuves chez les humains, rien ne sera possible en clinique.

Il est quand même possible de traiter en partie la calvitie dans le monde chirurgical. Le meilleur moyen est certainement la transplantation des cheveux.

Dr Michel Chagnon, ambassadeur de la greffe

Peut-on vivre en étant bien dans sa peau sans avoir de cheveux sur la tête? Sinon, le Dr Michel Chagnon, propriétaire de la clinique Bédard, à Montréal, peut en définitive changer votre tête et, par la même occasion, apporter un certain réconfort à votre ego.

Cette clinique existe depuis 1974. Elle a été fondée par Pierre Bédard, un pionnier dans le développement de la greffe de cheveux. À l’âge de 33 ans, Dr Chagnon a été un patient de monsieur Bédard. Finalement, il a décidé, des années plus tard, d’acheter la clinique en 2002. « J’ai continué à exploiter la clinique de la même façon, c’est-à-dire avec une approche réaliste très orientée vers les attentes du patient. C’est important, car dans ce domaine, il y a beaucoup de promesses irréalisables, donc beaucoup de déceptions. Je pense qu’il est fondamental de suivre la calvitie d’un patient dans son évolution. J’ai des patients qui font appel à nos services depuis plus de 20 ans. »

Dans son cas, Dr Chagnon a participé – comme patient – à six séances de greffe. Il a reçu 6000 greffons (un greffon, qui contient entre un et trois cheveux, est un minuscule bout de cuir chevelu qu’on découpe au scalpel) qui ont été transférés de la zone donneuse à des endroits affectés par la calvitie. Au total, il a eu environ 15 000 cheveux de transplantés sur sa tête entre 1993 à 2009. « À cette époque, je me suis projeté dans le futur. Je me suis demandé si j’avais envie de vivre avec cette calvitie. Ce n’est pas une maladie; c’est une atteinte potentielle à l’estime de soi. À 33 ans, ma calvitie me dérangeait… J’ai donc suivi des traitements, espacés sur plusieurs années. L’alternative était sans risque et naturelle… Aujourd’hui, je suis complètement pertinent dans ce que je fais. (Rires) »

Il poursuit. « Ça fait 18 ans que je fais de la transplantation, précise le docteur. J’ai fait des milliers de greffes. Le moment le plus important est la première rencontre avec le patient, qui doit connaître les limites de mon travail. C’est la même chose en chirurgie plastique [qu’il pratique aussi]. Ensuite, le patient peut s’investir sereinement dans un processus de greffe. Je dois souligner que ce dernier ne donnera jamais 100 % de densité. C’est fondamental de partager cette information au patient. En Turquie, par exemple, des cliniques promettent parfois n’importe quoi pour une fraction du prix d’un traitement au Québec. »

Aux dires de monsieur Chagnon, il est très important de respecter la zone donneuse sur la tête d’un patient. C’est la fameuse couronne au-dessus des oreilles qui se rend jusqu’à l’arrière de la tête. Soulignons que certains cheveux ne sont pas programmés génétiquement pour tomber. Les cheveux de cette zone donneuse sont concernés. Au pire stade de la calvitie, il ne reste que la zone donneuse qui est appelée aussi la zone sécuritaire dans le milieu médical. Cette partie, qui contient des cheveux qui ne tombent pas, n’est pas une ressource infinie, souligne le chirurgien.

Beaucoup de produits (shampoings, produits naturels, crèmes) sont proposés comme alternative, mais rien n’est efficace comme la greffe, selon Michel Chagnon. Une propagande imposante est faite par les vendeurs afin de trouver des acheteurs pour divers produits. Cela dit, il existe quelques produits qui ont certains effets bénéfiques, comme le minoxidil et le finastéride (plus connu sous les appellations commerciales Propecia ou Proscar). « Le minoxidil ralentit la chute des cheveux, mais il fonctionne environ une fois sur deux. Cette lotion (ou mousse) peut aussi améliorer la texture dans 16 % des cas. De toute manière, l’utilisation du minoxidil est un peu révolue. L’application n’est pas simple et le produit a plusieurs effets secondaires. Le finastéride, lui, est extrêmement efficace. Il peut stabiliser la perte de cheveux dans 85 % des cas et améliorer la texture dans 30 % des cas. Or, le finastéride a aussi des effets secondaires majeurs dans 1 % des cas, comme la baisse de la libido, les problèmes d’érections, les douleurs testiculaires, la diminution de la productivité de sperme et les bourgeons mammaires. Heureusement, il existe une alternative très intéressante au minoxidil et au finastéride… »

La méthode PRP

Dans le sang, nous avons trois types de cellules : les globules rouges, les globules blancs et les plaquettes qui baignent dans le plasma. Au sujet de la perte de cheveux, seules les plaquettes sanguines ont un véritable impact. 

Dans une prise de sang, il est facile de séparer ces éléments pour obtenir le plasma seul, enrichi en plaquettes. Celles-ci contiennent des facteurs de croissance capables de revitaliser, voire de régénérer, les tissus. En l’occurrence, les follicules des cheveux peuvent être réveillés lorsqu’ils sont stimulés par l’injection de facteurs de croissance provenant des plaquettes, dans le cuir chevelu. Le traitement de plasma riche en plaquettes (PRP) constitue une option efficace pour ralentir la perte de cheveux, selon la Clinique Bédard. Il peut même améliorer l’apparence et la texture des cheveux amincis.

« Ce traitement est également utilisé de façon concomitante à la greffe de cheveux pour en améliorer le résultat, peut-on lire sur le site internet de l’entreprise montréalaise. Puisqu’il fonctionne réellement, ce traitement a gagné en popularité au cours des dernières années. Le traitement de PRP est pratiquement dénué d’effets secondaires, il est devenu une alternative intéressante aux traitements médicamenteux conventionnels. »

Depuis quelques années, le PRP est LA nouvelle approche la plus prometteuse dans la lutte contre la calvitie, selon monsieur Chagnon. « C’est à la mode. Le traitement dure environ une demi-heure. J’ai fait appel à ce traitement moi-même pour ma calvitie, il y a quelques semaines. Au départ, j’étais suspicieux à l’endroit du PRP. Je pensais que c’était encore une histoire de formule magique. Au fil des ans, dans les congrès notamment, j’ai entendu des dermatologistes, des médecins, des chirurgiens parler du PRP… J’ai finalement constaté que le PRP tient la route. J’offre ce traitement depuis deux ans et demi. À ma clinique, c’est devenu ma première ligne de traitement, avec la greffe. C’est une sorte de biostimulation. C’est comme si on cultivait un sol plus ou moins fertile et qu’on venait enrichir la terre. Il est important de parler du PRP. Il permet aujourd’hui d’améliorer les résultats de la greffe. »

Cela dit, on ne peut pas faire pousser des cheveux là où il n’y en a pas. Voilà pourquoi la greffe est quand même nécessaire pour un résultat optimal. Chaque homme doit ensuite se faire une tête à propos de la greffe, du PRP et des médicaments…

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