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EXPÉRIENCES DE MORT IMMINENTE

Chroniqueur Christian Page
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OÙ EN SONT LES RECHERCHES?

En juin dernier, le Frontiers in Human Neuroscience, un périodique scientifique dédié aux neurosciences, publiait une étude menée par des chercheurs de l’Université de Liège (Belgique) sur les expériences de mort imminente (EMI), ces étranges voyages au seuil de la mort. On estime qu’entre un tiers et la moitié des rescapés d’une mort clinique en auraient fait l’expérience. L’EMI se traduit de façon générale par une « sortie hors corps » et par un voyage dans un monde souvent décrit comme idyllique et harmonieux.

Le phénomène des EMI n’est pas nouveau. Une chronique romaine du VIe siècle raconte l’histoire d’un soldat qui, laissé pour mort, aurait visité l’au-delà. Des œuvres artistiques, comme L’Ascension de Jérôme Bosch – une œuvre du XVIe siècle – reprend elle aussi ces curieux voyages. Pendant des siècles, le phénomène n’a toutefois été perçu que comme une vision divine ou mystique. Il a fallu attendre les années 60 pour qu’une première prise en compte de ces témoignages soit faite. Une décennie plus tard, un clinicien, le Dr Raymond Moody, devait hisser le phénomène au rang de « sujets de société ». Son best-seller La vie après la vie – d’abord décrié par les médecins comme un « ramassis d’inepties » – a bouleversé la vision occidentale de la mort. Aujourd’hui, le phénomène fait l’objet de très sérieuses recherches. Et si les académiciens ne s’entendent toujours pas sur la nature de ces expériences, tous reconnaissent qu’elles méritent l’attention de la science.

Un voyage en plusieurs escales

À en croire la littérature, ces expériences s’articulent en cinq phases. Au cours de la première, le sujet ressent un état d’apesanteur. Il est envahi par une impression de liberté. Au stade deux, « l’experiencer » – celui ou celle qui vit l’EMI – a le sentiment de quitter son corps. Il se voit flottant au-dessus de son « enveloppe charnelle ». Vient ensuite la phase trois : le sujet se sent aspiré dans le vide – souvent décrit comme un long tunnel – qui devient de plus en plus lumineux. Parfois, une présence non personnifiée l’accompagne. Au stade quatre, le sujet sort du tunnel. Il est enveloppé d’une lumière douce et rassurante d’où émane souvent un sentiment d’amour inconditionnel. Le stade cinq est le plus complexe : c’est le stade de la rencontre « personnifiée » avec la lumière. C’est le point culminant de l’expérience. Le sujet y rencontre souvent des entités « spirituelles » ou des gens décédés, connus ou inconnus. Ces personnages lui livrent parfois des messages d’encouragement ou lui disent « qu’il doit retourner pour poursuivre son cheminement ». Au cours de cet épisode, certains disent avoir vu des évènements de leur vie future. D’autres entendent des voix ou de la musique. Survient alors le moment du retour. Le sujet est de nouveau aspiré vers le vide et regagne son corps. Il prend alors conscience de sa propre douleur liée à son état physique.

L’étude des chercheurs de l’Université de Liège (Belgique) – lesquels ont étudié 154 récits d’EMI – montre que l’expérience n’inclue pas forcément toutes ces étapes et qu’elles peuvent varier dans l’ordre. Certains sujets ne se rappelleront pas, par exemple, s’être vus flottant au-dessus de leur corps ou d’être passé par le « tunnel ». D’autres auront la vision du tunnel AVANT la sortie « hors corps ». Mais, lorsque l’une ou l’autre de ces étapes est franchie, elle ne varie presque pas dans les témoignages. L’étude montre également que ces étapes ne sont pas fonction de « l’experiencer », et ce, quel que soit sa religion, sa culture, son sexe ou son âge. C’est l’interprétation qu’il fera de ces évènements qui sera colorée par ses convictions. L’expérience n’est pas non plus influencée par la culture populaire ou les attentes du sujet; un quinquagénaire va décrire le même type d’expérience qu’un enfant de cinq ans. Seul le vocabulaire varie.

Aux frontières de la mort

Le problème avec ces visions, c’est qu’il est très difficile de déterminer à quel moment « le voyage » débute. S’il se produit dans les secondes qui suivent un arrêt cardiaque, le cerveau – toujours fonctionnel – peut très bien générer des images qui, au réveil, seront interprétées par « l’experiencer » comme une vision de l’au-delà. D’autres facteurs peuvent également contribuer. Lorsqu’un malade ou un accidenté de la route est amené aux urgences, il est rapidement pris en charge par une équipe qui, pour le maintenir en vie, va lui administrer un cocktail pharmacologique dont certaines substances peuvent agir comme des hallucinogènes. Doit-on considérer ces visions comme l’antichambre de l’au-delà? Certainement pas! L’apport de drogues psychotropes n’est pas non plus essentiel. Lorsqu’il est en état de choc, le cerveau sécrète des endorphines, les analgésiques naturels du corps, qui, elles aussi, peuvent provoquer des hallucinations. Est-il nécessaire de rappeler qu’un arrêt cardiaque n’est pas forcément – du moins de facto – synonyme de la mort cérébrale? Or c’est cette mort cérébrale qui détermine le passage de la vie à la mort. Certains critiques croient que durant ces morts cliniques, le cerveau demeure capable d’enregistrer des bribes de conversations que le sujet pourra ensuite reconstituer à son réveil.

Des doutes légitimes

Il y a quelques années, les Drs Peter Fenwick et Sam Parnia, deux médecins britanniques, ont publié une recherche menée auprès de 63 patients ayant été déclarés cliniquement morts à la suite d’un arrêt cardiaque. L’étude a démontré que 56 patients n’avaient aucun souvenir de leur période d’inconscience. Les sept autres, par contre, gardaient un souvenir idyllique de cette même période. De ces sept patients, quatre avaient atteint le stade de la mort cérébrale… avant d’être miraculeusement ramenés à la vie.

Les Drs Parnia et Fenwick affirment que le manque d’oxygène n’est pas responsable puisque tous les patients étaient alimentés par des équipements de survie et que leur niveau d’oxygène s’est toujours maintenu stable. Quant à la possibilité d’une réaction aux drogues, les scientifiques soutiennent que, si c’était le cas, tous les patients – et non quelques-uns – auraient dû connaître ce genre d’expérience étant donné que les techniques de réanimation ont été les mêmes pour tous les patients. Idem avec les endorphines qui agissent sur l’organisme de la même manière, quel que soit l’âge ou le sexe du sujet.

Alors, quelle est la source de ces souvenirs? Ont-ils été générés par la conscience? Et si oui, la conscience est-elle une entité indépendante de l’être physique?

Avec la publication de La vie après la vie, Raymond Moody a ouvert le débat sur la réalité des EMI. Le phénomène a soulevé une telle curiosité populaire que l’élite scientifique – qui faisait la sourde oreille à ces histoires – n’a eu d’autre choix que de s’y intéresser. Quarante ans plus tard, une foule d’hypothèses a été avancée : ces visions pourraient s’expliquer par les endorphines sécrétées par le cerveau au moment de la mort clinique; il pourrait aussi s’agir d’hallucinations causées par le manque d’oxygène ou par l’apport de drogues psychotropes. Malheureusement, aucune de ces propositions n’explique l’ensemble du phénomène. Qui plus est, des travaux comme ceux des Drs Parnia et Fenwick démontrent que ces visions ont une source qui apparemment échappe aux neurosciences. Doit-on alors parler de l’âme? Difficile à dire… La réponse pourrait bien venir plus de la philosophie que de la médecine.

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