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Joyeux Noël les fidèles!

Photographe Antoine Ryan
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Noël arrive! Wouhou!

Enfin! C’est temps de faire croire aux enfants en l’existence du père Noël! Et aux adultes, celle de Jésus. J’sais pas c’est quoi le pire : raconter l’histoire d’un gars qui se promène partout avec sa grosse poche, ou celle du gars qui est né d’un père qui n’a jamais vidé la sienne?

Notre Père, qui est absent

Parlons religion : comme les trois quarts des Québécois, j’ai été baptisé. De force. Quand j’avais trois semaines. Pas sûr qu’à cet âge-là, je comprenais dans quoi on m’embarquait. Dans le fond, un baptême, c’est un prêtre qui nous rentre dans une gang sans notre consentement. Exactement comme quand un « ami Facebook » nous inclut dans un groupe à notre insu. « Ben ‘ga donc… J’fais maintenant partie de nudisme Québec. Surpriiiise! »

Ceci dit, on baptise encore. Même si, à longueur d’année, les églises sont plus vides que les glissades d’eau de Bromont un 12 janvier. Même si, pour les trois quarts des Québécois, un ostie c’est pas le corps du Christ; c’est quelqu’un que t’aimes pas.

On le fait pareil. Parce que c’est la tradition. C’est pour ça aussi qu’on fête Noël : la tradition.

Soyons normaux!

On va se le dire : une tradition, c’est quelque chose de débile qui devient normal parce qu’on le répète chaque année.

« Tiens! Si j’crissais un sapin mort dans l’coin du salon? Et si j’mettais des lumières dessus avec une p’tite étoile en haut? »  Des millions de personnes font ça des dizaines de fois : c’est une tradition. Mais une seule personne fait ça une fois : c’t’un trip de mush.

Ben oui, j’ai déjà mis un sapin de Noël chez nous… Mais au rythme où je fais le ménage, c’est devenu un sapin de Saint-Valentin, un sapin de Pâques et, finalement, un séchoir à linge.

C’est sûr qu’en rentrant chez nous un 12 juillet, le monde fait le saut en voyant un vieux sapin sec avec 10-12 boxers dessus. Mais j’me dis qu’en le laissant, ça va peut-être leur donner l’idée de faire pareil. Pis à la gang, on va se partir une tradition!

La magie des fêtes

Une autre tradition : les pubs qui nous parlent de « la magie des Fêtes. » Mouin! Rendu adulte, pas sûr. En fait, la magie des Fêtes disparaît le jour où ça te coûte plus cher en cadeaux que ce que tu reçois. « Yay! J’ai dépensé 1000 $… Pis en échange, j’ai reçu 50 $ en carte-cadeau chez Tim Hortons! » Magiiiiie!

Et les commerces font des efforts « LouisCyriens » (oui, j’invente des mots) pour nous mettre dans le beat des Fêtes. Ils nous garrochent leur musique de Noël dans l’tapis pendant deux mois… Calmez-vous le ding-ga-ling! On dirait que tous les speakers en ville font jouer Bill Cosby qui viole des cloches.

Mais même tout ce « happy-happy-joy-joy » ne parvient pas à camoufler le stress des Fêtes. Le monde avec les dents serrées, prêt à s’arracher la tête pour une place de parking ou pour repartir avec la dernière télé dans l’rack. Ça court partout comme des dindes su’l speed… Et le soir, TVA va jouer des films moralistes qui parlent d’amour et de partage. Avec Bill Cosby. Magiiiie!

Les partys de famille

L’incontournable tradition de Noël : les partys de famille. Quand j’étais jeune, j’tripais. Je jouais avec mes cousins et cousines jusqu’à épuisement pis j’finissais endormi dans le lit plein de manteaux. Joie! J’ai voulu le refaire, mais ç’a l’air que tu veux pas qu’un trentenaire saoul se couche sur ton manteau.

Anyways, mes cousins sont rendus sérieux. Ça arrive habillés propre comme s’ils passaient une entrevue d’embauche, ça parle de job et de finances. Hey, bonne idée buddy! Rien de tel que de jaser RÉER pour faire lever l’party! C’est pour ça qu’en été, le Beachclub est rempli de filles qui se promènent avec leur cahier Affaires dans le bikini!

Le cousin show-off

Le pire de mes cousins, c’est Pierre-Alexandre. Y porte toujours un cardigan (t’sais comme dans l’expression « Dans quel siècle portait-on un cardigan? »), des ti-pantalons propres avec de l’eau dans cave et des souliers qui brillent comme un dessus de tête chauve lustrée.

Il marche avec le nez tellement relevé que ses dessous de narines pognent régulièrement des coups de soleil.

Dans sa main gauche : une saucisse cocktail enrobée d’une napkin. Dans sa droite : un ti-verre de punch en plastique qu’il fait tournoyer comme si c’était du vin rouge à 300 $.

Il s’approche, avec sa tête qui suit le même beat que son verre, faisant virevolter son toupet peigné à la Jean-Philippe Wauthier. Il s’assoit, se croise les jambes comme un invité de talk-show, et me lance :

– Aaaaah… Ça fait du bien de relaxer! J’viens de finir un doctorat en chimie. Mouhahaheen! Une thèse à l’étranger à Koala Lumpur. Mouhahaheen! … Pis toi, Mathieu? Toujours tes petits spectacles? Mouhahaheen?

C’est là que je sors l’artillerie lourde pour qu’il parte. J’te donne le truc : devenir un mythomane vulgaire. Ça marche tout le temps :

 Ben oui! Justement hier, j’étais en show à l’Opéra de Sydney avec Madonna. On a fait du bodysurfing pendant que j’y passais l’doigt. (Je tends ma main vers sa face) … Sens!

C’est à ce moment que son corps livide soulève sa grosse tête hocheuse pour aller se resservir un autre verre de punch. Dans ta face le chimiste. Magiiie!

La nouvelle blonde

Finalement, dernière tradition que plusieurs ont vécue souvent : arriver au party de famille avec une nouvelle blonde. Dès que tu rentres, tout le monde se place en rangée pour la saluer.

Ta nouvelle flamme marche entre eux pour leur donner des ti-becs sur les joues. Pendant ce temps-là, ils la scrutent de haut en bas, comme s’ils analysaient un char neuf. C’est la haie du jugement.

Y faut qu’a soit belle, mais pas trop sexy. Parce que si t’arrives avec une top canon habillée avec un décolleté pis une minijupe, tes cousines et tes matantes vont te jeter des looks de « t’es juste un perv! » et ton mononcle saoul la lâchera pas, tel un Marcel Aubut en rut.

… Bizarre de voir mes cousines juger une fille sexy quand, dans deux heures, elles vont donner des Barbie 36-24-36 à leurs petites filles de six ans.

… Bizarre de voir mes tantes penser que cette fille est superficielle quand, y’a deux heures, elles se faisaient faire une manucure et une mise en plis à 200 $.

La partie l’fun : voir leur regard changer à mesure que ma blonde parle et qu’ils se rendent compte qu’elle n’est peut-être pas la conne qu’ils croyaient. Et, surtout, la face de Pierre-Alexandre qui la regarde en se perdant dans son verre de punch au ralenti. Dans ta face le chimiste. Magiiie!

Juste pour ça, Noël vaut la peine. Joyeuses Fêtes!

(Article publié dans l’édition #133 décembre/janvier 2016 – www.boutiquesummum.com)

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