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LES MEILLEURS NOËLS RATÉS DES PINEAULT

Chroniqueur Guillaume Pineault
Photographe Sarah Dagenais
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Fébrilité

Chaque année, dès que l’Halloween finit, le lendemain les bonbons sont en spécial, le surlendemain, les Ginette, Monique et Solange s’empressent de nettoyer les tablettes du Dollarama pour sortir le stock de Noël. Spotify, 8tracks, Google Play (feu Songza) sortent les premières playlists du temps des Fêtes. Que tu sois prêt ou non, on te le met dans la gorge que le père Noël s’en vient. Que ta religion l’accepte ou pas, on va te mettre des sapins au pied carré, dans ta ville, tes magasins, ton espace de travail et sur les affiches de ton transport en commun!

Et, honnêtement, j’aime ça!

Le bouleau de Noël, la Malédiction

Je fais partie de ces gens peu nombreux qui ont été élevés dans un domicile familial où l’arbre de Noël est un bouleau blanc. Chaque année, mon père, mon grand frère pis moi, le petit dernier, on partait dans le bois, sur la terre du grand-père, et on allait se couper un « bouleau de Noël ».

Mais l’année de mes sept ans, à l’école, on nous a fait découper des arbres de Noël. J’étais le seul, figé devant ma feuille, ne comprenant pas comment je pourrais découper un bouleau blanc avec mes ciseaux bleus cheap et un papier de construction vert. Je me rappelle encore le prof :

– Voyons Guillaume, t’as juste à faire un triangle!
Mais, mais… ça ne ressemble pas à un bouleau, Monsieur le professeur.
Ben non, parce que c’est un SAPIN de Noël!

Rentré à la maison, j’appelle la famille au quartier général (la table de cuisine). Les choses vont changer chez les Pineault, c’est-tu clair. Du haut de mes sept ans, j’exige un sapin! Cette année-là, dans le bois du grand-père, f**k la section des feuillus : « Chauffez le 4 roues jusqu’aux conifères papi! »

Je pointe celui de mon goût : « Abattez cet arbre, père. » Pendant que je cours derrière mon grand frère, la neige à la hauteur des genoux, les mains à deux doigts à cause de mes mitaines trois couleurs, remplies de biscuits Chips Ahoy!, le snack parfait pour assister au meurtre d’un sapin!

Plus tard, on m’expliquera que, chaque année, mon père coupait un bouleau mort… et que nous, on y voyait que du feu… à l’exception de cette année, pour respecter les souhaits de ses ingrats de fils, mon père a tué, à regret… un sapin en pleine santé!

Celui-là Guillaume?
Ouais!
T’aimes pas mieux celui-là? Tout jauni. (Celui qui est mort dans le fond!)
Non, le beau vert, comme mon papier construction.

Ce qui devait arriver arriva. SHLAK! L’arbre fait sa chute, saluant la forêt une dernière fois en se disant : « M’a toujours ben me venger un peu. » Moi, alerte à manger mes biscuits, j’ai arrêté ma course directement dans la trajectoire de la mort… Pis j’ai reçu le sapin en pleine face : « Qui s’y frotte s’y pique. » Bref, je me suis fait attaquer par un arbre de Noël!

Dans mon souvenir, le sapin mesure 23 pieds et le tronc est gros comme un séquoia… Bon, avec le recul, je me rappelle que les plafonds de la maison sont à huit pieds de haut… Caler dans la neige, les biscuits écrasés, la dignité au tapis, sur le chemin du retour, les mitaines trois couleurs ont absorbé des larmes et ben de la morve cette année-là!

Noël a passé. Les vacances finissent, mon père m’appelle :
Guillaume, tu voulais un sapin.
Oui.
Asteure, tu vas balayer et ramasser les épines pendant que moi pis ton frère on va porter ça au chemin.

J’pense que j’en ai ramassé pendant un an des esties d’épines. Ç’a été notre dernier sapin!

Le Grinch, c’est un peu moi

C’est contradictoire, j’aime Noël, j’haïs les surprises, je déteste déballer des cadeaux. En fait, j’ai peur de ne pas avoir l’émotion adéquate pour la réception du présent.

– Sourire moqueur : Hein! des mitaines de four en forme de pingouin!
Rire aux éclats : Un livre sur des images de pénis, ben voyons donc!
WOW! : Des pantoufles tricotées par vous, grand-maman. Ha… Tss… Ben, je suis sans mot, merci!

Fait que, chaque année, d’aussi loin que je me souvienne, je fouillais dans la maison pour trouver mes cadeaux avant qu’ils ne soient emballés.

Cachette numéro 1 : En dessous du lit des parents
Cachette numéro 2 : Dans la garde-robe de cèdre
Cachette numéro 3 : Dans le gros congélateur ou la chambre froide au sous-sol

Mais en couple… on dirait que c’est l’ultime défi de l’être aimé de surprendre l’autre… Fait que, chaque Noël, pendant huit ans, j’ai réussi à trouver dans l’appart le cadeau, la facture, le relevé internet… mais pas là 9e année.

Moi : « Chérie, c’est quoi mon cadeau cette année? »
Elle : « HA! HA! Cette année, je suis blindée, j’ai commandé par la poste. Pas la peine de chercher, il n’est pas encore arrivé… Transaction via ma carte de crédit et non le compte conjoint… Tu ne sauras jamais. »
Moi : « ‘’Come on’’! C’pas drôle. »
Elle : « Tu capotes juste parce que t’as pas encore acheté mon cadeau. »
Moi : « Tssss hein, jamais, pfff t’as pas rapport. Je l’ai acheté ça fait vraiment longtemps. » (MENSONGE)

Ce 7 décembre 2013 au matin, ça y est, je suis perdu… Je vais devoir vivre une émotion pour de vrai, déballer mon premier cadeau sans savoir ce que c’est. Je suis anéanti.

Elle : « Calme-toi, il ne reste que 18 jours à attendre. Pratique tes faces contentes. »

Elle rentre dans la douche. Ça sonne à la porte. J’ouvre la porte, c’est un jeune gars de UPS avec son suit brun uni qui s’agence parfaitement avec la couleur de son camion. Il a une énorme boîte.

UPS : « Ouais, c’est un colis pour madame Tremblay. »
Moi : « C’est, ma blonde, c’est quoi? »
UPS : « Ça dit, cadeau pour Guillaume. »
Moi : « Ha! On l’a reçu enfin, on l’a commandé ensemble. »
UPS : « Peux-tu m’aider, c’est un peu lourd, pis c’est ma première journée, j’voudrais pas me blesser sur ma première livraison, t’sais. »
Moi : « MAIS CERTAINEMENT! »

Et comme c’était sa première fois, je ne sais pas s’il était nerveux… mais le jeune Padawan brun a oublié de me faire signer la copie trois couleurs de confirmation de livraison.

L’éclair de génie. J’ai emballé le cadeau et j’ai écrit : « À ma blonde que j’aime, Guillaume – x – ». Ma blonde sort de la douche. Bien en vue dans le salon… le gros cadeau emballé.

Une semaine passe, la panique s’empare du domicile Pineault-Tremblay. Le 14 décembre, je rentre à la maison, après une journée à la job, comme ostéopathe. Elle est au téléphone… avec UPS.

Elle : « J’comprends pas… J’l’ai commandé. »
UPS : « Madame, on l’a livré. »
Elle : « HEY! ON N’A JAMAIS RIEN REÇU OK! »
UPS : « Madame, nos dossiers nous confirment que ç’a été livré… »
Elle : « OK! QUI A SIGNÉ LE BON DE RÉCEPTION? »
UPS : « Euh… Attendez, on doit avoir ça quelque part… Euh… Ben désolé, ça doit être un bogue informatique, vous avez raison, on n’a pas de confirmation de réception. On vous renvoie un colis, on a dû perdre le vôtre. »

Ce Noël-là, peux-tu vous dire qu’elle est restée surprise en maudit, quand elle a déballé, elle aussi, un squelette anatomique!

(Article publié dans l’édition #143 décembre/janvier 2017 – www.boutiquesummum.com)

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