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L’hiver, quand j’étais ti-cul… C’était magique!

Chroniqueur Jonathan Roberge
Photographe Maggie Boucher
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Ça commençait le matin avec un bol de céréales chimiques qui me maganait le palais, un Quick au chocolat pis des petits bonshommes sur la grosse télévision en bois du sous-sol. Je prenais ensuite mon vieux Sheerwood, mes patins, j’enfilais mon chandail de Russ Courtnall par-dessus mon habit de neige complet que ma mère m’obligeait à porter.

Rendu au chalet du parc, j’enlevais le bas. Crisse! Ce n’était pas vrai que j’allais être le seul morveux mongol du coin avec une salopette pour jouer au hockey!

Quand j’étais petit, je pouvais passer des heures dehors à me geler le cul sur les patinoires laittes de quartier. La morve me coulait juste parfaite au-dessus de la babine et, une fois de temps en temps, j’en prenais une léchée.

Dans le jour, je me nourrissais de ma morve de kid et, le soir, je rentrais avaler un spagat. Pis 15 minutes plus tard, je retournais « faire les bâtons » pour recommencer une game avant que les grands du soir arrivent.

Les grands du soir, c’était les trous de cul de 10 ans plus vieux que nous, qui patinaient trop vite et qui nous ne faisaient jamais de passes. Quand ils arrivaient, on retournait chez nous jouer à NHL 93.

Les joues rouges qui dégelaient, le toupet humide pis nos mains qui puaient les gants d’hiver, ça ne prenait pas grand-chose dans ce temps-là pour être heureux :
– Un goaler qui se pointe sur une glace extérieure = bonheur de ti-cul
– Un paquet de cartes de femmes toutes nues = bonheur de ti-cul
– L’écart entre les deux boutons de la blouse de la prof qui nous permet de voir un bout de      brassière = bonheur de ti-cul
– L’HIVER = BONHEUR DE TI-CUL

Quand j’étais kid, la première tempête de neige, c’était merveilleux. Je courais regarder par la fenêtre. Je criais : « Yes sir! » en donnant des p’tits coups de poing dans le vide.

Tout était sous un gros tapis blanc et je jubilais à l’idée d’aller jouer dehors. Sortir prendre une bouffée d’air frais.

Une fois adulte, la première tempête de neige est synonyme de : « Tabarnakkkk… J’ai pas mis mes osties de pneus d’hiver. »

La bouffée d’air frais est remplacée par une bouffée d’air frette qui te soude les narines ensemble. T’sais, cette réaction nasale que l’on ressent quand on sort dehors par grand froid?

Tu te retournes pour barrer ta porte de maison pis dans ta tête, tu te dis que ça n’a pas de câlisse de bon sens de se geler le cul dehors de même. Ton nez colle à chaque inspiration pis ça te donne juste envie de « puncher » le renne au nez rouge gonflable sur le terrain de ton super voisin qui a encore ses décos de Noël.

La clé ne veut pas rentrer dans la serrure parce que tu « shakes » de partout. Tes mains sont déjà en hypothermie après six secondes à l’extérieur. Tu n’as pas tes gants? BEN NON! Ils sont dans le char! Parce que la veille tu les as laissés là! Tu avais TROP CHAUD AVEC TON CHAUFFAGE DANS LE TAPIS!

C’est le temps de pelleter, gros singe! Pars le char pour le réchauffer! Ramasse tes gants frettes. Mets les gants frettes! Commence à pelleter! Pellète mon chum! Tu grelottes par en dedans, mais tu transpires dans ton coat.

IL RESPIRE PAS C’TE CRISSE DE COAT-LÀ! Vendeur à la marde! Rentre dans le char, sacrament qui fait chaud! Enlève ton manteau, non… Essaie d’enlever ton manteau! La nuque collée au plafond, le bras droit qui donne des coups de ninja dans le vide pour retirer la manche. Un spot de sueur dans le dos!

Le cul commence à se mouiller pis à geler. Comment ça? En ouvrant la porte, y’a une crisse de mini-bordée de neige qui est tombée du contour de la porte. Chaud à la face, mais le cul dans la pisse de la Reine des neiges!

LÀ, tu pognes les nerfs.

Les tires « spinnent » pis le char valse. Tu donnes des coups de bassin en pesant sur le gaz comme un cave en espérant que ton mouvement de hanches va déprendre ton char. Tu te mords la lèvre du bas en sacrant.

LA MORVE ME COULAIT JUSTE PARFAITE AU-DESSUS DE LA BABINE ET, UNE FOIS DE TEMPS EN TEMPS, J’EN PRENAIS UNE LÉCHÉE.

EST BEN FORTE C’T’OSTIE DE RADIO-LÀ!

Ta yeule avec ta circulation! C’est ça que je veux faire, aller me crisser dans le trafic. Faut juste que je déprenne c’te char de marde-là. Ça commence à vibrer dans la voiture. La charrue s’en vient.

MA TABARNAK! NON! OH NON! Tu ne vas pas me mettre un mur de neige devant mon driveway ma grande.

Ton char commence à reculer, tu défonces le petit motton de neige pis tu arrives dans la rue sur le « reculons fâché ». Tsé, ce bruit de char qui va vite de reculons qui fait comprendre à tout le monde que tu es en sacrament.

Tu arrives à la job avec du calcium dans le bas de tes pantalons, un mal d’humidité dans le corps pis une envie de chier dans la face de tout le monde.

Relaxe. Respire. Rappelle-toi l’enfant en toi qui mangeait de la morve en mettant ses feutres de bottes sur le calorifère. C’est juste de la neige. C’est juste l’hiver…

Va jouer dehors, ça fait du bien.

(Article publié dans l’édition #124 février 2015 – www.boutiquesummum.com)

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