En kiosque

Star Wars : l’histoire de l’Empire

Partager

Il y a bien longtemps dans une petite ville lointaine et sans histoire de la Californie du Nord, un jeune adolescent rêvait de conduire des bolides de courses. En juin 1962, à quelques jours de graduer du secondaire, George Lucas est blessé dans un grave accident de voiture. Il reposera deux semaines entre la vie et la mort aux soins intensifs. Trouvant sa passion désormais trop dangereuse, ce jeune introverti se tourne plutôt vers la photographie et des études en anthropologie dans un collège communautaire. Puis, il quitte Modesto pour Los Angeles afin de rejoindre la prestigieuse University of Southern California (USC).

Après l’obtention d’un diplôme dans le programme des beaux-arts, il s’inscrit en production cinématographique où Lucas s’intéresse au montage et aux documentaristes de l’ONF. Parmi ses fréquentations, il y aura Jim Morrison du futur groupe The Doors qui étudiait le cinéma à l’UCLA, l’université rivale d’USC! Gagnant de plusieurs prix avec ses courts métrages étudiants avant-gardistes, Lucas se lie d’amitié avec un autre congénère de la région de San Francisco, Francis Ford Coppola (Le Parrain, Apocalypse Now). Avec ce dernier, il fonde la société de production American Zoetrope qui financera les deux premiers longs métrages de Lucas : THX-1138 (1971), adaptation de son court métrage de science-fiction abstrait qui sera un échec commercial, et American Graffiti (1973), qui s’inspire de l’adolescence de Lucas au début des années 60. Ce dernier connaîtra un énorme succès qui fera espérer au réalisateur la possibilité de trouver du financement pour son prochain projet, Journal Of The Whills: The Star Wars.

Le pari risqué

Comme son titre étrange le laisse présager, Lucas n’arrive pas à intéresser Hollywood à son film de science-fiction qu’on juge bizarre et ringard – avec un titre pareil, qui peut les blâmer! De plus, le genre est délaissé en bonne partie à cause de la baisse d’intérêt envers la franchise Planet of The Apes qui venait de connaître un bon succès quelques années auparavant. Tous les studios refusent de financer le film mis à part un : Twentieth Century Fox. Son PDG, Alan Ladd Jr., avait adoré American Graffiti et croyait au talent de Lucas. De plus, c’était la Fox qui avait produit la série des Planète des singes, il savait donc que son équipe pourrait bien vendre le film au grand public.

Échaudé par ses combats pour le contrôle créatif (et la conservation de son droit au montage final) de ses deux films précédents, Lucas propose un marché audacieux à la Fox : il recevra le même salaire que pour American Graffiti, soit 150 000 $, au lieu du demi-million proposé par le studio. En échange, il conservera les droits sur les suites et les produits dérivés (pour le premier film, il partagera les recettes avec la Fox). Content d’épargner ce montant, le studio accepte l’offre de Lucas.

Après plusieurs difficultés à mener Star Wars sur les grands écrans – parmi ses amis, seul Steven Spielberg est convaincu de son potentiel énorme, les autres le tournent en dérision -, le long métrage sort finalement le 25 mai 1977. Épuisé par le long marathon requis pour terminer la production de son film, Lucas espère générer un petit profit afin de poursuivre la suite de son histoire. Puis, l’impensable se produit : au fil des semaines, Star Wars devient un phénomène culturel rarement vu, battant les records pour les recettes récoltées aux guichets. Le film de Lucas séduit et rassemble une nation autour d’un pur produit de divertissement qui, non seulement émerveille – il ne faut pas oublier qu’à l’époque, ses effets visuels étaient du jamais-vu -, mais qui est porteur d’espoir à un moment de son histoire où elle sort d’une longue guerre polarisante. La population est également tannée du cynisme politique ambiant. Lucas peut souffler. Il a réussi son pari. Star Wars devient l’un des films les plus rentables de l’histoire d’Hollywood!

L’empire Lucasfilm

Au cours des années suivantes, Lucas produit deux suites, The Empire Strikes Back et Return of the Jedi, deux énormes succès qui confirment la popularité et la longévité de la franchise. Sortie en 1980, la première suite se veut plus sombre et offre aux cinéphiles l’une des révélations les plus inattendues du cinéma : Darth Vader est le père de Luke Skywalker! Le film se termine également avec un grand suspense : Han Solo allait-il survivre ou non? Attendre trois ans avant de connaître la réponse était interminable à cette époque!

Après la sortie de Return Of The Jedi en 1983, critiqué par certains pour sa légèreté, Lucas exploite sa nouvelle création, les mignons Ewoks (jeu de mots avec Wookie, l’espèce de Chewbacca) avec deux téléfilms et une série animée pour la télévision. Une autre série sera également consacrée aux droïdes C-3PO et R2-D2. Mais la popularité de Star Wars s’essouffle doucement alors que les jeunes fans de la première heure – et qui achetaient massivement les produits dérivés – ont grandi et sont graduellement passés à autre chose.

Par contre, le cinéaste profite de cette période pour également lancer une autre série qui connaîtra un immense succès, Indiana Jones. Désormais l’une des figures les plus puissantes d’Hollywood, Lucas ne s’assoit pas pour autant sur ses lauriers. Visionnaire, il investit dans ses nouvelles compagnies, dont Industrial, Light & Magic (ILM) qui avait été fondé pour créer les effets spéciaux de Star Wars. La société offre désormais ses services aux productions externes. C’est également Lucas qui fonde Pixar – oui, oui, ce Pixar! -, mais trop coûteux à opérer, il vend cette division d’ILM à… Steve Jobs, qui vient de quitter Apple.

À la fin des années 80, la franchise Star Wars est dormante. Mais, elle aura permis à George Lucas de remplir ses coffres de centaines de millions de dollars. Par contre, le désir de poursuivre sa saga demeure fermement ancré dans l’esprit du cinéaste. Vu les sommes colossales maintenant allouées pour produire des films de cette envergure (en 1989, Batman avait coûté 40 millions de dollars comparativement aux 30 millions de Jedi), il doit attendre que la technologie soit plus développée, et surtout, viable.

Innovations

En 1992, une révolution s’opère dans les bureaux d’ILM au Skywalker Ranch. Située près de San Francisco, l’énorme maison de style victorien, construite par Lucas au milieu des années 80, abrite les bureaux de Lucasfilm. À cette époque, une équipe s’affaire à travailler sur un gros projet mené par Steven Spielberg, Jurassic Park. Bien qu’il soit convenu que les séquences avec les dinosaures en mouvement seront animées avec la méthode image par image, deux employés un peu crinqués se lancent dans des tests avec des images de synthèse.

Kathleen Kennedy, l’assistante de Spielberg (et future dirigeante de Lucasfilm!), passe devant les bureaux des animateurs. Elle remarque le T-Rex en mouvement qu’elle s’empresse de montrer à son patron. Emballé par ce qu’il voit, il donne le feu vert à ILM pour développer cette technologie pour son film. Il faut dire que la compagnie poussait fort cette innovation numérique depuis Willow en 1988 (écrit et produit par Lucas). Le réalisateur James Cameron avait également fait appel à leurs services pour The Abyss (1989) et surtout, Terminator 2: Judgement Day (1991) pour lequel ils réussirent une percée historique avec le personnage du T-1000. Impressionné par ce qu’il voyait, George Lucas était maintenant prêt à relancer Star Wars!

Le grand retour mal-aimé

En 1993, peu après la sortie de Jurassic Park, Lucas annonce officiellement la mise en chantier de sa nouvelle trilogie. L’opération marketing débute tôt alors que Kenner obtient à nouveau la licence afin de relancer les jouets pour un nouveau public – finalement, les ventes furent plus importantes que prévu puisque les fans de l’époque les achetèrent également! En 1997, alors que s’amorce le tournage du mystérieux Épisode 1, le créateur de la saga ressort sa trilogie originale au cinéma avec de nouvelles séquences et le recours à des effets visuels numériques. Cette opération lui sert de test et, bien que ces ajouts soient accessoires, ça laisse présager les nouvelles possibilités de ces outils technologiques. A New Hope, l’épisode 4, finira même parmi le top dix du box-office cette année-là, prouvant que la Force est encore puissante!

Après des mois d’hyper promotion avec les sorties des bandes-annonces et de nouveaux produits dérivés, arrive enfin la date fatidique du 19 mai 1999. L’euphorie est à son comble alors que plusieurs maniaques passent la nuit entière à faire la queue pour voir le film lors de ses premières présentations – certains allant même jusqu’à camper plusieurs jours! Puis, la bombe éclate. Incrédule, on n’ose pas croire ce qui se déroule sous nos yeux. Cet Épisode 1, The Phantom Menace, n’est pas très bon. C’est même carrément désastreux par moment! Que s’est-il passé? Lucas a-t-il perdu sa touche? Sans trop s’attarder aux défaillances de cette nouvelle trilogie, les potins évoquent que la perte de son ex-femme, Marcia Lucas – une excellente monteuse qui a gagné un Oscar pour son travail sur le film original – y est pour beaucoup alors que celle-ci procurait l’aspect plus humaniste aux films. On peut aussi ajouter le producteur Gary Kurtz qui était aux côtés du cinéaste depuis ses débuts, limogé après les dépassements de coûts sur The Empire Strikes Back. Certains disent que Star Wars n’était plus pareil après son départ. Assurément, il était le yang au yin de Lucas! Surtout, il faut avouer que les excellents comédiens sont mal servis par une histoire inutilement dense et un scénario mal construit aux multiples dialogues qui tombent à plat. La direction de comédiens n’a jamais été la force première du réalisateur, mais l’évidence est encore plus frappante dans ce cas-ci.

Malgré qu’il polarise le fandom de Star Wars, le film remporte un énorme succès qui réconforte Lucas. Il cédera toutefois à la pression virulente des fans qui détestent Jar Jar Binks, le faire-valoir comique de l’histoire. Ce nouveau personnage deviendra l’un des plus détestés du cinéma! Le réalisateur aura beau l’évacuer de ses deux autres suites, le tort est fait. Lucas ne réchappera pas à la déception associée à ses nouveaux films. Avec la fin de cette trilogie qui nous raconte les événements tragiques de la transformation du Jedi Anakin Skywalker en Sith Darth Vader, pas mal tout le monde croyait que c’en était terminé de Star Wars, du moins au cinéma. La saga continue d’évoluer dans plusieurs médiums comme la télévision, les romans, les bandes dessinées, les jeux de rôle et les jeux vidéo. L’univers rapporte tout de même un milliard en revenus annuellement à son créateur! Mais pour plusieurs qui ne consomment pas cet univers élargi, c’était bel et bien la fin jusqu’à ce que survienne une annonce surprise en octobre 2012.

Star Wars rejoint Mickey Mouse

Une onde de choc secoue Hollywood et le monde du divertissement alors que Disney annonce l’acquisition de Lucasfilm et Star Wars (en plus d’Indiana Jones, il ne faut pas l’oublier) pour la rondelette somme de 4,05 milliards. Dans la foulée de cette transaction, le studio révèle la mise en chantier d’une nouvelle trilogie. Cachotier, George Lucas avait scellé plus tôt dans l’année une entente avec ses trois comédiens, Mark Hamill, Carrie Fisher et même le récalcitrant Harrison Ford, qui acceptèrent tous de reprendre leurs rôles fétiches.

Pour Lucas, la vente de son empire à celui de Disney signifiait qu’il ne voulait plus s’investir dans les opérations quotidiennes d’une telle entreprise. D’ailleurs, le cinéaste venait de nommer la productrice Kathleen Kennedy comme coprésidente de sa compagnie et il laissait volontiers la chance à d’autres réalisateurs d’apporter leur vision à la franchise. Par contre, à son grand étonnement, Disney rejeta ses idées pour la nouvelle trilogie en confiant au réalisateur J.J. Abrams et au scénariste Lawrence Kasdan (qui avait écrit les épisodes 5 et 6 de la saga en plus de Raiders Of The Lost Ark) les destinées du nouveau film, The Force Awakens, prévu pour 2015. Légèrement amer, Lucas préféra désormais se désengager totalement de sa création. Le bâtisseur pouvait maintenant profiter d’une retraite bien méritée.

Quelque peu nerveux, Disney espérait rentabiliser son investissement et le studio ne fut pas déçu, bien au contraire! Lors de sa sortie, l’Épisode 7 fracasse des records au box-office pour terminer avec des recettes de plus de deux milliards aux guichets, l’un des cinq films seulement à avoir réalisé cet exploit. En Amérique, il ravit la première place à Avatar et mondialement, il n’est surpassé que par ce dernier, Titanic et maintenant, Avengers: Endgame.

Encouragé par ce succès, Disney ouvre la machine et se lance dans la production de plusieurs longs métrages en parallèle de la série principale. Le premier, Rogue One, connaîtra un autre immense succès en 2016. Le film, dont l’histoire se déroule tout juste avant les événements de A New Hope, doit sa popularité en grande partie au retour de Darth Vader sur les écrans. Ce dernier étant l’un des personnages les plus marquants de l’histoire du cinéma, les fans sont évidemment très fébriles de le retrouver.

En 2017, l’épisode 8, The Last Jedi, devient le film le plus controversé de la série depuis The Phantom Menace. Les critiques saluent son audace, mais plusieurs fans sont déconcertés par la vision de la saga du nouveau réalisateur, Rian Johnson. En effet, celui-ci s’amuse à défaire les trames lancées par son prédécesseur. Malgré tout, le film remporte un énorme succès. Disney semble en parfait contrôle de la franchise, mais sa tentative de produire des films à un rythme plus effréné – comme ceux tirés de l’univers des superhéros Marvel – lui joue finalement un vilain tour l’année suivante.

Sorti trop vite dans la foulée de The Last Jedi ou tout simplement une offrande à laquelle le grand public n’était pas intéressé, le film Solo: A Star Wars Story déçoit aux guichets, arrivant de peine et de misère à couvrir ses frais. Cette situation pousse le PDG de Disney, Bog Iger, à revoir les projets en développement. Malheureusement, les films sur Obi-Wan Kenobi et Boba Fett seront abandonnés.

La fin des Skywalker

La sortie de l’épisode 9, The Rise of Skywalker, annonce la fin ultime de l’histoire amorcée par George Lucas il y a plus de quarante ans. Évidemment, peu de détails ont été dévoilés, mais on sait que le film terminera la saga familiale des Skywalker. Et que représente le titre? L’ascension de qui est-il question? La rédemption de Kylo Ren, en réalité Ben Solo, comme son grand-père Anakin? Ou bien le passé énigmatique de la nouvelle Jedi Rey prendra-t-il un nouveau sens? Les réponses en décembre!

Par contre, le geste du studio de ramener le cinéaste J.J. Abrams à la barre de ce dernier film démontre clairement l’intention de Disney d’ apaiser les fans de la série. La pression de bien clore la saga principale et de terminer le tout positivement est énorme. Après tout, le géant du divertissement a intérêt à ce que son public désire continuer de consommer la franchise. 

Le futur de Star Wars

Bien que cet ultime épisode marque la fin d’une ère, la marque Star Wars rapporte trop à Disney pour qu’elle soit laissée à l’abandon. La saga prendra une pause des grands écrans pour quelques années, avant de revenir en 2022 avec une nouvelle trilogie. Pilotés par les producteurs de la série télé Game of Thrones, David Benioff et D.B. Weiss, ces nouveaux films porteront sur un autre pan de l’univers Star Wars, probablement à l’époque de l’ancienne république, soit plusieurs millénaires avant celle du film original.

Entretemps, Star Wars continuera sur la nouvelle plate-forme en streaming Disney + qui sera lancée plus tard cet automne. La première série diffusée portera sur un mystérieux chasseur de primes partageant vraisemblablement des liens avec le personnage culte Boba Fett. Créée par Jon Favreau (Iron Man, The Jungle Book, The Lion King), l’action de The Mandalorian se situe cinq ans après les événements de Return of the Jedi.

Avec les deux nouveaux parcs immersifs Star Wars que Disney vient récemment d’ouvrir en Californie et en Floride, l’aventure dans une galaxie lointaine n’est pas près d’être terminée! La Force et les Jedi continueront de faire partie de la culture populaire pour encore très longtemps. Star Wars nous rappelle certains messages nécessaires que voulait véhiculer George Lucas : qu’il est important de se forger des mythes dans notre civilisation moderne et que nous ne sommes jamais trop vieux pour nous émerveiller. Deux valeurs qui siéent bien à un autre grand visionnaire du divertissement : Walt Disney.

Partager

Recommandés pour vous

PROCHAIN ARTICLE
En kiosque

Les Simpson à 30 ans