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POUPÉE DÉSIR, POUPÉE DE SON

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Avec l’avènement de la télévision, une certaine obsession de la perfection a inévitablement atteint madame Tout-le-monde. À l’époque, pour pouvoir arriver à cette dite perfection, elles devaient avoir les poches profondes. Mais avec le temps et la démocratisation du phénomène de la retouche esthétique, elles pouvaient pratiquement toutes devenir LA personne qu’elles désiraient : 36 versements de 199$/mois et le tour était joué. Et si vous appelez dans les cinq prochaines minutes, nous vous ferons parvenir, tout à fait gratuitement, une poêle antiadhésive.

LE PARADOXE DE L’EMBALLAGE PLASTIQUE
Nous étions aux débuts du millénaire. Avec l’éclosion des réseaux sociaux – où le contenant est plus important que le contenu –, l’apparition des Instababes – où l’image ne vaut plus mille mots, mais 1000$ –, nous sommes toutefois passés au niveau supérieur de la dénaturation de l’image de la femme. Dorénavant, plus besoin de débourser ce fameux 199$/mois. Un téléphone pour prendre ses photos, une application pour les retoucher et c’est dans la poche : bronzage, augmentation des seins et des lèvres, liposuccion, lissage de la peau. La liste est longue, trop longue…

Le problème n’est pas que madame Tout-le-monde puisse enfin faire disparaître ses poignées d’amour sans devoir passer ses journées au gym, mais qu’une large majorité d’utilisateurs de cette « invention du démon » ont tellement altéré leur image aux yeux de milliers de followers qu’il leur devient pratiquement impossible de se présenter en public. Que faire quand TON unique réalité est dorénavant celle que tu projettes virtuellement et non plus physiquement?

 Cette génération vit actuellement une crise existentielle : désir de sauver la planète d’un côté et, de l’autre, d’évoluer dans un monde où le JE est de plus en plus emballé sous vide. Autant l’humain tend vers une cybernétisation de sa personnalité, autant la technologie emprunte le chemin inverse et tente de reproduire et d’anticiper nos comportements pour ultimement combler notre éminent manque d’humanité.

Dans le film Demolition Man (1993), Sylvester Stallone apprend par Sandra Bullock qu’il n’y a plus de relations sexuelles avec contact. Eh bien, petite nouvelle: ce temps n’est peut-être pas si loin que ça ! Si les personnes qui nous attirent physiquement ne sont pas ce que nous croyons être et que la plupart de nos interactions se produisent virtuellement, a-t-on encore besoin de ce contact physique entre humains? Est-ce que l’enveloppe corporelle de l’autre est encore une nécessité si cette dernière ne représente plus la réalité physique qu’elle désire présenter. À ce stade, pourrait-on le remplacer par quelque chose de plus représentatif de nos désirs?

Peut-être bien…

Crédit photo : Franca Perrotto - www.francaperrotto.com

(Lire l’article complet dans l’édition #168 février/mars 2020 – www.boutiquesummum.com)

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