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MÉTAL QUÉBÉCOIS

Chroniqueur Charles Laplante
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Au Québec, la musique métal a toujours eu la cote. C’est une popularité assez difficile à expliquer, mais disons simplement que nous autres, on aime ça quand ça frappe fort pis quand ça va vite. Paradoxe intéressant : c’est également le style de musique qui est le moins couvert par les grands médias de masse. En fait, on calcule sa popularité surtout quand on se promène dans les studios et les locaux de pratique de la province. En temps normal (c’est-à-dire quand il n’y a pas de pandémie), il est possible de sortir chaque soir de la semaine pour voir un show métal à Montréal. Enfin bref, voici une tentative d’expliquer rapidement qui sont les porte-étendards de ce style dans la province, selon l’époque.

Les origines

Une autre grande passion musicale sert de point d’ancrage des premiers groupes heavy du Québec : le rock progressif. Les Monstres, Les Chauve-Souris et Les Misérables, notamment, sont des groupes plus glauques et obscurs qui proposent, dans les années 60, un mélange de rock psychédélique et garage un peu plus mordant que leurs contemporains yéyé. Évidemment, c’est sous l’influence de Black Sabbath et de Led Zeppelin que les premiers rockeurs lourds fleurdelisés feront leur apparition.

Les années 70-80

Parmi les groupes importants de cette époque, on remarque le groupe avant-gardiste Charlee, qui comptait dans ses rangs le guitariste Walter Rossi. Celui-ci était tellement bon qu’on l’a invité à faire partie du groupe de David Bowie, dans les années 70. Il a même déjà « jammé » avec Jimi Hendrix. À la même époque, Mahogany Rush, un groupe anglophone de Montréal, était très populaire aux États-Unis et a percé à l’international, en plus de faire la tournée des plus grands festivals du genre. Résultat : ils se sont retrouvés, au début des années 80, en Angleterre, aux côtés de groupes de métal naissants, comme Motörhead et Iron Maiden. Évidemment, c’est à Jonquière, au Saguenay, qu’est né le monument par excellence du métal Québécois : Voïvod. Si le groupe fondé par Away, Piggy, Snake et Blacky est désormais reconnu à sa juste valeur dans sa terre natale, cela n’a pas toujours été le cas et le groupe est devenu populaire en Europe avant même d’être un nom connu à Chicoutimi-Nord! La fin des années 80 verra naître Cryptopsy, premier band death metal technique du Québec.

Les années 90-2000

Inspirés par la première vague death américaine du début des années 90, le guitariste Jean-Françcois Dagenais et le chanteur Sylvain Houde fondent Katalysm en 1991 et attirent l’attention de l’étiquette Nuclear Blast avec leur première démo. La musique agressive domine alors la scène alternative, et des groupes comme BARF, Anonymus, TSPC et Overbass, qui obtiennent de la visibilité grâce à leurs clips diffusés à MusiquePlus, sont tous influencés par le métal. Plus tard, au milieu des années 2000, c’est le metalcore qui inspire la prochaine génération de bands turbulents. C’est là que l’on découvre, entre autres choses, Despised Icon, Beneath the Massacre et bien d’autres projets influencés cette fois-ci par le metalcore américain.

Au final, la popularité du métal au Québec ne se dément pas. Imperméable à toutes les modes, c’est une musique qui est désormais marquée au fer rouge dans l’ADN de notre identité culturelle, n’en déplaise à la culture populaire et aux grands médias. L’existence de nouveaux groupes tels qu’Outre-tombe, Oath 666 ou Get the Shot le confirme : le métal est là pour rester. Pour pousser vos recherches sur le sujet au-delà d’un simple article, nous vous conseillons fortement la lecture de L’évolution du Métal Québécois: No Speed Limit (1964-1989) de Félix B. Desfossés, en souhaitant que la rédaction du tome suivant soit avancée.

SUGGESTIONS

L’univers du métal fabriqué au Québec est très vaste. Heureusement, nous sommes là pour vous et nous vous avons concocté la petite liste d’écoutes essentielles que voici!

Sur repeat: Blower / Warriors of Ice / Voïvod

Sword – Metalized (1986)

La musique des frères Dan et Rick Hugues (les frères de la chanteuse Lulu Hugues), mélange de hard rock et de thrash, occupe une place importante dans l’histoire du métal de la province. Ils ont lancé leurs deux albums sur l’étiquette Aquarius dans les années 80 et Metalized est une écoute essentielle pour tous les amateurs du genre.

Sur repeat: Stoned Again / Outta Control / Runaway

Kataklysm – Temple of Knowledge (1996)

Dernier album du groupe avec Sylvain Houde à la voix, Temple est un album concept séparé en trois mouvements (Segment, Act et Epoch). Un disque death marquant et hautement addictif. Leur travail avec Maurizio à la voix est tout aussi brillant, mais c’est l’album qui a marqué le plus nos souvenirs d’ados en quête d’émotions fortes.

Sur repeat: Fathers from the Sun / The Awakener / Exode of Evils

BARF – Surprise… (1995)

Voilà sans aucun doute l’album le plus éclectique du groupe de Marc Vaillancourt et de Denis Lepage, qui succède à leur disque le plus brutal en carrière (Ignorance Chaos Suicide). Le groupe propose une des seules chansons métal chantée en canon et il fait même un saut dans la musique médiévale instrumentale avant de nous exploser la tronche avec des morceaux très lourds. Il faut absolument écouter la pièce cachée!

Sur Repeat: Life / Dope / Libre le 4

Despised Icon – The Healing Process (2005)

Le succès de la première offrande du groupe d’Alex Erian et d’Eric Jarrin sur l’étiquette Century Media ne se dément pas. C’est encore l’album du groupe auquel on retourne le plus souvent. Le sextet nous propose un deathcore unique qui utilise à bon escient la polyvalence du chanteur Steve Marois. L’essayer, c’est l’adopter.

Sur repeat: Silver Plated Advocate / Warm Blooded / As Bridges Burn

Beneath the Massacre – Mechanics of Dysfunction (2007)

Elliot Desgagnés et ses sbires déploient l’artillerie lourde sur leur premier album, qui est une réalisation de Yannick St-Amand, guitariste de Despised Icon. Le magazine Metal Hammer avait à l’époque accordé la note de 9/10 à l’album et celui traverse très bien l’épreuve du temps et s’inscrit parmi les meilleurs albums de tech death à l’échelle mondiale.

Sur repeat: The System’s Failure / The Invisible Hand / Long Forgotten

Outre-Tombe – Nécrovortex (2018)

Nouveau venu de la scène death, outre-tombe hurle en français ses textes lugubres et a su rallier un nombre impressionnant de fans en très peu de temps grâce à son style old school rappelant parfois du vieux Bolt Thrower ou les belles années du death suédois. Gageons que nous n’avons pas fini d’entendre parler de Vitesse, Crachat, Cobra et Désastre (probablement que ce ne sont pas leurs vrais noms).

Sur repeat: Aberration / Écorché vif / Vengeance spectrale

Oath Div. 666– Apocalypse Division (2019)

Après un excellent EP paru en 2015, le groupe de Sherbrooke nous a enfin offert un premier album qui garroche comme c’est pas permis. Espérons que les shows pourront recommencer bientôt parce qu’on ne les a vus qu’une seule fois à date et c’était extrêmement intense. Un autre nouveau joueur qui est là pour rester

Sur repeat: Evil Dwells / Eternal Winter / Satan’s Bitch

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