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Batman Begins : Les 20 ans du retour du chevalier noir au cinéma

Chroniqueur Alexandre Goulet
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À l’été 1989, une « Batmanie » déferle sur le monde. L’adaptation cinématographique de Batman par Tim Burton devient un véritable phénomène culturel populaire. Pour les plus vieux comme moi – j’avais 12 ans – qui ont en été témoin, on ne pouvait pas passer à côté des innombrables produits dérivés. Qui d’entre vous avait aussi un fameux t-shirt à l’effigie du logo? Batman était partout! Sa popularité est demeurée jusqu’en 1997 où tout s’est effondré. Alors que les fans attendent avec frénésie le quatrième film de la franchise, la stupéfaction frappe les amateurs après le premier week-end de la sortie de Batman & Robin. Qui ne souvient pas du controversé « nipplegate », celui des mamelons sur les costumes de nos superhéros? Le film est une véritable catastrophe pour le studio Warner Brothers qui récupère à peine son investissement. Sur le plan créatif, on semble avoir atteint le fond du baril. Pour le grand public, on a réussi à rendre Batman démodé, voir quétaine.

En 2002, le Spider-Man de Sony change la donne. Celui-ci détrône même le nouveau Star Wars à la tête du box-office, du jamais-vu! Comme en 1989 avec Batman, c’est au tour du populaire personnage de Marvel de déclencher une « Spidermanie ». Toutefois, la Warner ne peut laisser les studios rivaux occuper toute la place du marché des superhéros. Elle doit donc trouver une façon de ramener son joyau sur les grands écrans. Mais, un défi de taille l’attend : quelle approche prendre?

Qui ne souvient pas du controversé « nipplegate », celui des mamelons sur les costumes de nos superhéros?

En 2000, un jeune cinéaste étonne le monde du cinéma avec son thriller à la trame narrative inversée : Memento. Christopher Nolan devient rapidement en demande. La Warner l’embauche afin de porter au grand écran Insomnia, adaptation d’un film policier norvégien qui réunit, pour la première fois, Al Pacino et Robin Williams au grand écran. À la suite de la réception positive du film tant par les critiques que les cinéphiles, le studio désire évidemment poursuivre cette collaboration. Grand fan de Batman, tant des comics que de la série télé des années 60, Nolan leur avoue qu’il aimerait bien avoir la chance de ramener le personnage au cinéma. La Warner accepte sa proposition de voir Batman habiter un univers plus réel

Pour son histoire, Nolan s’inspire de la bande dessinée Batman: Year One de Frank Miller (300, Sin City). Parue en 1987, celle-ci traitait d’un Gotham gangréné par la corruption policière auprès du crime organisé et qui voyait l’entrée en scène de Batman. Pour l’aider à la scénarisation, le réalisateur décide de travailler avec le scénariste David S. Goyer, l’auteur de la récente trilogie Blade (1998-2004) qui portait à l’écran un personnage plus obscur des comics Marvel. Ce dernier désire aborder la jeunesse de Bruce Wayne et explorer son parcours à travers le monde qui le mènera à devenir Batman. Nolan et lui pigent aussi dans l’histoire The Man Who Falls par Denny O’Neil et Dick Giordano, publiée en 1989. Il faut maintenant trouver le méchant que Batman devra affronter.

Le choix évident serait de prendre le Joker, le plus populaire des ennemis du chevalier noir. Mais, Nolan et Goyer savent très bien que la version de Jack Nicholson demeure toujours aussi marquante. Ils décident donc de s’éloigner des personnages déjà portés à l’écran en en pigeant deux nouveaux : Scarecrow (l’Épouvantail), un méchant classique, et Ra’s al Ghul, un plus méconnu, mais probablement un des plus complexes. Sa folie n’est pas cavalière comme la plupart des autres méchants de l’univers Batman. Il croit sincèrement faire le bien par ses actions. Afin d’incarner le mentor de Bruce Wayne, qui sera révélé finalement comme son ennemi, Nolan songe d’abord à Guy Pearce qui avait joué dans son Memento. Mais, après quelques discussions entre eux, ils conviennent que l’acteur est un peu trop jeune. Le rôle est donc proposé à Liam Neeson qui avait joué ce type de personnage dans le premier film de la nouvelle trilogie Star Wars avec son Qui-Gon Jinn. La révélation finale en sera que plus forte croit Nolan. Pour Scarecrow, le rôle est offert à Gary Oldman qui décline, fatigué de jouer les méchants. On se tourne donc vers Cillian Murphy qui, ironiquement, avait auditionné pour le rôle de Batman. Quant à Oldman, la production revient à la charge en lui offrant le rôle de l’incorruptible policier James Gordon, ce qu’il accepte volontiers. Une grande question demeure : qui va porter le costume de Batman?

Le premier choix de Christopher Nolan est Josh Hartnett, l’une des nouvelles vedettes d’Hollywood qui peut aussi bien jouer l’action (Black Hawk Down, Pearl Harbor) que la comédie romantique (40 Days and 40 Nights). Mais l’acteur, qui veut briser son image de « teen idol » et de jeune premier, n’est pas intéressé à se commettre dans un rôle de superhéros à ce moment-ci de sa carrière. Trois comédiens passent l’audition finale en portant le costume enfilé par Val Kilmer pour Batman Forever : Eion Bailey (la minisérie Band of Brothers), Cillian Murphy et Christian Bale. Il y a quelques années, ce dernier s’était illustré son rôle de Patrick Bateman dans American Psycho (2000). Pour Nolan et Goyer, Bale était le seul véritablement capable d’incarner à la fois Bruce Wayne et Batman de manière distincte et captivante. Le hic? Le comédien venait de perdre beaucoup de poids pour le film The Machinist. Il a donc six mois afin de reprendre 100 livres en masse musculaire!

Parmi les changements majeurs que Nolan souhaite apporter à son film, il y a les décors de Gotham City. Ceux des films de Tim Burton et de Joel Schumacher se déroulaient principalement dans des décors de studios. Le réalisateur veut encrer sa ville dans le monde réel. Des scènes sont donc tournées principalement à Chicago, mais aussi à New York et à Londres. Il y aussi une autre icône qu’il faut renouveler : la fameuse Batmobile. Autant celle de la télésérie des années 60 que celle de la version de Burton avaient frappé l’imaginaire. Ici, Nolan décide d’aller complètement ailleurs avec le « Tumbler », une espèce de véhicule tout-terrain militaire. Son visuel provient de Nathan Crowley, responsable de la direction artistique du film. La version en taille réelle est assemblée par les ingénieurs Chris Culvert et Annie Smith. Au total, quatre véhicules sont construits au coût de 250 000 $ chacun. Les cascadeurs doivent pratiquer pendant près de six mois afin d’être prêts à les conduire dans les rues de Chicago!

Sur le plan musical, Batman Begins débute la belle collaboration entre Christopher Nolan et le compositeur Hans Zimmer, qui signera tous les films du cinéaste jusqu’à Dunkirk en 2017, à l’exception de The Prestige (2006). Il va devoir décliner sa participation à Tenet au profit de Dune de Denis Villeneuve, un projet auquel il rêvait depuis toujours. Curieusement, Zimmer fait appel à un collaborateur de renom, James Newton Howard, afin de composer la musique du film. Ironiquement, Newton Howard avait signé la musique du Dune de David Lynch! Zimmer souhaitait depuis longtemps à s’associer avec Newton Howard. Les deux se partagent la tâche alors que le premier se concentre plus sur les scènes d’action et le dernier sur les moments plus dramatiques.

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