Trois ingrédients. Une réputation douteuse. Des millions d’adeptes. Et, probablement, le seul plat capable de cuisiner une telle chaudrée d’opinions divergentes, et ce, entre un camionneur de Saint-Tite, un chef gastronomique de Montréal ainsi qu’un touriste japonais. Bienvenue dans l’univers décadent de la poutine.
Il existe des plats qui racontent un pays : la pizza raconte l’Italie et le hamburger raconte l’Amérique. La poutine, elle, raconte le Québec dans ce qu’il a de plus contradictoire : simple mais complexe, populaire mais revendiquée par les grands chefs, profondément locale mais désormais connue aux quatre coins du globe.
NAISSANCE DANS LE BROUILLARD
Comme dans bon nombre de grandes histoires, celle de la poutine commence par une controverse.
Plusieurs municipalités québécoises revendiquent ainsi sa création au milieu des années 50. Warwick, Drummondville et d’autres localités du Centre-du-Québec se disputent encore aujourd’hui le titre de berceau officiel de la poutine. Les versions divergent, les souvenirs se mélangent et les témoins, eux, vieillissent. Ainsi va la vie qui va…
Ce qui fait toutefois consensus, c’est que personne n’aurait imaginé qu’un simple mélange improvisé dans un casse-croûte de campagne deviendrait un symbole culturel reconnu mondialement.
LE FAMEUX TEST DU « SQUICK-SQUICK »
Pour mieux comprendre toute l’essence de la poutine, il faut d’abord saisir une chose : le fromage. Et pas n’importe quel fromage. Du fromage en grains frais. L’affaire est résolue!
Le fameux bruit de squick-squick produit lorsqu’on le mord est devenu une référence quasi scientifique pour les amateurs de ce plat qui défie les cardiologues. Si le fromage ne fait pas ce son caractéristique, plusieurs puristes considèrent que l’expérience est déjà compromise.
Il va sans dire que la température y joue aussi un rôle crucial. Les grains doivent conserver leur texture malgré la chaleur de la sauce. Les frites, elles, doivent rester croustillantes sans devenir molles. Quant à la sauce, cette dernière doit enrober l’ensemble sans transformer le tout en soupe. Plus facile à dire qu’à réussir…
LE PLAT QUE LES NUTRITIONNISTES N’INVITERONT JAMAIS À SOUPER
Soyons honnêtes : personne ne commande une poutine pour ses vertus santé.
Selon la taille et la recette, une portion peut facilement dépasser les 1000 calories.
À titre de comparaison, une grande poutine peut représenter plus de la moitié des besoins caloriques quotidiens d’un adulte moyen. C’est l’une des raisons pour lesquelles elle traîne une réputation de « nourriture de lendemain de veille ».
La poutine n’a jamais prétendu être un superaliment. Elle ne promet ni détoxification ni bien-être spirituel. Elle offre plutôt quelque chose de beaucoup plus simple : du réconfort immédiat. Un véritable acte de résistance gastronomique.