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Cheerleader : loin de l’image de la pom-pom girl

Chroniqueur Nathacha Gilbert
Crédit photo (photo principale) David Kirouac
Crédit photo (fond mauve) Annie Diotte
Crédit photo Sébastien St-Jean
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Entrevue avec Rani-Gabrielle Dubé Paré, cheerleader des Alouettes de Montréal

Bonjour Rani! C’est un plaisir de te recevoir en entrevue chez SUMMUM ce mois-ci! Dis-moi, comment vas-tu? Ça va très bien merci! Le mois de juin est toujours excitant, car c’est le début de la saison sur le terrain pour nous!

Rani, on discute ensemble aujourd’hui parce que tu es l’une des cheerleaders des Alouettes de Montréal! Dis-moi, ça fait combien de temps que tu as joint les rangs de cette organisation? C’est ma deuxième année au sein de l’équipe; c’est encore tout frais, tout nouveau et je suis reconnaissante de pouvoir revivre ce beau « trip » une deuxième année de suite. J’avais participé aux auditions pour la première fois il y a sept ans, sans succès. J’ai décidé l’an dernier de retenter l’expérience et cette fois-ci fut la bonne!

Quand as-tu commencé à pratiquer le cheerleading? Tu es danseuse professionnelle; parle-moi un peu de ton parcours. J’ai commencé la danse à un très jeune âge : six ans! Ça fait donc plus de 20 ans que je danse. J’ai fait pendant près de huit ans de la compétition dans divers styles avant de me tourner vers l’industrie professionnelle de la danse. Je me concentre donc depuis quelques années sur divers contrats de danse pour des évènements corporatifs et culturels, des vidéoclips, comme back-up dancer pour des artistes, des « showcases », comme chorégraphe; en plus de danser avec les cheerleaders des Alouettes. J’enseigne également la danse en talons hauts (comme Beyoncé!) pour le programme de Heels Army Of Sass -­ Division Montréal, au Tripoli Studios, ainsi que de nombreux workshops ponctuels. J’adore partager ma passion! J’ai également fait une brève incursion de deux ans dans le monde du cheerleading acrobatique.

Tu as déjà mentionné que tu avec un background assez diversifié en danse. Dis-m’en plus! Effectivement! Je pense qu’il est important pour un danseur de toucher à plusieurs styles pour son développement personnel et afin d’être toujours prêt à répondre aux demandes dans différents contrats. Je cumule mon expérience dans différents styles, dont le hip­hop, lyrical jazz, contemporain, videostyle commercial et heels ladystyling.

Crédit photo : Annie Diotte

Être cheerleader pour une équipe de sport professionnelle… ça ne doit pas être de tout repos! D’abord, parle-moi un peu de ce que ça demande en termes de temps et d’investissement avec tous les matchs et les entraînements que vous devez avoir. Ce n’est effectivement pas de tout repos, mais c’est bien balancé et, surtout, ça vaut la peine. Nous avons une à deux pratiques par semaine dès la semaine suivant les auditions en février, et ce, jusqu’à ce que la saison termine en novembre. Bien sûr, ça demande également un investissement sur notre temps personnel en pratique et en entraînement pour maintenir une bonne forme pour performer à notre meilleur! Nous avons 10 matchs à domicile auxquels nous participons ainsi que la Coupe Grey où nous allons, que les Alouettes s’y rendent ou non. Nous avons également plusieurs évènements promotionnels par mois, mais c’est sur une base volontaire selon nos disponibilités.

Vous avez une tâche énorme sur le terrain; celle de divertir bien sûr les partisans qui sont venus assister au match, mais aussi donner tout un show. Parle-moi un peu du feeling que tes collègues et toi avez sur le terrain au moment de performer? Wow, c’est difficile à décrire, mais c’est un mélange de rush fort d’adrénaline et de focus sur ce que nous avons à faire car ça bouge vite! On se met en mode « showtime » et on se motive à faire un bon « workout » de 3 heures! (Rires) Personnellement, je trippe sur le fait de donner un show et de divertir une aussi grosse foule. C’est clairement la récompense et l’aboutissement de plusieurs mois de préparation. C’est également stressant, car je me mets de la pression pour que tout soit parfait dès la première « game », même si dans l’absolu, ce n’est pas nécessairement réaliste! (Rires)

Raconte-moi ton premier match! Tu devais être si nerveuse! Mon premier match, c’était vraiment me jeter dans l’inconnu. Je connaissais mes chorégraphies, nos « sidelines » (les danses que nous faisons sur le coté du terrain tout au long de la partie), mais la logistique du déroulement m’échappait complètement! (Rires) Une chance que j’étais bin entourée, ç’a été un super moment!

Et dis-moi, y a-t-il des moments (matchs) en particulier qui marquent de par leur intensité ou de par les conditions (climatiques) parfois moins évidentes, j’imagine? Dans une saison, on passe par des hauts et des bas. Je dirais que les matchs les plus intenses et euphoriques que j’ai eu l’occasion de vivre (à part la Coupe Grey, bien sûr), c’est lorsque les Alouettes gagnent. L’énergie dans le stade est électrisante. Sinon, d’un point de vue personnel, les matchs en fin de saison lorsque le temps se rafraîchit sont un peu plus difficiles côté énergie, mais ça fait partie de la « game »!

Parle-moi de tes collègues! J’imagine que vous devez vraiment être un groupe qui se tient serré et que de belles amitiés et complicités se sont forgées entre vous au fil des années? Ces filles-là sont juste incroyables. Toutes différentes et uniques à leur façon, mais on partage une partie importante de notre vie : la danse. Ça rapproche énormément de passer par les mêmes émotions et d’être capable de se comprendre. L’esprit d’équipe est très fort et tout le monde s’entend bien!

Crédit photo : JF Savaria

Sinon, parle-moi un peu de ton job; je sais que les cheers ne font pas ça à temps plein nécessairement. Que fais-tu dans la vie de tous les jours? Alors j’ai un baccalauréat en relations industrielles et, dans la vie de tous les jours, je suis conseillère en ressources humaines à L’Atelier Animation. C’est un studio qui fait des films d’animation dans le Mile-End! Très différent de ma double vie de danseuse, mais ça reste dans un domaine créatif heureusement.

Ton horaire doit être organisé aux quarts de tour! Comment fais-tu pour arriver avec le boulot et en plus avec le cheerleading? Mon horaire est effectivement très chargé. Quand je finis mes journées au studio, mon deuxième chiffre commence! J’ai souvent des pratiques, j’enseigne ou des spectacles la semaine et divers contrats de danse la fin de semaine. Je fais 40 heures à ma job de jour, et j’ai autour de 20 heures de travail en plus pour la danse et le cheer, dépendamment des semaines. Comme j’ai ce planning très serré, je fais l’épicerie la fin de semaine et je prépare tous mes lunchs pour la semaine qui suit, par exemple. Je trouve toutes sortes de trucs pour être bien organisée (je planifie beaucoup à l’avance), mais bon… on y va comme ça vient!

Qu’en est-il de ton énergie? T’arrive-t-il d’avoir des petits « down » ou des moments où tu es plus fatiguée ou tu es tout de même capable de garder le focus? C’est clair que j’ai des moments où l’énergie se fait rare! (Rires) Dans ces moments-là, j’essaie de faire de la place dans mon horaire pour un moment de détente et je me rappelle que, at the end of the day, tout est un choix et que ça n’appartient qu’à moi de choisir mes combats et de dire non parfois.

Crédit photo : Annie Diotte

Crois-tu que les gens parfois ont des préjugés ou ont le jugement facile sur les cheerleaders? J’imagine qu’un des objectifs que vous avez est justement de les faire tomber, ces jugements-là. Bien sûr, il y a encore des conceptions erronées du métier de cheerleader. Je dirais que c’est de moins en moins répandu. Nous sommes vraiment des athlètes. C’est important de le dire encore et encore. Généralement, ceux qui pensent qu’on agite juste des pompons ne sont jamais venus nous voir en show. C’est énormément de travail, un travail de préparation, de précision. Les fans qui sont dans le stade se rendent bien compte qu’on est des athlètes professionnelles et qu’on propose un show de haut niveau, mais des clichés persistent malheureusement.

Sinon Rani, dans la vie de tous les jours, qu’est-ce qui te fait vibrer et triper? Qu’est-ce que tu fais quand tu as un peu de temps libre dans ton horaire monstre? Honnêtement, je vais être plate, mais c’est vraiment la danse qui me fait triper. Souvent, dans mes temps libres, je vais en profiter pour faire un cours de danse que je n’ai normalement pas le temps de prendre! (Rires) Mais sinon, j’adore voyager, je travaille à faire plus de place dans ma vie pour cette passion.

Quelle genre de fille es-tu? C’est toujours difficile de prendre du recul sur nous-même mais je crois être une personne sur qui on peut compter. Je prends naturellement le « lead » dans la vie et je suis généreuse de mon temps et de mon écoute. Quand je prends en charge un projet, je le mène à bon port. C’est sûrement une déformation professionnelle avec mon boulot en ressources humaines!

Une carrière de cheer profesionnelle comme la tienne a-t-elle un deadline? Est-ce qu’il t’arrive de penser à « l’après » cheer? Sans avoir un « deadline », je crois que ça appartient à chacun et chacune d’écouter son corps, car c’est exigent physiquement, surtout en ce qui a trait au cheerleader acrobatique. Aussi, l’évolution naturelle de son parcours de vie fait que, parfois, il faut choisir où l’on accorde son temps. En ce sens, c’est une décision très personnelle, mais tant que la santé et la forme sont là et que le feu de performer est présent, il n’y a pas de restriction! Sur l’équipe de cheers, nous avons toutes des âges différents, quelques-unes ont des enfants et toutes ont des carrières prenantes; c’est donc une question de choisir ses priorités et de bien s’organiser!

Crédit photo : David Kirouac

En terminant Rani, j’aimerais que tu me parles un peu de ce que t’apporte ta place au sein de l’organisation des Alouettes. Faire partie des cheerleaders des Alouettes, c’est une fierté et c’est vraiment une aventure positive qui certainement m’apporte confiance en mes capacités de performer et de fournir un spectacle de qualité à grande envergure. Ça m’apporte une expérience et m’aide à me développer dans mon parcours de danseuse professionnelle. Ça diversifie également mes compétences et ça, c’est inestimable!

Un dernier mot? Je tenais à remercier SUMMUM de nous offrir un espace pour pouvoir démystifier ce que nous faisons et pour parler de notre réalité! J’invite également tous les lecteurs à venir nous voir aux matchs cette saison et de ne pas hésiter à venir nous parler directement quand on va à leur rencontre avant les matchs! On veut vous connaître et vous remercier de votre support! En espérant vous croiser sur le terrain cet été!

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