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Culturellement vôtre

Photographe Antoine Ryan
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Aujourd’hui, j’suis sérieux.

Bon, OK, pas trop. Mais mettons plus que d’habitude.

Parce qu’aujourd’hui, j’émets une opinion sur un sujet de société, comme Richard Martineau. À la différence que j’ai pris quatre jours pour écrire ça et non un après-midi.

Certains diront que je m’applique, lui dira que je suis un enfant-roi qui branle dans le manche. J’branle pas dans le manche, Richard. Bon, j’le branle des fois, mais rarement quand j’écris. Ça irait mal, mettons. Bref.

Aujourd’hui, je parle de culture. On commence avec une célèbre citation : « Moé, j’suis un Canadien québécois… Un Français canadien… Un Américain du Nord français… Un francophone québécois canadien… Un Québécois d’expression canadienne-française, française… »

T’auras reconnu notre bien-aimé Elvis Gratton. Falardeau et Poulin ont écrit ce texte dans les années 80. C’est encore d’actualité aujourd’hui.

On est un spécimen rare

Le Québec est une drôle de bibitte. Autant on a une culture forte avec notre hockey, notre musique, notre télé et nos films… autant on a le poil qui se dresse quand on parle d’investir là-dedans ou de la promouvoir.

Je sais pas combien de fois j’ai entendu des : « La culture? Gang de téteux de mamelles du système! »

Pour beaucoup, la culture, c’est un gars en foulard qui vit aux crochets des autres pour faire du théâtre expérimental déguisé en licorne qui sue dans des salles aussi vides que les speechs à Donald Trump.

Les « zartisses »

Pour beaucoup, les « zartisses », c’est une gang d’illuminés nourris par des geishas qui leur tendent des grappes de raisins… Des irresponsables qui s’engraissent à grands coups de lattés à sept piastres, tout en crachant sur la société qui les fait vivre.

Ouin… Y’a peut-être des « zartisses » de même quelque part. Mais, personnellement, je suis dans le domaine depuis un bout et j’en ai jamais vus. Résumer la culture à ça, c’est comme si on résumait le cinéma avec le film Hot Dog.

La culture, c’est pas juste le toupet de hipster à Xavier Dolan. C’est aussi Les Boys, Les Trois Accords ou Éric Lapointe. Mais personne va reprocher à Lapointe de piger dans les subventions. Parce qu’il cale des shooters de Jack, contrairement à Dolan qui boit du vin rouge en tenant sa coupe à deux doigts. Y’est comme nous autres Éric. C’t’in bon gars!

Le gros problème

C’est ça le problème avec la culture. C’est le mot! « Culture » … Ça sonne snob. Ça sonne élitiste. J’ai une suggestion pour remédier à ça : on remplace ce mot-là par « les affaires que t’aimes ».

« Checke » ben la différence : « Le gouvernement annonce qu’il coupera des millions dans la culture. » Vérifie ton entrecuisse. Pas sûr que cette annonce vient d’y ajouter un pli.  

Même nouvelle, mais avec ma formulation : « Le gouvernement annonce qu’il coupera des millions dans les affaires que t’aimes. » Boom! T’entends ça pis tu te dis : « Hey wo! Quessé ça couper dans c’que j’aime? J’paye pour ça moi! »

Parce que dans le fond, c’est ça la culture… C’est les affaires que t’aimes! Contrairement aux trois quarts des autres choses de la vie, qui sont des nécessités qui nous sont imposées.

Manger? Tu peux choisir ce que tu manges. Mais tu peux pas choisir de ne pas manger. Sinon ça s’peut qu’après deux-trois jours, t’aies la même énergie que Eddie Savoie dans ses pubs des Résidences Soleil.  

Dormir? Nécessité. Travailler? Nécessité. T’habiller? Nécessité (sauf pour celles qui posent dans le magazine que t’as dans les mains).

¡Viva la libertad!

Tandis qu’écouter de la musique, regarder des films, aller voir le CH, ou encore mieux, un show d’humour (mettons le mien, héhé), ça, tu n’en consommes pas par obligation. C’est un choix que tu fais, de ton plein gré, juste parce que ça te tente. C’pas beau ça?

Bref, la culture, c’est l’offre de divertissement. Et aussi con que ça puisse paraître, pouvoir choisir ce que tu veux voir, lire et écouter, c’est une grosse différence entre une dictature (où il y a deux-trois médias contrôlés par le gouvernement) et une diplomatie, où la télé, la radio et le Web offrent des milliers d’options.

Philo 101

Et si on pousse plus loin, je pense que choisir nos divertissements depuis notre enfance, c’est en grande partie ce qui forge l’adulte qu’on devient.

De Passe-Partout à South Park, des Colocs aux White Stripes, du hockey à la lutte, en passant par fleurs et passions (chacun ses intérêts, je juge personne), chaque divertissement que tu choisis ajoutera un souvenir aux autres que tu possèdes déjà. Et ce sont ces bagages qui forment ta personnalité et tes valeurs.

C’est « fucké » de penser à ça pareil, hein? C’est ça la culture, c’est ta personnalité. Et la culture du Québec, c’est notre personnalité collective.

Et je suis content de ce qui se fait ici. Bon. C’est sûr qu’on produit quelques quétaineries sans nom… Mais on fait aussi de l’excellent contenu! Et regarder ce contenu, ça me procure une certaine fierté.

La honte

Pourtant des fois, on dirait qu’on a honte de nous. Tout le monde a un chum qui niaise à la Saint-Jean en disant que c’est une fête de b.s. buveux de grosses 50 tablettes…

Et tout le monde juge un peu ceux qui, en dehors du 24 juin, affichent leur fierté d’être Québécois… Ben oui! Regarde bien l’exemple : mettons que tu marches dans la rue. Tu vois un drapeau de l’Italie sur un balcon… Tu vas te dire : « Tiens? Un Italien! »

Tu vois un drapeau de la France sur un char… Tu vas te dire : « Tiens! Un Français! » Tu vois un drapeau du Québec dans une fenêtre… Tu vas te dire : « ‘’Checke’’ le pauvre qu’y’a pas de rideau… »

Si t’as ri à ça, c’est parce que t’es d’accord. Sinon, c’est parce que t’es en train de te dire : « Man… Faut que j’change mes rideaux… »

Soyons fiers de nous. De notre culture! Et attention : soyons fiers et inclusifs. Justement, si notre culture est belle, c’est l’fun de la partager avec ceux qui arrivent chez nous.

Faut leur montrer à quel point c’est fou d’avoir une culture francophone aussi forte dans cette mer d’Anglos qu’est l’Amérique du Nord. Des fois, on l’oublie…

Le cousin impressionné

J’ai un ami français (c’pas de sa faute, y’est né de même) que je vais visiter quand je fais des shows à Paris. On prend une bière ensemble. Bon, OK. Deux-trois bières… Bon, OK. Trois-quatre… pintes.

Et on fait la même chose quand il vient faire son tour ici. À son dernier passage à Montréal, il m’a dit : « Putain, c’est génial ici! Les microbrasseries, la bouffe, les gens… Pépé et sa guitare. » (Je l’ai amené voir un show de Pépé.)

Et il a terminé avec ceci : « Sérieux, chapeau les mecs! Vous tenez le fort! »

J’ai adoré cette expression : « Tenir le fort. »

C’est effectivement ce qu’on fait. Depuis le jour où Jacques Cartier est venu planter sa croix à Gaspé, en 1534, on tient le fort. Et j’espère qu’on le tiendra encore longtemps.  

Soyons fiers de notre culture. Soyons fiers « des affaires qu’on aime »! Et bonne Saint-Jean!

(Article publié dans l’édition #138 juin 2016 – www.boutiquesummum.com)

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