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F1 : HUIT ACCIDENTS TRAGIQUES

Chroniqueur Michel Bouchard
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Un prix difficile à payer…

LA COURSE AUTOMOBILE EST UN SPORT EXTRÊME QUI OFFRE UN SPECTACLE À COUPER LE SOUFFLE. ON Y MET LE PAQUET POUR COMBLER LES FANS : VOITURES ABSOLUMENT SPLENDIDES, GROS MOTEURS, PILOTES TALENTUEUX ET TÉMÉRAIRES, GENT FÉMININE… LES PILOTES OFFRENT AINSI UNE PARTIE DE L’ADRÉNALINE NÉCESSAIRE À LEUR MÉTIER AUX AMATEURS DE F1. MAIS, SUR LA PISTE, LE PILOTE DE COURSE RISQUE SA VIE À CHAQUE SECONDE.

AU FIL DES ANS, DE NOMBREUX PILOTES ONT PAYÉ LE GROS PRIX POUR EN DONNER TOUJOURS PLUS AUX SPECTATEURS. ET CE PRIX, C’EST LEUR VIE.

BILL VUKOVICH

JAMAIS DEUX SANS TROIS… OU PAS
(500 miles d’Indianapolis, 1955)

Originaire de Fresno en Californie, Bill Vukovich n’a participé qu’à cinq Grands Prix de Formule 1 en carrière, tous au même endroit. Au cours de la décennie s’étalant de 1950 à 1960, les 500 miles d’Indianapolis comptaient pour le Championnat du monde de Formule 1. Doué sur ce type de circuit, c’est en 1953 que Bill Vukovich participe pour la troisième fois de sa carrière à cette épreuve et il coiffe tout le monde au fil d’arrivée. Il répète l’exploit l’année suivante, en 1954, remportant ainsi sa deuxième course en F1 et prouvant sa supériorité. En 1954, Vukovich vise le haut du podium pour une troisième fois, ce qui lui aurait permis, à l’époque, de devenir le plus grand champion de cette course mythique avec trois victoires, record qu’il aurait partagé avec Wilbur Shaw (1937-39-40) et Mauri Rose (1941-47-48). Jusqu’au 57e tour de l’épreuve, Vukovich détient une avance de 17 secondes sur son plus proche poursuivant quand trois retardataires se retrouvent en travers de son chemin. La réaction en chaîne ne tarde pas quand il emboutit la voiture de Rodger Ward; la Kurtis Kraft de Bill Vukovich passe par-dessus le muret, effectue une multitude de tonneaux, virevolte dans tous les sens et prend feu. Bill Vukovich rend l’âme à 36 ans.

WOLFGANG VON TRIPS

UN BAIN DE SANG DANS LA FOULE
(Grand Prix automobile d’Italie, 1961)

Alors qu’il connaît sa meilleure saison en F1 et qu’il occupe le premier rang au classement général du championnat des pilotes après six Grands Prix, Wolfgang von Trips, un Allemand de 33 ans, part en position de tête à Monza. Après quelques problèmes, von Trips se retrouve au cinquième échelon alors que la course n’en est qu’au deuxième tour. À l’approche d’une courbe, le légendaire Jim Clark tente une manœuvre pour le dépasser, mais au freinage, les deux voitures entrent en contact et une sortie de piste s’ensuit. La voiture monoplace de von Trips prend son envol sur un talus et se met à tournoyer dans les airs, fauchant de plein fouet de nombreux spectateurs au passage. Pas moins de 15 spectateurs perdent la vie dans cet horrible accident qui emporte également von Trips vers la mort. Clark affirmera plus tard qu’au moment du contact, il roulait à environ 230 km/h. Cette année-là, c’est donc à titre posthume que von Trips fut couronné vice-champion du monde de Formule 1.

ROGER WILLIAMSON

AIDÉ PAR UN PILOTE HÉROÏQUE ET IMPUISSANT
(Grand Prix automobile des Pays-Bas, 1973)

En 1970, lors du Grand Prix automobile des Pays-Bas, le pilote Anglais Piers Courage entreprend la course à bord de sa De Tomaso Cosworth. Le châssis de cette monoplace est fabriqué en magnésium afin d’en alléger le poids. Malheureusement, une des propriétés du magnésium est de s’enflammer aisément. À la suite d’une sortie de piste, la voiture de Courage s’embrase, ne lui laissant aucune chance. Pourquoi parler de Courage dans un paragraphe titré Roger Williamson? Voici… Roger Williamson n’a pas couru très longtemps en Formule 1, si bien que son deuxième départ fut son dernier. Trois années après le décès de Piers Courage, Williamson meurt sur le même circuit, pratiquement au même endroit. Contrairement à Courage, la mort de Williamson n’est pas causée par l’impact, mais bien par la fumée abondante. Le jeune pilote de 25 ans étant coincé sous sa voiture, il n’est jamais parvenu à s’extirper de cette dernière. Devant l’incompétence et l’inaction des commissaires de piste, un autre pilote vient tenter de sauver Williamson. Dans un geste héroïque, le pilote David Purley stoppe sa monoplace et accourt pour tenter de remettre la voiture à l’endroit. Incapable d’y arriver, il saisit un extincteur des mains d’un préposé et tente d’éteindre le brasier, en vain, devant le regard plus qu’inutile des supposés secouristes qui restèrent plantés là à ne rien faire.

TOM PRYCE

DEUX MORTS FACILEMENT ÉVITABLES
(Grand Prix automobile d’Afrique du Sud, 1977)

Entamant sa 42e course de F1 en carrière à l’âge 27 ans, Tom Pryce, un jeune homme natif du Pays de Galles, est de la grille de départ du Grand Prix d’Afrique du Sud disputé sur le circuit de Kyalami près de Johannesburg. Pendant la course, son coéquipier de l’écurie Shadow, Renzo Zorzi, se voit forcé d’arrêter sa monoplace en bordure de la piste par un moteur qui rend l’âme. S’extirpant de sa voiture, il constate un début d’incendie. Des commissaires de piste accourent vers sa voiture pour l’aider à éteindre les flammes. Aux abords d’un virage prononcé, le jeune commissaire Frederik Jansen van Vuuren (19 ans) entame une traversée de la piste avec un extincteur à la main. Malheureusement, Tom Pryce passe au même moment et fauche le jeune bénévole qui est projeté dans les airs et qui retombe inerte au sol, en deux parties… Comble de malheur, l’extincteur que tenait Frederik Jansen van Vuuren vient heurter Pryce directement à la hauteur du visage, arrachant son casque protecteur. Les deux hommes décèdent sur le coup.

RONNIE PETERSON

MORT DE FRACTURES AUX JAMBES
(Grand Prix automobile d’Italie, 1978)

Alors qu’il reste encore trois courses à disputer, la F1 débarque à Monza pour le Grand Prix d’Italie et le pilote Mario Andretti peut s’assurer du titre de champion de la saison. Andretti y parviendra d’ailleurs lors de cette épreuve, mais dans des conjonctures plus que troublantes. À la suite d’une confusion survenue au départ, alors qu’on donne le feu vert même si les voitures de fond de grille ne sont pas encore totalement immobilisées, les voitures de tête sont immédiatement rejointes par celles derrière et il y a surnombre à l’entrée de la toute première chicane. C’est là que les choses se corsent, alors que l’entonnoir ainsi formé ne permet pas à tous de passer. Les voitures de James Hunt et de Ronnie Peterson se percutent, ce qui déclenche une série d’incidents impliquant de nombreuses monoplaces. De prime abord, Peterson est chanceux de s’en tirer avec des fractures aux jambes alors qu’un autre pilote, Vittorio Brambilla, subit une fracture du crâne en étant heurté à la tête par des débris. Opéré d’urgence, Peterson semble tiré d’affaire, mais des complications liées à ses chirurgies et à ce qu’on a qualifié de négligence de la part des médecins provoquent dans la nuit une embolie qui s’avère mortelle pour le Suédois, qui s’éteint à l’âge de 34 ans.

GILLES VILLENEUVE

UNE LÉGENDE NOUS QUITTE
(Grand Prix automobile de Belgique, 1982)

Le 8 mai 1982 à Zolder, en Belgique, le Canada perd un ambassadeur mondialement connu en la personne de Gilles Villeneuve. Le talentueux, doué et téméraire pilote de l’écurie Ferrari était alors en séance de qualifications et tentait de s’emparer de la pole position en vue du Grand Prix de Belgique. Lors de la course précédente, Villeneuve et son coéquipier Didier Pironi s’embrouillent après que Pironi eut coiffé Villeneuve au fil d’arrivée malgré les consignes d’équipe. À Zolder, Villeneuve veut absolument devancer Pironi qui l’a trahi et met le paquet. Vers la fin des qualifications, Villeneuve tente le tout pour le tout et une roue de sa voiture entre en contact avec une roue de la March de Jochen Mass, qui roule alors au ralenti et qui tente un changement de trajectoire tardif. La monoplace de Villeneuve entreprend alors un vol plané tragique et effectue plusieurs tonneaux. Le corps inerte de Gilles finit par s’échouer dans la grille de sécurité. Son décès sera prononcé dans la soirée, des suites de blessures aux vertèbres cervicales, mais l’enquête a démontré que le Québécois était sans doute mort sur le coup.

RICCARDO PALETTI

LE SEUL DÉCÈS SURVENU À MONTRÉAL
(Grand Prix automobile du Canada, 1982)

Toujours sous le choc brutal du décès tragique de l’idole des Québécois, Gilles Villeneuve, survenu moins d’un mois auparavant, le public montréalais est témoin d’un autre évènement dramatique. Riccardo Paletti, à deux jours de ses 24 ans, en est à sa deuxième course seulement en carrière en Formule 1 à la suite d’une qualification tardive en fond de peloton. Il est prêt à mettre les gaz de sa Osella et à prouver sa valeur sur le grand cirque. En pole position sur la grille, Didier Pironi cale son moteur et n’arrive pas à prendre le départ. Agitant les bras pour aviser les pilotes derrière lui qu’il a « stallé », Pironi est évité de justesse par tous les pilotes dans sa ligne, à l’exception de Paletti, qui arrive à près de 200 km/h et frappe la Ferrari. Blessé au torse, Paletti n’est pas au bout de ses peines. Alors qu’on tente de l’extirper de sa fâcheuse position, la voiture prend feu et les flammes sont puissantes et nourries. Devant des membres de sa propre famille, horrifiés, il meurt probablement asphyxié sur la ligne de départ du circuit de Montréal.

AYRTON SENNA

FRAPPER LE MUR À 310 km/h
(Grand Prix automobile de Saint-Marin, 1994)

Alors que la Formule 1 n’avait vécu aucun accident mortel au cours d’un week-end officiel depuis 1982, le grand cirque débarque en Italie. La veille de la course, lors des qualifications, un pilote autrichien de 33 ans peu expérimenté − il n’avait pris le départ que deux fois en F1 − du nom de Roland Ratzenberger percute un muret dans le virage Villeneuve à la suite d’un bris mécanique et perd tragiquement la vie. Le départ aura tout de même lieu le lendemain, dans une ambiance moribonde. L’un des plus grands champions de l’histoire de la F1 et probablement le plus doué de sa génération, le Brésilien Ayrton Senna, mène la course au septième tour du Grand Prix de San Marino, en Italie, quand l’irréversible se produit. La voiture Williams de Senna, qui file à plus de 310 km/h, perd un morceau au niveau de la suspension et entre de plein fouet dans un mur à la hauteur du virage de Tamburello. Les secouristes arrivés sur place constatent un Senna inerte dans l’habitacle du véhicule. Il décède à l’âge de 34 ans après 65 positions de tête, 41 victoires et trois championnats.

(Article publié dans l’édition #129 août 2015 – www.boutiquesummum.com)

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