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CHRISTIAN LEMAY, PASSIONNÉ DE JEUX DE SOCIÉTÉ

Rédactrice en chef Nathacha Gilbert
Interviewé Christian Lemay
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ÊTES-VOUS DU GENRE À RECEVOIR À SOUPER ET À SORTIR UN JEU DE SOCIÉTÉ APRÈS LE DESSERT POUR VOUS AMUSER UN PEU? ÊTES-VOUS DE CEUX QUI TRIPENT SUR LES JEUX DE SOCIÉTÉ ET QUI EN COLLECTIONNENT PLUSIEURS À LA MAISON? JE VOUS AI TROUVÉ UN GARS QUI, EN PLUS DE CAPOTER LÀ-DESSUS, EN ÉDITE. ENTREVUE AVEC CHRISTIAN LEMAY, FONDATEUR DE L’ENTREPRISE SCORPION MASQUÉ.

Christian, c’est vraiment un plaisir de faire ta connaissance. Tu es le fondateur de Scorpion Masqué, qui édite des jeux de société québécois. Tu as fondé ta compagnie en 2006 et, depuis, tu as lancé plus d’une trentaine de jeux. J’te gage que (oui, je sais, ce jeu de mots est excellent!) tu tripais solidement sur les jeux de société dans ton jeune temps, n’est-ce pas? C’est un euphémisme de dire que je tripais solidement. Pour moi, le jeu est pratiquement un mode de vie. Le soir, il m’arrivait même de télécharger des règles de jeux dont on parlait sur le « ouèb » (et que je ne possédais pas) juste pour les lire, juste pour découvrir la créativité des auteurs et toute leur inventivité! J’ai joué à tout ce qui est un « jeu ». Donc tous les classiques de notre enfance, les jeux de rôles, les jeux de cartes à collectionner, puis les jeux vidéo et enfin le sport! Notamment le badminton et l’Ultimate Frisbee, un sport que je pratique de façon compétitive depuis presque 20 ans! Oui, tu peux être sportif ET geek de jeux à la fois! Et je te jure que je ne suis pas le seul dans cette situation…

Quels sont les jeux qui te faisaient le plus triper étant plus jeune et adolescent et qui t’ont donné la piqûre au point où tu t’es dit que tu pourrais en faire une carrière? Adolescent, j’ai vraiment tripé sur les jeux de rôles comme Donjons et Dragons, Star Wars et les jeux de cartes à collectionner comme Magic… et Star Wars (ouais, j’aime pas mal Star Wars!). Mais ce qui m’a fait prendre conscience que je pourrais en faire une carrière, c’est plutôt quand je me suis remis aux jeux de société, au début de la vingtaine. J’ai rapidement compris que quelque chose avait changé, qu’on entrait dans une ère de grande créativité, de nouveauté. Que les jeux qui sortaient maintenant étaient bien mieux adaptés à notre vie moderne, contrairement aux grands classiques, notamment celui qui « monopolyse » les conversations quand on parle de jeux. Aujourd’hui, tu reçois un couple d’amis à souper, et tu peux commencer une partie d’un jeu et la terminer avant que tout le monde s’endorme! (Rires) Il y a de TOUT aujourd’hui. J’ai dans ma collection des jeux qui durent carrément 30 secondes alors que d’autres s’étendent sur plusieurs heures. Des jeux de communication, de stratégie, de prise de risque, de bluff. Il y a un tel foisonnement que c’est impossible de ne pas trouver un jeu qui vous plaira.

Comment on fait pour lancer un jeu? Je veux dire, c’est toi ou tes employés qui ont les idées de concept ou ce sont des gens, voire d’autres entreprises, qui t’approchent pour te proposer d’éditer leur jeu? C’est exactement la même chose que publier un livre. Il y a un auteur qui invente son jeu et qui le propose à un éditeur. C’est là que nous intervenons. Notre métier, c’est d’abord de choisir les jeux parmi toutes les propositions (quelques centaines chaque année). Ensuite, nous signons un contrat avec l’auteur où il s’engage à nous céder le droit exclusif de commercialiser son jeu, en échange d’un pourcentage sur nos ventes. Ensuite, nous nous occupons du développement : améliorer le « gameplay », écrire les règles, engager un illustrateur, fabriquer les boîtes et les vendre. Il arrive occasionnellement que je sois moi-même l’auteur des jeux qu’on publie. C’était notamment le cas pour J’te gage que…, notre premier jeu.

Un des jeux les plus populaires que vous avez édité chez Scorpion Masqué c’est notamment J’te gage que… On parle de plus de 400 000 exemplaires vendus à travers le monde et traduit en plus de 10 langues. Avais-tu une idée, au moment de lancer ce jeu-là, du succès qu’il aurait? Tu voyais déjà le potentiel ou tu as eu un peu la surprise en même temps que tes chiffres? C’est énorme! À l’époque, je n’envisageais pas de telles ventes. Évidemment, quand on commence, on est toujours un peu naïf et on croit parfois avoir réinventé la roue. On rêve d’un succès interplanétaire (!), mais j’avais les deux pieds sur Terre. C’est peut-être pour ça que je suis toujours en affaires d’ailleurs. Il faut dire aussi que nous n’avons pas atteint ce nombre en une seule année. On ne se lève pas du jour au lendemain et on a tout à coup un jeu dans 10 pays qui est joué littéralement par des millions de personnes! C’est un long chemin. Alors la surprise, quand on y arrive, n’est pas si grande, parce qu’on a travaillé pour chaque dizaine de milliers. On a eu le temps de voir venir. Par contre, ça n’enlève rien à la satisfaction de se retourner un jour et de dire : « Ouais, j’ai fait ça! »

Dis-moi, pourquoi Scorpion masqué? Est-ce ton signe astrologique, peut-être? (Rires) Je blague, mais sérieusement, je suis curieuse de savoir. C’est sans doute LA question qu’on nous a le plus souvent posée! Après des heures et des heures de brainstorm, on s’est rendu compte que c’était cool d’avoir un animal ou plutôt un insecte comme « mascotte », pour en faire un personnage, comme un héros de BD. Sauf que juste « scorpion », c’est un peu mince. Il manque quelque chose. Et c’est un insecte plutôt dégoûtant et répugnant. On était en 2006, à une époque où le jeu n’était pas aussi tendance et cool qu’aujourd’hui. Alors il fallait rendre cette « bebitte » plus séduisante, plus attrayante. On a fait défiler tous les adjectifs possibles et quand j’ai prononcé « Scorpion masqué », j’ai su que j’avais trouvé. On avait tout à coup un jeu de superhéros un peu comique, sympathique. En plein ce que je voulais.

Combien possèdes-tu de jeux de société dans ta collection personnelle? Beaucoup et pas beaucoup… Nous possédons un peu plus de 200 jeux à la maison. Pour la moyenne des gens, ça peut sembler beaucoup, mais comme je réponds souvent, si un éditeur de livres vous disait qu’il n’a que 200 livres à la maison, vous trouveriez que c’est assez peu.

Avec justement tous les jeux de société qui existent sur le marché, qu’est-ce que ça prend tu crois en 2019 pour qu’un jeu « pogne »? Ça prend un jeu qui procure une émotion forte! Soit qu’il te fait rire, ou te propose des choix stratégiques intéressants, ou t’amène à être très créatif… mais il te fait vivre quelque chose d’intense! Un jeu doit provoquer une grande envie d’être rejoué pour connaitre le succès. Sinon, les gens ne l’achèteront pas.

Crédit photo : Courtoisie Christian Lemay

Vois-tu que les intérêts sont différents, par exemple, d’un endroit à l’autre sur la planète? Est-ce que les jeux de devinettes sont plus populaires ici qu’en France ou que les jeux de planche sont plus prisés en Europe qu’ici? On observe certains traits culturels, oui, c’est certain. Assez souvent, quand on publie un jeu au Scorpion Masqué, on arrive à prévoir si les ventes seront proportionnellement équilibrées entre la France et le Québec ou si, au contraire, il va mieux performer sur un marché. Par exemple, les jeux d’improvisation connaissent généralement un meilleur résultat en Europe. En Allemagne, on trouvera très rarement des jeux où on peut « attaquer » un autre joueur, lui nuire directement.

Parlant d’Europe, au moment où on se parle, l’un de tes jeux, Zombie Kidz Évolution, se retrouve parmi les finalistes pour l’As d’or – Jeu de l’année en France, dans la catégorie « enfants ». C’est une bien belle fleur, ça, non? Mais sûrement pas la première nomination que tu reçois, dis-moi? Nous avons reçu de nombreuses nominations au Québec et à l’international et gagné plusieurs prix, notamment pour les jeux Decrypto, Chasse aux monstres et Qui paire gagne. Nous aimerions bien remporter l’As d’or (France), pour la reconnaissance, et aussi le Spiel des Jahres (Allemagne), qui assure des ventes de plus de 200 000 exemplaires! Mais j’ai appris qu’il ne faut pas faire des jeux formatés pour gagner des prix. Il faut faire des bons jeux, point. Le reste suivra.

Un des trucs disons qui fait un peu pas mal votre popularité, c’est que vous souhaitez que les règlements s’expliquent et se comprennent en moyenne en 30 secondes. Pourquoi est-ce à ce point important pour vous? J’ai un peu menti… Pour être honnête, il faut parfois jusqu’à deux minutes pour expliquer nos jeux! (Rires) Comme tu vois, j’aime les jeux simples. Ça ne signifie pas nécessairement simpliste! J’aime les jeux qui font des « ponts » entre les générations, les cultures, les joueurs occasionnels et expérimentés. Pour rejoindre tout le monde, il faut des jeux faciles d’accès. Par contre, étant moi-même amateur de jeux plus « costauds », je cherche à satisfaire ce goût.

Sinon, comment crois-tu que les jeux de Scorpion Masqué se démarquent des autres sur le marché? Nous avons déjà mentionné la facilité d’accès et la puissance de l’émotion. J’ajouterais la surprise et l’originalité. Quand tu joues à un jeu Scorpion Masqué, tu vis une expérience unique. C’est un exercice difficile de sortir des sentiers battus tout en demeurant facile d’accès, mais j’aime relever ce défi.

Qu’est-ce qui s’en vient pour ton entreprise en 2019? Lancerez-vous d’autres perles rares au cours des prochains mois? Nous lançons L’Agent Jean – Le jeu. Si vous avez vu un enfant entre 7 et 12 dans les 10 dernières années, vous avez sans doute entendu parler de cette bande dessinée qui bat tous les records de ventes au Québec!

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